Les assurtech : poil à gratter ou partenaires des assureurs traditionnels ?

A l’instar du secteur bancaire, les start-up foisonnent et redessinent le paysage du secteur des assurances. Elles cherchent à développer une relation de confiance avec les assurés et offrent de nouveaux services de prédiction et de prévention. Nouveaux usages, nouvelles approches, comment les assureurs historiques peuvent-ils collaborer avec ces jeunes pousses ?

Si les assurances ont longtemps joui d’une certaine stabilité, le secteur est aujourd’hui en pleine mutation. Un profond changement poussé par les nouveaux usages des consommateurs, mais aussi par les nouvelles contraintes législatives comme la loi Consommation, qui permet à tous les Français de résilier leur assurance après un an d’engagement. Décryptage d’une tendance de fond avec Julien Pavillon, Directeur Assurance Business Transformation chez KPMG, Julien Martinez, Directeur de la Stratégie, des Projets Innovants et des Fusions Acquisitions d’Allianz France et Raphael Vullierme, CEO de l’assurtech Luko.

Croissance à deux chiffres et nouvelles opportunités business

Ce nouvel écosystème a permis aux assurtech de croître depuis quelques années. « Ces structures agiles et innovantes ont la capacité d’intégrer, dans leurs propositions, l’utilisation de nouvelles technologies qui viennent perturber la chaîne assurantielle », analyse Julien Pavillon. Au niveau mondial, les investissements dans les assurtech sont ainsi passés de 869 millions de dollars à 2,212 milliards en à peine trois ans, soit une progression annuelle moyenne de 36,5%.

Une croissance en pleine essor, comme en témoigne l’assurtech Luko, qui affiche un taux de croissance mensuel de 50%. « Nous sommes la néoassurance qui croît le plus vite en Europe », se réjouit son fondateur, Raphaël Vullierme. Et cette hypercroissance ne laisse par les acteurs traditionnels indifférents : ces derniers développent de plus en plus de partenariats, à l’image d’Allianz. « Nous nous sommes lancés dans cette démarche d’innovation depuis plusieurs années. Dans le secteur de la santé, nous avons par exemple déployé un partenariat avec la start-up Bepatient pour prévenir les maladies cardiovasculaires », explique Julien Martinez. Allianz met ainsi à disposition de ses assurés des solutions de dépistage de ce type de maladies directement sur leur lieu de travail. « Les nouvelles technologies nous permettent d’aller beaucoup plus loin dans la prévention et dans l’accompagnement de nos clients », ajoute t-il. De quoi envisager le développement de nouveaux services.

La technologie au service de la prévention 

La prévention est devenue le fer de lance des assurances traditionnelles et des assurtech. Allianz propose par exemple aux entreprises l’inspection par drone des toits munis de panneaux solaires, souvent sources d’incendie. Pour diminuer le risque d’accidents en deux roues, la compagnie d’assurance développe également un partenariat avec Cosmo Connected qui développe une solution permettant de rendre tous les casques connectés, permettant de réduire les risques et qui permet d’être immédiatement pris en charge en cas de problème. « Toutes les lignes de business sont touchées par l’assurance préventive qui se développe de plus en plus vite grâce aux nouvelles technologie », souligne Julien Martinez.

C’est sur ce postulat que l’assurance habitation 100% digitale de Luko a vu le jour. La start-up permet à ses utilisateurs de suivre leur consommation d’électricité en temps réel et de connaître avec précision la consommation de leurs gros appareils électroménagers. L’analyse de ces données, accessibles depuis l’application mobile (iOS et Android), doit permettre de déceler d’éventuelles anomalies de consommation et d’anticiper les potentiels sinistres (incendies, panne de congélateur…).

Mais que font les assurances de ces data ? 

Qui dit prévention dit collecte, analyse et stockage de données. Et ce n’est qu’un début. Selon une étude réalisée par L’Argus de l’assurance, en partenariat avec Cegedim Insurance Solutions, 84 % des acteurs du monde de l’assurance estiment que l’intelligence artificielle va révolutionner leur secteur professionnel. Dès lors, quid de la protection des données ? 

« Nous n’avons pas attendu le RGPD pour protéger les données de nos utilisateurs ! Nous sommes en possession des données de 4 millions d’assurés et cela demande une exigence morale extrêmement forte. Elles sont protégées de toute intrusion et nous garantissons leur anonymat », rassure Julien Martinez. Pour Luko, la protection et la transparence dans l’utilisation des données clients est même un argument de vente. « Nous sommes très transparents sur l’utilisation des données de nos clients. Ils peuvent les effacer à tout moment, et arrêter d’utiliser les services de protection dès qu’ils le souhaitent, explique Raphaël Vullierme. Il faut créer une vraie relation de confiance avec nos assurés. ».

« L’expérience client est désormais au cœur des objectifs de ce secteur perçu comme vieillot dans l’inconscient collectif mais qui se développe peu à peu grâce aux nouvelles technologies » conclut Julien Pavillon

Technology photo created by jannoon028 – www.freepik.com

La rédaction HOW

par L'ADN

Linkedin

A lire aussi

La communauté des leaders de l'innovation

Innovating in good company

Rejoignez-nous