Adieu bitcoin, le futur appartient aux nouvelles cryptomonnaies

30 janvier 2018

Il est loin le temps où le bitcoin avait mauvaise réputation. Aujourd’hui, la cryptomonnaie est devenue un véhicule d’investissement presque comme les autres, mais cela pourrait bien ne pas durer.

Catherine Philippe, associée KPMG, est spécialiste de la blockchain. Pour elle, la question n’est pas de savoir s’il existe une bulle bitcoin qui va exploser mais ce qui se cache derrière. La fin ou le renouveau des cryptomonnaies ? Et surtout, quelles cryptomonnaies ?

HOW : La bulle Bitcoin va-t-elle exploser ?  

Catherine Philippe : Il faut d’abord rappeler qu’on confond souvent Blockchain et Bitcoin, pourtant ils n’auront pas le même destin.

Les experts observent toutes les caractéristiques d’un phénomène de bulle autour du bitcoin. Nous sommes arrivés à un moment où les attentes sont supérieures à ce que la monnaie elle-même peut délivrer.

En revanche, on est juste au début des développements de la technologie blockchain, c’est-à-dire d’un système d’échange et certification décentralisé et dématérialisé. Les cryptomonnaies qui reposent sur cette technologie se développent rapidement et avec plus de recul. Sur la blockchain, on a été très loin dans les discours, maintenant il faut voir comment on l’utilise, la combiner avec d’autres technologies, la fait évoluer, la valeur qu’elle apporte.

HOW : Le grand public, ainsi que les entreprises, découvrent-ils les cryptomonnaies et le bitcoin trop tard ?

C.P. : Non, car ces cryptomonnaies ont fait la preuve de leur résilience. Elles ne sont pas prêtes de disparaître.

Le bitcoin a été créé en 2008 par un petit groupe de rebelles qui voulaient s’affranchir de toutes les autorités, notamment des banques centrales, et prouver qu’on pouvait s’envoyer de l’argent de particulier à particulier sans avoir de tiers intermédiaires.


Lire aussi :
La cryptomonnaie pourrait-elle changer les transferts d’argent de la diaspora ?

Cette monnaie fonctionne désormais depuis 10 ans. Peu importe si les personnes qui l’ont utilisée à ses débuts ne l’ont pas toujours fait à bon escient ; aujourd’hui le bitcoin a prouvé son fonctionnement et sa résilience. Dans un contexte où les pirates sont à la recherche de brèches dans toutes les nouvelles technologies, la résistance du bitcoin, et de la blockchain qui est derrière, tient un peu du miracle.

HOW : D’où la récupération, ironique, par le monde de la finance ?

C.P. : Les grandes banques ont commencé à s’intéresser au sujet en 2015 de peur de se faire attaquer sur leurs divers marchés et de perdre leur rôle de tiers de confiance. Elles ont investi le consortium, R3, ça a été le déclic. Après, il y a eu le  consortium B3i dans l’assurance et dans d’autres industries, puis des expérimentations.

La résilience de la technologie a intéressé de nombreuses personnes dans l’investissement et, par capillarité, l’investisseur ou l’épargnant moyen commence aussi à se demander si ce n’est pas le futur.


Lire aussi : Nicolas Bouzou : La France a raté le coche sur l’IA, autant se concentrer sur la blockchain

HOW : Pourtant dix ans après son lancement, le grand public se demande toujours comment utiliser le bitcoin.

C.P. : Le bitcoin pourrait bien être le Netscape de la cryptomonnaie. C’est déjà une sorte de dinosaure, une expérimentation très intéressante que tout le monde veut maintenir en vie mais on voit bien qu’il commence à avoir des limites écologiques et de performance.

Aujourd’hui, le bitcoin n’est pas du tout pratique pour faire des achats. Les protocoles de validation des transactions sont très longs. Pour pouvoir l’utiliser dans l’économie réelle, il va falloir améliorer cette performance. Les développeurs du projet Lightning notamment sont en train de travailler sur ce problème mais cela va-t-il suffire ?

Les gens utilisent les bitcoins comme stockage de valeur, épargne, ou investissement spéculatif. Il y a très peu de produits à l’heure actuelle qui ont une volatilité semblable à celle du bitcoin ; cela permet d’acheter, revendre et faire de l’argent. Et puis cela amuse les gens.

 

Photo d'une table de jeu au casino

Les jeux sont ouverts (Photo par Kay)

HOW : Mais alors quelles sont les alternatives au bitcoin ?

C.P. : Le bitcoin est un peu l’arbre qui cache la forêt. Le bitcoin ne représente qu’un tiers des capitalisations des cryptomonnaies. Il y a plus d’un millier de cryptomonnaies sur le marché.

Le bitcoin est la plus ancienne, celle qui a le plus de valeur en termes de capitalisation mais c’est peut-être la moins pratique. L’ether est un petit peu plus jeune que le bitcoin, c’est la deuxième cryptomonnaie en termes de capitalisation. Derrière, il y a plus de 900 autres monnaies.

Il y a plein de “petits frères et petites sœurs” du bitcoin qui ont été développés sur des protocoles plus légers, moins gourmands en énergie, plus efficaces, et qui sont destinés à des cadres un peu plus restreints, à des secteurs particuliers. Telle cryptomonnaie servira à tel et tel usage. On va réduire les actions de chaque cryptomonnaie ce qui va permettre une meilleure efficacité. Cela va développer des écosystèmes.

HOW : Par qui sont créées ces cryptomonnaies ?

C.P. : Les ICO (Initial Coin Offerings) ont été la grosse surprise de cette année. Le grand public en avait très peu entendu parler avant. Avec les ICO, les startups créent leur cryptomonnaie pour lever de l’argent et distribuent des jetons (tokens) aux entités qui investissent.

Récemment, les sociétés se sont dit « pourquoi pas nous ? ». Il y a quelques semaines, Kodak a fait grand bruit en lançant sa monnaie à destination du monde de la photographie avec pour objectif de sécuriser les droits des photographes. C’était la première grosse société qui communiquait sur le sujet.


Lire aussi : Kodak avait raté la révolution internet, elle ne ratera pas la révolution blockchain

Les cryptomonnaies sont des objets non identifiés autant d’un point de vue légal, réglementaire, que comptable. C’est donc un terrain de jeu intéressant, un bac à sable entièrement non régulé très propice à l’innovation. Chacun essaie d’en tirer les meilleurs usages.

HOW : Comment les cryptomonnaies vont-elles évoluer en 2018 ?

C.P. : J’espère que la technologie deviendra mainstream, qu’elle se débarrassera de toute la mythologie développée autour d’elle.

On va voir quelles cryptomonnaies vont prendre de l’ampleur et gagner du terrain face aux acteurs historiques. Certaines nouvelles monnaies sont très intéressantes puisqu’elles ont appris sur le dos des plus anciennes. ZenCash, lancée en 2017, en est déjà à sa deuxième expérimentation, l’équipe a affiné son protocole. Elle est déjà en train de réfléchir au modèle de gouvernance, c’est beaucoup plus sérieux.

HOW : Et dans dix ans, où en seront-elles ?

C.P. : Il y a très peu de choses de l’écosystème actuel de la cryptomonnaie que l’on retrouvera dans 10 ans. Cela n’empêchera pas de se souvenir des bitcoins et des ethers comme deux plateformes qui ont fait leur preuve et qui ont été de très belles expérimentations. Elles auront été des précurseurs.

Image d’en-tête par Weedezign

A lire aussi

La communauté des leaders de l'innovation

Innovating in good company

Rejoignez-nous