Les apports de la blockchain pour l’entreprise

Authentification, maîtrise de la vélocité des données et confidentialité sont autant de domaines dans lesquels la blockchain pourra apporter ses solutions à l’entreprise de demain. Guillaume de Matharel, co-fondateur et CEO de la start-up ChainOrchestra, spécialisée dans la blockchain privée pour les entreprises et les industriels de l’IoT, revient sur ces différentes solutions.

Hello Open World : Pourquoi avoir créé ChainOrchestra ? Quel est le credo de l’entreprise ?

Guillaume de Matharel : Le constat de départ, à la genèse de ChainOrchestra, était que la blockchain issue des cryptomonnaies de type bitcoin s’avérait très intéressante en termes de sécurité. On pouvait échanger des données de manière sécurisée entre acteurs hétérogènes, via une organisation informatique décentralisée avec un système de vérification/validation des données et transactions au sein d’une relation peer-to-peer : le réseau blockchain.

Et depuis une dizaine d’années, le bitcoin a prouvé que ces échanges ne pouvaient pas être piratés, une attaque étant conditionnée à une prise de contrôle d’une majorité des serveurs du réseau. Les blockchains publiques, conçues pour faire de la monnaie, présentent cependant un certain nombre de contraintes pour les entreprises qui veulent faire des opérations sur la blockchain : un algorithme de consensus global extrêmement puissant et lourd, des délais d’exécution peu rapides et une absence de responsabilité sur le fonctionnement du système qui par essence est co-administré par un collectif de mineurs. Cette organisation fait qu’une entreprise qui voudrait utiliser ces blockchains n’a pas d’interlocuteur responsable derrière l’organisation informatique qu’on lui propose.

Puis nous avons regardé ce qui se faisait sur le marché en matière de service aux entreprises, du côté des blockchains privées ou hybrides comme du côté des corsortiums. Des consortiums comme le collectif R3, regroupant une quarantaine de grandes multinationales de la finance, parfois concurrentes entre elles et échangeant des données sensibles, ont créé des projets de blockchain tels que Corda ou encore Enterprise Ethereum Alliance.

Notre postulat a donc été le suivant : il est nécessaire de créer des blockchains adaptées au monde de l’entreprise et construites en fonction des contraintes liées aux enjeux de gouvernance, de volumétrie, de confidentialité et de temps de traitement des données. Et ce n’est pas obligatoirement le métier des entreprises de développer des blockchains à moins d’acquérir des compétences ad-hoc très pointues et très rares aujourd’hui. Ce n’est pas forcément non plus une bonne idée de construire des blockchains pour chaque usage et chaque société car une même blockchain peut servir à de multiples cas d’usages et de multiples utilisateurs. D’où l’impératif de voir émerger des fournisseurs d’infrastructures blockchain, déployant, hébergeant et opérant ces échanges de données sur des réseaux blockchains. Il faut aussi fournir des infrastructures blockchain aux offres de Blockchain-as-a-Service (BaaS). D’où notre arrivée sur le marché !

HOW : Comment avez-vous démarré votre activité ? Que proposez-vous concrètement ?

G.d.M : Début 2016, nous avons eu connaissance du projet HyperLedger, une plateforme open source pour la création de blockchain issue de la Linux Fondation. Elle réunit plus d’une centaine d’entreprises, et notamment IBM via l’offre IBM Blockchain destinée aux entreprises.

Nous avons rapidement construit notre offre autour du projet suivant : se positionner comme concepteur, développeur et opérateur de réseaux de serveurs sur lesquels nous déployons du code issu du programme HyperLedger, afin de construire nos propres blockchains, l’idée étant de proposer aux entreprises de venir installer leurs applicatifs blockchains (des programmes de type smart contrats) sur les infrastructures blockchain mutualisées de ChainOrchestra. A l’image d’Internet, nous mettons ainsi à disposition des infrastructures pour héberger et générer les échanges de données sur les réseaux blockchains.

HOW : Comment s’assure-t-on de la sécurisation de ces données au sein des entreprises qui utilisent la blockchain ?

G.d.M : Repartons de l’existant : comment les entreprises sécurisent-elles aujourd’hui leurs données ? Par le biais de « murs » dotés de firewalls gérés par de grands opérateurs informatiques. Ces systèmes font que les entreprises ont du mal à communiquer et à échanger entre elles ou avec leur écosystème des informations sensibles, et lorsqu’elles souhaitent le faire, elles ont pour obligation de mettre en place un ensemble de protocoles lourds et coûteux (protocoles d’échange de données informatisé – ou EDI, lignes sécurisées…). Les permissionned blockchain développées par ChainOrchestra permettent d’établir des protocoles de sécurité souvent bien plus solides et à moindre coût tout en étant compatible avec les impératifs de volumétrie, de temps de traitement et de gouvernance des entreprises.

L’ambition du projet HyperLedger est de monter en puissance sur les volumétries pour atteindre les 100.000 transactions secondes afin de répondre aux impératifs du réseau carte bancaire dans le monde par exemple.

De même ces organisations seront particulièrement pertinentes pour la sécurisation et la traçabilité de trafics de marchandises (conteneurs, camions…) qui intègrent tout un écosystème d’objets connectés permettant la localisation des marchandises. L’information de la localisation est précieuse et l’installation de ces capteurs sur un système blockchain renforce la couche d’identification, de tracabilité et de sécurité qui pourrait aujourd’hui manquer.

Enfin, plus largement, la blockchain apparaît comme une réelle solution pour la protection des données personnelles. En effet, dès mai 2018 entrera en vigueur le règlement général sur la protection des données, réglementation européenne imposant aux entreprises de protéger les données personnelles de leurs usagers et clients sous peine de très fortes amendes. Les sanctions financières peuvent aller jusqu’à 4% du chiffre d’affaires mondial annuel d’une entreprise en cas de non-respect, et la blockchain représente une solution vraiment adaptée pour répondre à ces lois.

HOW : Concernant l’industrie de l’Internet des objets (ou Internet of Things, IoT), quelle est la valeur ajoutée de ChainOrchestra ?

G.d.M : L’utilisation des objets connectés pour échanger des données est l’un des sujets phares de l’IoT, et de nouveaux réseaux permettent d’en multiplier l’utilisation, tels que Sigfox ou LoRa. Or, l’enjeu sous-jacent à cet essor réside dans la protection des données et dans la gestion des autorisations d’accès et d’échanges de ces mêmes données. Là encore, la blockchain apparaît comme une solution possible et efficiente pour autoriser et authentifier les acteurs, et pour tracer et enregistrer les échanges. ChainOrchestra s’investit beaucoup sur les interfaces entre objets connectés et blockchains.

 

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