Les 5 conseils de Five by Five pour créer un esprit intrapreneurial dans son entreprise

La transformation intrapreneuriale ne se fait pas à coups d’incantations. Les dirigeants doivent le vouloir et libérer les organigrammes et les talents.

Comme bien des entreprises l’ont réalisé, il ne suffit pas de mettre des affiches qui prônent la disruption et le think outside the box pour opérer une mutation des mentalités. Réussir sa transformation digitale nécessite un changement de culture d’entreprise, le développement de nouvelles façons de penser et de travailler et une métamorphose de l’organisation même de l’entreprise.

Chloé Bonnet et Pauline Pham en savent quelque chose. En 2013, Chloé a cofondé Five by Five, une agence d’innovation qui travaille aussi bien avec les grands groupes comme la SNCF, que les startups. Pauline Pham l’a rejoint en 2017 comme VP associée. Elles partagent avec nous les conseils qu’elles donnent aux entreprises qui souhaitent développer leur esprit intrapreneurial.

Conseil n°1 : Considérer l’innovation comme une source de business

Pauline Pham : Les grandes organisations ont du mal à comprendre qu’innovation et business sont intrinsèquement liés. La stratégie d’innovation doit permettre d’améliorer le cœur de métier mais aussi de créer de nouveaux services et produits sur de l’adjacent, et peut-être, demain, d’aller sur du disruptif.

Chloé Bonnet : Il y a un pan d’innovations adjacentes qui est assez facile à aller chercher mais comme les dirigeants regardent surtout la grande rupture, ils ont dû mal à voir ce qui est sous leurs yeux : les talents présents dans l’entreprise. Les dirigeant doivent se demander comment transformer ces employés en intrapreneurs et comment redevenir eux-mêmes entrepreneurs pour porter leur entreprise plus loin.


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Conseil n°2 : L’esprit intrapreneurial vient des dirigeants

C.B. : Tout commence avec les dirigeants. Il faut qu’ils comprennent que leur nouveau job, c’est de bâtir les compétences intrapreneuriales à l’intérieur de l’entreprise et que cela passe par le fait de donner les moyens d’agir à ceux qui ont ces profils intrapreneuriaux. Cela fait partie à part entière de la sacro-sainte transformation digitale. C’est le nerf de la guerre.

A l’intérieur des grandes entreprises, il y a des intrapreneurs, des gens qui se battent tous les jours pour essayer de faire bouger le système. L’individu ne peut pas tout face au système, il faut aussi créer les configurations favorables dans l’organisation pour les faire émerger. L’idée c’est de créer une relève.

Conseil n°3 : Laisser tomber les organigrammes

C.B. : Il faut réussir à sortir des organigrammes pour faire sortir les gens de leurs cases. On a souvent de très bonnes surprises quand on permet à des personnes qui n’étaient pas au bon endroit de prendre de nouvelles fonctions. Il ne faut pas voir les ressources humaines comme des ressources mais comme des humains en puissance, qui ne se limitent pas à leur fonction et peuvent acquérir des nouvelles compétences.

P.P. : La clé c’est la confiance en ces forces vives.C.B. : Il est tentant de demander aux managers de désigner les personnes qui vont être la relève, les intrapreneurs et les bâtisseurs de demain. Cette tentation est très dangereuse parce que des intrapreneurs qu’on a désignés hiérarchiquement peuvent être très bons, très compétents pour l’activité existante de l’entreprise mais ne sont pas nécessairement des intrapreneurs. Un intrapreneur, c’est quelqu’un qui voit des opportunités et a envie de les porter.

 

Une équipe au travail

Dévoiler son potentiel entrepreneurial en faisant (Image par rawpixel)

Pour réorganiser l’entreprise il faut prévoir des dispositifs, commencer pas des programmes qui permettent de faire émerger ces personnes. Ces programmes doivent se concentrer sur le « faire » : avec des ateliers et des démonstrations concrètes plutôt que des leçons théoriques. C’est grâce à ces programmes qu’on peut faire émerger cette relève. Ils vont permettre de sourcer les talents sur le réel, plutôt que de se reposer sur des cases à cocher sur des grilles de compétences.

Conseil n°4 : Repenser les qualifications

P.P. : Aujourd’hui, on pense encore que le technologique n’est réservé qu’aux personnes qui ont fait de la technique. C’est une erreur. N’importe qui peut acquérir les compétences nécessaires, elles ne sont pas réservées aux technophiles. Chloé et moi avons étudié les humanités, par exemple. C’est d’autant plus accessible que les défis de la conception de produits digitaux sont essentiellement des défis de structure, d’organisation, de RH, de talents.


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La technologie n’est plus une expertise, c’est quelque chose sur lequel on doit être en puissance. On ne doit pas tout savoir faire mais il faut comprendre les tenants et les aboutissants, comme le fait que chaque code nécessite des décisions éthiques, car la tech a un impact sur les business models des entreprises. Tout dirigeant doit connaître ces technologies pour pouvoir outiller ses gens et son métier.

Conseil n°5 : Étendre les expérimentation

P.P : Un des écueils, c’est de vouloir tout faire en même temps. Les entreprises doivent prendre le temps d’expérimenter et d’apprendre progressivement sur l’organisation et la méthodologie avant d’étendre ensuite ces apprentissages. Il faut cependant garder en tête qu’il est difficile de reproduire une pratique dans toutes les branches, toutes les filiales.

C.B. : L’idée, c’est d’avoir des périphéries créatives : passer par une sortie du système actuel pour tester de nouvelles façons de faire. Pendant qu’on est en train de travailler sur ces périphéries créatives, il faut réfléchir à la configuration pour la suite. Le grand drame de ces programmes, c’est qu’ils ne soient pas intégrés au coeur du métier, ce qui les empêche de vivre dans le temps. Il y a un travail d’expérimentation et un travail sur la structure à effectuer, ce sont les allers-retours entre les deux qui vont permettre de rendre cette transformation viable.

Les patrons doivent donner l’impulsion, ils doivent avoir une vision intrapreneuriale et l’adopter. Quand on lance une dynamique intrapreneuriale, les gens suivent, ils en ont envie. Quand on libère les énergies, les gens répondent.

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