Ces personnes réfugiées utilisent la blockchain pour se nourrir

25 avril 2018

Pour distribuer des vivres aux personnes réfugiées de plusieurs camps en Jordanie, le Programme alimentaire mondial des Nations Unies a développé un système de paiement reposant sur la reconnaissance de l’iris et la blockchain.

Nourrir les près de 657 000 personnes réfugiées syriennes qui se trouvent aujourd’hui en Jordanie est un véritable défi logistique. En 2017, le Programme alimentaire mondial (ou WFP pour World Food Program) a lancé le dispositif Building Blocks pour faciliter l’achat de denrées alimentaires dans les camps de réfugiés.

Pour payer leurs achats, les personnes qui bénéficient du programme ont simplement besoin de regarder la caméra dont dispose le personnel de vente. Grâce à la reconnaissance de l’iris, la caméra identifie la personne en face d’elle et débite son compte en utilisant une version privée de la blockchain Ethereum.

La blockchain, par sa nature décentralisée, permet de protéger les données personnelles de ses utilisateurs et utilisatrices, une priorité pour les organisations d’aide aux réfugiés. Pour autant, ce sont des arguments financiers qui ont décidé le WFP à utiliser la blockchain.

En 2009, l’organisation a remplacé les distributions de nourriture par des transferts d’argent. Ce changement de méthode a permis de nourrir plus d’individus qu’auparavant mais a entraîné des coûts bancaires importants. En 2017, le World Food Programme avait transféré plus de 1,3 milliards de dollars à des personnes réfugiées, rappelle le MIT Tech Review. Si les frais de transaction avaient été plus faibles, des millions de repas supplémentaires auraient pu être distribués. Depuis son lancement, le programme Building Blocks a permis de réduire ces frais de 98%.

Personnes réfugiées font leurs courses sur le camp Azraq

En plus de protéger les données des personnes réfugiées, la blockchain a aussi permis d’importantes économies financières pour le Programme alimentaire mondial. Photo par Mohammad Batah

La blockchain permet ainsi de résoudre le problème d’identification des personnes réfugiées une fois (perte de pièces d’identité et de diplômes, impossibilité d’accéder à ses comptes bancaires, etc). La blockchain pourrait ainsi servir, dans un deuxième temps, de coffre-fort et d’outil d’identification afin d’aider les personnes à reconstruire leurs vies dans leurs nouvelles villes.

Pourtant, certaines personnes expriment leur scepticisme quant à l’utilisation d’une technologie si récente sur des personnes vulnérables. Sait-on vraiment qui aura la main sur les données collectées ? Peut-on vraiment être sûr que les gouvernements et les entreprises n’y auront jamais accès ? Un gouvernement mal intentionné en possession de ces données pourrait facilement exercer une surveillance de masse. Au Myanmar par exemple, les autorités gouvernementales sont parvenues à traquer les Rohingyas grâce aux données biométriques récoltées par l’ONU.

Numériser les données personnelles des personnes vulnérables pourrait permettre d’améliorer leur quotidien : de leur offrir des aides alimentaires plus efficaces, de certifier leurs identités ou encore d’avoir accès à de meilleurs soins médicaux. Mais il faut, pour éviter que ces données ne soient utilisées contre elles, imposer une gouvernance décentralisée forte et s’assurer de la sécurité des systèmes informatiques utilisés.

Image d’en-tête par Mohammed Batah

La rédaction HOW

par L'ADN

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