[CES 2018] Au programme : IA, véhicules intelligents et protection des données

3 900 entreprises, 170 000 participants et participantes, 150 pays représentés, le CES, c’est la démesure à l’américaine, le show de Las Vegas. Les portes de cette grand-messe de l’électronique grand public s’ouvrent aujourd’hui pour trois jours. Nous avons demandé à Olivier Ezratty, un consultant qui publie chaque année un rapport très attendu sur l’événement, de nous livrer ses prédictions.

Quelles sont les tendances de cette année ?

Cette année ce que je sens comme macro-phénomène, c’est le déploiement des solutions d’intelligence artificielle dans un tas de domaines. Je ne connais quasiment pas un exposant qui n’en parle pas. Ça va des chatbots aux systèmes de dialogue, qu’ils passent par la voix ou le texte. Il y a des solutions dans le monde des objets connectés qui sont censées s’adapter automatiquement à nos habitudes pour programmer automatiquement nos maisons.

Cette année encore, plus que les précédentes, on entend parler de véhicules intelligents voire autonomes. Hier, j’ai assisté à une conférence de presse tonitruante d’un constructeur, Bayton, qui a annoncé une voiture du futur intégrant tout ce qu’on peut imaginer : capteurs, intelligence artificielle, habitacle modernisé. Ce qui m’a impressionné c’est la débauche de moyens pour une marque que personne ne connaissait et la capacité à présenter un [concept de voiture] qui intègre pas mal de dimensions de ce que pourrait être le véhicule autonome du futur : partagé, qui va s’adapter aux besoins de ses utilisateurs de manière dynamique, avec beaucoup de façons de profiter de l’intérieur de la voiture – pour travailler, [pour échanger]. Ce sont beaucoup de choses dont j’avais entendu parler dans le passé mais qui avaient l’air d’être intégrées de manière assez sympathique.

Mais il y a énormément d’autres sujets au CES. Il va y avoir des palanquées de solutions dans le domaine de l’IoT, dans le domaine de la réalité augmentée et virtuelle, dans l’audio et la vidéo avec des écrans de télé plus grands et plus impressionnants. Il y aura même du blanc, de l’électroménager.

Comment naissent les tendances du CES ?

Il y a des vagues d’innovation, dont les problèmes plus ou moins résolus d’une année sur l’autre [inspirent les innovations des années suivantes]. Comme vague, il y a par exemple la 4K depuis 5 ans, ces écrans à très haute résolution, ou l’hi-res, l’audio haute résolution. Ils ont un petit peu de mal à s’implanter parce qu’ils ne sont pas forcément bien perçus par les yeux et les oreilles. Il y a aussi une vague sur les objets connectés mais leur mise en œuvre dans la maison est complexe, ce qui fait que des entreprises essaient de résoudre les problèmes de l’orchestration des objets via de l’intelligence artificielle.

Bienvenue à Las Vegas

Je vais donner un autre exemple de problème qui n’est pas résolu aujourd’hui, c’est la réalité augmentée. Le problème de la réalité augmentée, c’est que les lunettes qui permettent d’en faire sont très encombrantes et affichent une image en superposition de ce qu’on voit de la vraie vie qui est de qualité moyenne, avec un angle de vue très limité. Et en général, c’est des lunettes très embarrassantes.  Donc chaque année au CES, on voit des entreprises qui essaient de régler ces problèmes-là. On voit là la grande ingéniosité de la nature humaine. En ça, c’est intéressant le CES.

Qu’avez-vous envie de voir cette année ?

J’ai envie de trouver des casques de réalité virtuelle augmentée qui traitent les problèmes que j’évoquais. Je ne suis pas sûr d’en trouver. J’aimerais bien trouver des objets connectés qui ont une capacité d’IA très développée, afin, notamment de comprendre les utilisateurs et d’automatiser les processus.

Ce que j’aime bien, c’est voir des objets connectés exotiques : pour les animaux, dans le domaine du sommeil, etc. J’en ai déjà répertorié. Il y a un oreiller robot, un lit qui remue, qui berce les adultes. Il y a des sextoys aussi qui sont rigolos. J’adore voir cette espèce de diversité de la créativité humaine mondiale.

