Banques et crypto-monnaies : l’amour vache

Le 12 janvier 2009, dans un contexte de défiance bancaire suite à la crise des subprimes, Bitcoin opère sa 1ère transaction. Outil des mafieux, des pirates et des trafiquants, trop volatile et dépendante d’une technologie qu’elles ne maîtrisaient pas, les crypto-monnaies ont mis du temps à faire naître la flamme dans les yeux des banques. Parce qu’elles portent en elles les velléités révolutionnaires d’une mouvance crypto-anarchiste, parce qu’elles secouent chaque jour leurs stratégies, les institutions bancaires traditionnelles ont eu besoin de quelques années avant de comprendre leur potentiel. 

Des débuts difficiles

Lorsque le Bitcoin arrive dans le débat public, c’est d’abord pour nourrir les inquiétudes. Fin 2013, la Commission de Supervision Financière de la Chine et Taïwan publient un communiqué commun mettant en garde contre l’usage du Bitcoin. Son cours chute alors brusquement de 300 dollars. A partir de 2017, les déclarations publiques se succèdent. Jim Yong Kim, président de la Banque mondiale à l’époque, bataillera pour faire entendre son point de vue face à cette monnaie qu’il trouve “trop chère”. 

En parallèle, d’autres sentent le vent tourner. Goldman Sachs anticipe le succès du phénomène et annonce son intention de lancer une plateforme de trading de crypto-monnaies… tout en rappelant la solidité de l’or face au Bitcoin. Chez JPMorgan, Marianne Lake (Chief Financial Officer) lance un projet pilote basé sur la blockchain pour faciliter les paiements cross-border et déclare alors : « Nous sommes très ouverts aux potentiels cas d’usages dans le futur autour de monnaies virtuelles contrôlées et régulées ». 

Cette schizophrénie entre perte de contrôle et nécessité d’anticiper fait tourner la tête aux marchés. 

Quand les banques flirtent avec les crypto-monnaies

Aussi, dans la nouvelle ère de l’horizontalité qui permet aux Bitcoins de s’échanger de manière codifiée, certifiée et décentralisée, les banques ont cherché à reprendre un contrôle vertical sur la technologie. Début 2017, Credit Suisse, ING, Santander, UBS, JP Morgan, BBVA, ont ainsi été les membres fondateurs de “l’Enterprise Ethereum Alliance”. Sa mission était alors de faire naître un standard commun dans la blockchain afin de pouvoir intervenir dans les échanges.

Certaines de ces banques ont été encore plus loin en fondant une joint venture commune pour exploiter la ressource Bitcoin sur une plateforme e-commerce. Parmi les actionnaires du « Digital Trade Chain group » (re-baptisé « we.trade »), on retrouve IBM, Deutsche Bank, HSBC, KBC, Natixis, Rabobank, Societe Generale et UniCredit.

La riposte des nouvelles monnaies

Mais le Bitcoin devient trop cher, trop volatile. Jeff Garzik, fondateur de Bloq et l’un des principaux développeurs du Bitcoin, veut casser les prix avec la monnaie multi-blockchain Metronome. Basecoin et Cypherium, deux monnaies créées par des anciens de Google, instaurent elles des “smart contrats” et des règles de gouvernance pour la rendre stable.

Les banques tirent la sonnette d’alarme et sont prêtes à y mettre les moyens. En 2017, aux Etats-Unis, elles auront dépensé 20 milliards de dollars d’investissements uniquement dans leur développement IT, à un rythme de croissance de 22,5% attendu chaque année. 

Et demain ? 

Le Bitcoin représente aujourd’hui 50% du marché, et plus de 2 000 crypto-monnaies aux technologies et aux usages variés sont référencées sur coinmarketcap.com. Alors, les crypto-monnaies vont-elles remplacer les banques ? S’il est impossible de prédire l’avenir, les banques traditionnelles voient déjà leurs clients changer leurs habitudes, se tourner vers des néo-banques ou du paiement mobile. De nouvelles tendances qui sont également prises au sérieux par le gouvernement français, devenu l’un des premiers à mettre en place une réglementation claire autour des crypto-monnaies et des ICO (Initial Coin Offering). 

La sphère cryptomonétaire a fait souffler un vent de nouveauté au sein des institutions financières mondiales. Elle met les banques face à un véritable enjeu : intégrer et diversifier leurs offres pour répondre à cette nouvelle demande… et faire cohabiter euros et crypto-monnaies. 

Et de nouveaux concurrents viennent chaque jour bouleverser leurs stratégies. Récemment, c’est Facebook qui a annoncé mettre en circulation sa propre monnaie virtuelle dans le courant de l’année 2020. Une annonce qui inquiète les régulateurs, le « Libra » va t-il remplacer les monnaies souveraines dans le quotidien des consommateurs ? Facebook n’a pas choisi de les rassurer : « Avec le temps, nous espérons pouvoir offrir de nouveaux services pour les individus et les entreprises, comme la possibilité de payer ses factures en un clic, d’acheter un café avec un simple code-barres, ou d’utiliser les transports publics sans avoir à transporter de liquide ou de carte de transports. »

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