Quel avenir pour le parcours patient ?

7 mars 2019

Comment soigner et mieux accompagner les patients grâce aux nouveaux outils numériques ? Quelles transformations attendent le secteur de la santé ? La table-ronde organisée par HOW le 28 février a été riche en enseignements.

Le parcours patient, c’est cette promesse de soigner chaque personne en fonction de ses besoins individuels. Qu’il s’agisse d’assurer un suivi pour une maladie chronique, gérer une hospitalisation ou pallier certains déserts médicaux, le parcours patient est là pour placer l’individu au coeur du processus de soins. “Et avec 10 millions de patients en France atteints de maladies chroniques, la prise en charge des soins est un enjeu crucial”, souligne Franck Le Meur, président et fondateur de TechtoMed.

Passer d’un parcours de soins à un parcours de vie

Pourtant, le parcours patient n’est pas toujours adapté, comme le note Catherine Cerisey, ancienne patiente, blogueuse et fondatrice de Patient & Web. “Nous sommes passés dans une période de la maladie chronique. Or, la maladie chronique ne se traite pas comme une maladie ponctuelle. Elle doit être considérée comme ayant un impact sur la vie et l’entourage des patients. Le parcours du malade chronique n’est pas un parcours de soins, mais un parcours de vie. Nous devons donc faire évoluer le parcours patient actuel.”

“Nous avons besoin de nous occuper davantage des interstices, ces moments pendant lesquels le besoin est moins médical mais tout aussi nécessaire au patient”, reconnaît Benoit Péricard, ancien directeur du CHU de Nancy, aujourd’hui associé et directeur secteur santé de KPMG France. Ces interstices, ce sont par exemple les rendez-vous chez le psychologue, le suivi post-opératoire ou l’accompagnement social des malades. Plusieurs start-ups ont ainsi en commun de vouloir réinventer l’expérience du patient à l’hôpital pour la rendre plus confortable et moins angoissante. Il existe également des structures qui s’adressent aux malades, sans être toutefois des espaces de soins ou médicalisés, à l’image de l’Institut Raphaël, qui accompagne les anciens malades et leurs proches dans la phase délicate de l’après-cancer.


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Co-construire le parcours patient avec les malades

Faire évoluer le parcours patient suppose un changement de paradigme qui intègre davantage les malades. “Le patient ne veut pas être au centre du dispositif de soins, mais faire partie du cercle formé par le personnel médical. Le patient doit être considéré comme un acteur de la lutte contre sa maladie et un partenaire pour les professionnels de santé”, défend Catherine Cerisey.

C’est justement dans cette optique que le groupe La Poste s’apprête à déployer ADEL, un assistant digital au service du patient développé avec le groupe de cliniques ELSAN. « Nous avons travaillé avec les professionnels de santé, mais aussi avec les patients, ce qui est plutôt rare », explique David de Amorim, directeur de l’innovation de Docapost (filiale santé du groupe La Poste). « Ce système a été conçu avec des patients pour tenir compte de leurs interrogations. Parce que ce que veulent les patients, c’est d’abord de comprendre leur opération, ce qui les attend avant, pendant et après. Écouter davantage le malade permet une prise en charge globale. »

La santé sort de l’hôpital

Si La Poste se positionne depuis quelques années sur le secteur de la santé, ce n’est pas un hasard. « La Poste est un tiers de confiance reconnu. Nous n’ouvrons pas le courrier que nous acheminons dans la vie réelle, c’est pareil avec les données numériques ! C’est pourquoi plusieurs professionnels de santé ont choisi de nous faire confiance. Nous avons nos propres centres de données certifiés et basés en France. Résultat : nous sommes aujourd’hui le premier hébergeur de données de santé en France avec 45 millions de dossiers pharmaceutiques et d’assurés », détaille David de Amorim.

Et si la solution d’un meilleur parcours patient était dans le décloisonnement de l’hôpital ? Certaines innovations poussent dans ce sens, à l’image d’un Doctolib qui a complètement révolutionné la prise de rendez-vous médicaux. « La disruption en santé, ce n’est pas que l’intelligence artificielle. On peut aussi disrupter un service de santé en proposant une solution simple qui résout un problème de base. C’est ce qu’a fait Doctolib avec sa plateforme de prise de rendez-vous, et ça change tout », analyse encore David de Amorim. Et si la prochaine disruption était d’inventer… de nouveaux métiers ? Catherine Cerisey propose la création d’un statut de « pair aidant », soit d’anciens malades qui accompagnent les nouveaux malades pour les guider et les épauler. « La parole est plus facile avec un pair, et ce serait une façon de réinsérer professionnellement d’anciens patients », explique-t-elle.

Réinventer l’hôpital et le statut des professionnels de santé

L’hôpital aussi est à réinventer. A l’avenir, il pourrait ainsi devenir un hub de santé abritant des espaces non médicalisés mais intégrés dans le parcours de soins, comme un service d’hébergement transitoire par exemple, sorte de sas de confort entre l’hôpital et le retour à domicile. Une expérimentation nationale est en cours avec 41 établissements pour jauger la pertinence de ces « hôtels hospitaliers ».

« On n’échappera pas à une réflexion nationale sur la question de la prise en charge », juge enfin Benoit Péricard, favorable à plus de régionalisation. « Les modèles qui fonctionnent le mieux sont les modèles qui n’ont que quelques millions de patients à gérer. » A Strasbourg, la ville expérimente ainsi des contrats locaux de santé, pour répondre au mieux aux besoins des populations sur un territoire donné. Autre idée qui pourrait améliorer le parcours patient et permettrait de lutter contre la crise de la médecine de ville : la création d’un statut unique du médecin en France. « Aujourd’hui, les médecins sont divisés et cloisonnés entre deux statuts : les salariés des hôpitaux d’un côté et les médecins libéraux de l’autre. Or, chaque statut ne donne le droit d’exercer que dans son périmètre. Un statut unique permettrait aux médecins d’exercer aussi bien en cabinet qu’à l’hôpital », conclut Benoit Péricard.

 

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La rédaction HOW

par L'ADN

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