Les 5 scénarios d’un futur dominé par la blockchain

12 avril 2019

Dans un article sur le futur de la souveraineté dans un monde dominé par la blockchain, la spécialiste en cryptomonnaie Sarah Grace Manski propose 5 scénarios d’anticipation.

Chercheuse à l’Université de Californie, Sarah Grace Manski étudie depuis plusieurs années le rôle de la blockchain dans la transformation de l’économie mondiale. A court-terme, elle prévoit l’émergence d’un « Commonwealth technologique », une organisation internationale regroupant des États réunis par des valeurs communes. Elle s’attache notamment aux problématiques soulevées par le développement des cryptomonnaies, l’évolution du modèle démocratique et les supply chains éthiques.

Dans un article intitulé No Gods, No Masters, No Coders? The Future of Sovereignty in a Blockchain World (Ni Dieu, ni maître, ni développeurs informatiques ? Le futur de la souveraineté dans un monde dominé par la blockchain), la chercheuse esquisse 5 scénarios possibles, plutôt pessimistes, d’un futur dans lequel la blockchain aurait accompli sa révolution économique et sociale. Ira-t-on alors vers une société plus ouverte aux instances décentralisées ou au contraire vers une dictature technologique ?

D’une société libertarienne au techno-totalitarisme

Dans la première hypothèse, toutes les relations sociales sont gouvernées par la loi du marché. L’Etat disparaît au profit d’influenceurs tout-puissants. Les citoyens sont désormais en compétition permanente les uns avec les autres, chacun d’entre-eux devenant un entrepreneur de sa propre vie dans une société libertarienne.

Deuxième hypothèse : les Etats et les organisations privées reposant sur la blockchain ont réussi à renverser la suprématie des GAFAM. Les monopoles n’ont pas résisté au développement de la technologie dans une économie où cohabitent désormais une multiplicité d’acteurs décentralisés.

A l’opposé, le troisième scénario prévoit que les GAFAM intègrent les cryptomonnaies dans leur business model, par exemple en encourageant les consommateurs à échanger leurs données personnelles contre des monnaies propres à leurs plateforme. On pourrait ainsi imaginer Facebook distribuer des FBcoins contre le partage de préférences, ce qui renforcerait son hégémonie.

Quatrième scénario : l’émergence d’un techno-totalitarisme, autrement dit un Etat totalitariste qui contrôlerait totalement l’activité de ses citoyens, dans leur vie privée et professionnelle, de tous les jours et sur internet. Les entreprises ne seraient pas épargnées par cette surveillance, la vie économique passant également sous contrôle étatique.

Enfin, le cinquième scénario prédit l’avènement de l’économie collaborative, qui repose sur de nouvelles formes de travail visant à produire de la valeur en commun -telles que les coopératives agricoles. Distribués entre tous les citoyens de manière égale, les registres de blockchain seraient utilisés de manière éthique pour assurer le bien commun. Une hypothèse trop optimiste ?

L’idéologie derrière la technologie

Ni scénario catastrophe, ni vision utopique, le futur de la blockchain repose finalement avant tout sur les convictions des hommes et les femmes qui la conçoivent au quotidien. Selon le théoricien du pair à pair Michel Bauwens, « Les promoteurs de la blockchain eux-mêmes n’ont pas confiance en l’être humain et considèrent tout le monde comme suspect. Ils estiment que c’est le rôle de la technologie de vérifier et d’entériner nos choix. Il faut prendre conscience que ceux qui sont derrière ces architectures mettent souvent en avant une idéologie ultra-libérale et hyper-rationaliste. Ce sont des ingénieurs qui ont appris l’économie sur le tas et qui estiment que les humains sont des agents économiques en concurrence constante. »

Certaines startups s’appuyant sur la blockchain proposent déjà des solutions collaboratives, telles que les coopératives agricoles créées par AgriLedger et Pylon Network ou le système de récompense développé par Fishcoin pour améliorer la traçabilité des produits de la mer. A chacun donc d’être vigilant et de faire le tri selon ses valeurs entre les progrès apportés par la technologies et les projets moins éthiques, de manière à faire de la blockchain un réel outil de collaboration et de confiance.

La rédaction HOW

par L'ADN

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