Ce que je trouve intéressant dans ce genre d’événements, c’est de voir le succès contre-intuitif de certaines startups. On peut très bien voir de startups qui génèrent en France un petit regard moqueur [comme la brosse à dents connectée Kolibree], et deux ans, trois ans plus tard, on voit que finalement ça ne marche pas si mal [Kolibree a vendu plus de 100 000 brosses à dents] ! C’est parce que le problème qu’ils cherchaient à résoudre existent et a de la valeur – se brosser des dents c’est un problème quand même, limiter les carries c’est un vrai besoin.

Les brosses à dents connectées, pas si incongrues que ça

Les brosses à dents connectées, pas si incongrues que ça (Image par Kolibree)

Qui va monopoliser CES, les grandes marques ou les startups ?

Le CES, comme tous les grands salons technologiques, associe toujours maintenant les grandes marques avec les startups, soit parce que les grandes marques se font les intermédiatrices de l’accès aux startups, soit parce que c’est la nature même de l’innovation technologique d’associer les deux. Il va y avoir à la fois des startups qui présentent des solutions spécialisées plus ou moins pointues et des grandes entreprises qui consolident leur position, font leur come-back, changent leur positionnement.

L’an dernier, les objets connectés qui étaient pilotés par la voix l’étaient quasiment tous via Alexa. Il y avait une dominance d’Amazon au détriment de Google, Microsoft et quelques autres qui sont présents sur le marché. Cette année, Google fait un come-back au CES absolument dingue. D’habitude, ils sont présents mais en filagramme, là ils ont un stand pour la première fois depuis quasiment huit ans, ils ont des pubs absolument partout, sur tous les hôtels, le monorail. Ils sont omniprésents, c’est absolument dingue.

Cette année, les gens semblent avoir développé une méfiance vis-à-vis de la technologie. Est-ce que cela va se ressentir au CES ?

Le message apparait en filagramme à plusieurs endroits. A un niveau purement technologique, on voit apparaitre des processeurs qui permettent de traiter de l’IA de manière locale. Ça a un intérêt en termes de performance et ça permet d’éviter que les données circulent dans le cloud, de préserver les données personnelles et les laisser dans les objets. On va aussi parler d’objets technologiques qui servent à la digital detox, des objets qui vont réguler le temps passé sur le numérique ou qui vont orienter le type d’usages vers des usages plus productifs ou créatifs.

Le regard n’est pas le même selon les régions. La manière dont les Asiatiques abordent la question du numérique est beaucoup plus optimiste et positive qu’en Europe ou aux Etats-Unis, voir naïve, sans forcément une grande prise de recul.

Est-ce qu’il y aura autant d’entreprises françaises que les années précédentes ?

Sur 2018, on est en croissance. Je m’attendais à ce que l’année dernière, ce soit le pic du pétrole. En 2017, j’avais compté 316 sociétés françaises exposantes d’une manière ou d’une autre sur le salon. Là, j’en suis à 370, pour l’instant. On représente à nous seuls la moitié de la présence européenne et 7% du total, derrière les Chinois et les Américains qui représentent chacun 30% à 40%. On est le 3ème pays en nombre de boites et le 2ème en nombre de startups.

Il y a une appétence française sur ce sujet. On a des accélérateurs tels que Usine.io qui a vu passer 500 projets en France. On a le Hardware Club qui est devenu une structure d’accompagnement et de financement des projets IoT avec une empreinte mondiale. On a même un accélérateur créé par un Français qui s’appelle Hax qui est basé à Shenzen. Il y a un tropisme que je ne sais pas expliquer, à part dire qu’on a des ingénieurs, des designeurs et des gens créatifs, etc.

Il y a trois catégories [pour les entreprises françaises à CES], la première c’est la maison connectée, la deuxième c’est la santé, et la troisième les transports. Les trois représentent 40% des entreprises françaises mais on est présent sur 30 catégories de produits différents, la France est plutôt généraliste. En Allemagne, il n’y a quasiment que [du transport], la présence allemande est très typée, elle est presque mono-industrielle.

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