Banques et bitcoin : un flirt de circonstance

14 novembre 2017

Elles ont d’abord contourné le bitcoin, arguant qu’il était l’outil des mafieux, des hackers et des trafiquants en tout genre. Elles ont aussi joué la carte de la dangereuse volatilité de la crypto-monnaie qui répond sans cesse aux soubresauts technologiques. Mais alors que le bitcoin flirte avec les 6000 dollars en valeur fin octobre, les grandes banques mondiales sont désormais contraintes de revoir leur copie sur un outil numérique dont le potentiel n’est pourtant, ni plus ni moins, de permettre aux citoyens de s’extraire du système monétaire contrôlé par les banques centrales, pour effectuer leurs achats et autres opération, sans aucun péage. Depuis le début 2014 et Janet Yellen affirmant que la Banque Fédérale “n’avait pas autorité pour réguler le bitcoin”, les banques, – qui gèrent aussi les dettes des États – ont fait de leur côté du chemin sur les stratégies à adopter.

Lorsque le bitcoin arrive dans le débat public, c’est d’abord pour nourrir les inquiétudes. Fin 2013, la Commission de Supervision Financière de la Chine et Taïwan publient un communiqué commun mettant en garde contre l’usage du bitcoin. Son cours chute alors brusquement de 300 dollars dans les échanges, montrait CoinDesk. Depuis, les déclarations anxiogènes dominent toujours.

La chasse aux clients

D’autres gardiens du temple tel Jim Yong Kim, le président de la Banque mondiale la trouve en effet “trop chère”. Reste que la crypto-monnaie dépasse désormais le simple cercle “geek”. Tandis que la banque Goldman Sachs voit les derniers chiffres 2017 de sa division “clients institutionnels” en recul, elle annonce dans le même temps son intention de lancer sa plateforme de trading de crypto-monnaies… tout en rappelant la solidité de l’or face au bitcoin dans un rapport simultané, comme indiqué par HOW.

Cette schizophrénie entre la perte de contrôle et la nécessité d’anticiper est la même chez JP Morgan. «Nous sommes très ouverts aux potentiels cas d’usages dans le futur autour de monnaies virtuelles contrôlées et régulées», concédait seulement Marianne Lake, la Chief Financial Officer de JPMorgan. Une vision centralisatrice précisée par son CEO Jamie Dimon qui n’hésite pas, lui, à parler de “fraude” pour évoquer le bitcoin. Mais aussi pour lancer un projet pilote basé sur la blockchain pour faciliter les paiements cross-border… – qui se comptent chaque année en centaine de trillions de dollars -, indique Investopedia.

L’union fait la loi

Aussi, dans la nouvelle ère de l’horizontalité qui permet aux bitcoin de s’échanger de manière codifiée, certifiée et décentralisée, les banques cherchent aujourd’hui à reprendre un contrôle vertical sur la technologie. Début 2017, Credit Suisse, ING, Santander, UBS, JP Morgan, BBVA, ont ainsi été les membres fondateurs de “l’Enterprise Ethereum Alliance”. Sa mission était alors de faire naître un standard commun dans la blockchain afin de pouvoir intervenir dans les échanges.

Certaines de ces banques veulent aller encore plus loin en fondant une joint venture commune pour exploiter la ressource bitcoin sur une plateforme e-commerce. Parmi les actionnaires du « Digital Trade Chain group » (re-baptisé récemment « we.trade »), avec IBM, Deutsche Bank, HSBC, KBC, Natixis, Rabobank, Societe Generale et UniCredit, indique CoinDesk.

Même scénario et même opportunités détectées par la Royal Bank of Canada qui s’est associée à JP Morgan, la banque centrale d’Australie et New Zealand Banking Group pour la plateforme «Interface Information Network”, pour processer les paiements dans leur blockchain, selon Cryptocoinnews.

La riposte des nouvelles monnaies

Des solutions pour lutter contre le “trop cher, trop volatile” émergent déjà. Jeff Garzik, fondateur de Bloq et développeur de Bitcoin veut casser les prix avec la monnaie multi-blockchain Metronome. Basecoin et Cypherium, deux monnaies créées par des anciens de Google, instaurent elles des “smart contrats” et des règles de gouvernance pour la rendre stable, indique Bloomberg.

Les banques ont tiré la sonnette d’alarme et elles sont prêtes à y mettre les moyens. En 2017, aux Etats-Unis, elles auront dépensé 20 milliards de dollars d’investissements uniquement dans leur développement IT, à un rythme de croissance de 22,5% attendu chaque année, d’après IDC. Or en 2014, la croissance annuelle de cet investissement n’était seulement que de 3,9% selon le cabinet.

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