Comment bien manager des freelances ?

C’est la fuite des cerveaux ! Les profils tech et créatifs les plus talentueux quittent les agences et les SSII pour se lancer à leur compte. Les grands groupes n’ont qu’une solution : suivre ces nouveaux freelances et apprendre à travailler avec eux.

En dix ans, le nombre de freelances a plus que doublé. La France compte aujourd’hui 830 000 personnes travaillant à leur compte dans les professions intellectuelles, ce qui représente 10% de la population active selon une étude OuiShare-Malt de 2017. Et ce n’est que le début.

Les grandes entreprises s’adaptent en faisant appel à ces talents indépendants. 60% des entreprises du CAC 40 travaillent avec Malt, une plateforme qui met en connexion freelances et entreprises, explique Laëtitia Vitaud, auteur et enseignante à Sciences Po (elle vient notamment de signer l’étude “Pourquoi le CAC 40 a besoin des freelances” pour Malt). La plateforme Crème de la crème assure, de son côté, travailler avec une centaine de grands groupes. Mais ces groupes ont-ils compris comment travailler avec ces indépendants ?

Opération séduction

« Un indépendant n’est pas un chargé de clientèle en agence, il n’est pas là pour comprendre le client et orchestrer le projet qui va lui plaire, il est là pour le projet », explique Antoine Vallet, chargé de communication interne pour le pôle recherche et innovation de L’Oréal. Travailler avec ces nouveaux acteurs représente un véritable changement de paradigme, insiste-t-il. Il faut réfléchir en termes de projets, les rendre intéressants et faire confiance à ces « faiseurs ».

Les excellents freelances sont très demandés, ajoute Laëtitia Vitaud, ils peuvent dire non aux projets et aux entreprises qui ne les intéressent pas. Il faut donc rendre l’entreprise et les projets attrayants et donner envie aux freelances de collaborer à nouveau.

« Il ne faut pas considérer les indépendants comme des prestataires externes, comme des personnes jetables. Il faut fidéliser ceux avec qui cela se passe bien », explique Bertrand Moine, cofondateur du collectif de freelances Digital Village, qui rédige en ce moment un livre blanc sur la collaboration grandes entreprises/freelances.

graphique top 10 CAC 40 freelance

Les freelances sont devenus des partenaires indispensables pour les grands groupes. Image extraite de l’étude Malt « Pourquoi le CAC 40 a besoin de freelances »

Proposer un cadre de travail flexible

Pour leur offrir les meilleures conditions de travail possibles, les entreprises doivent d’abord comprendre les attentes des freelances. Ces derniers veulent conserver leur autonomie, ils veulent utiliser les outils de leurs choix, travaillent de façon plus souple et réactive, disposer de marges de manoeuvre, et pouvoir développer des solutions dont ils sont fiers, s’accordent Antoine Vallet et Laëtitia Vitaud.

Pour gagner en flexibilité, Antoine Vallet a invité les freelances à travailler dans leurs bureaux. « Cela permet d’imaginer, de concevoir et de produire ensemble. On tente des choses en temps réel que les allers-retours avec les agences ne permettent pas pour des raisons de timing », témoigne Antoine Vallet.

Cette immersion sur site permet aussi aux freelancers de mieux comprendre les besoins de l’équipe, de saisir la culture d’entreprise, de s’imprégner d’un vocabulaire propre au projet, d’assimiler l’esthétique recherchée. « Les indépendants ont davantage de contexte, ce qui leur permet d’avoir une meilleure compréhension des projets », continue-t-il.

Car si les freelances veulent rester libres, ils apprécient aussi d’être intégrés aux équipes et de suivre les projets sur lesquels ils ont travaillé. C’est pourquoi Antoine Vallet partage avec eux de nombreuses informations internes plus ou moins reliées à la mission et reste en contact avec les indépendants même quand ils n’ont pas de mission, en les invitant à des conventions, par exemple.

Les bonnes initiatives de ce type commencent à voir le jour, estime Bertrand Moine. Il recommande aux entreprises de créer des plateformes internes pour communiquer avec les freelances ou de leur proposer des places de coworking, par exemple. Quant à Laëtitia Vitaud, elle prône le community management, avec des rendez-vous récurrents, du contenu et des petites attentions.

Payer à l’heure et au juste prix

Cela peut paraître évident… Les freelances souhaitent être payés rapidement, idéalement en fin de mois, avant que les factures ne tombent. C’est pourtant rarement le cas. Les indépendants sont, en effet, considérés comme des prestataires externes et donc payés par le service des achats qui n’appliquent pas les mêmes délais de paiement que les RH.

Faut-il créer un poste de Chief Freelance Officer pour mieux répondre aux demandes des free ? L’idée fait son chemin mais n’a pas encore trouvé sa place dans les entreprises.

Et si l’on renversait le problème ? Et si l’on arrêtait de chercher comment intégrer les indépendants à son entreprise et que l’on essayait de créer des entreprises qui donnent envie autant aux freelances qu’aux employés ?

« Plutôt que se demander ce qu’il faut changer pour travailler avec les free, il vaudrait mieux se demander comment on peut s’en servir pour transformer sa culture d’entreprise. Les freelances sont des éclaireurs, ils disent tout haut ce que les employés pensent tout bas », estime Laëtitia Vitaud.

Intégrer des freelances permet de faire rentrer de nouvelles mentalités de faire évoluer les managements. Quand elles travaillent avec des freelance, les équipes s’inspirent de leur façon de faire, elles passent en mode projets, réfléchissent à leur façon de travailler. « L’esprit freelance se dissémine ainsi dans l’entreprise », conclue Laëtitia Vitaud.

Bien accueillir ces freelances, ce n’est pas simplement bénéficier du travail d’une personne talentueuse, c’est aussi une opportunité de changer ses RH pour se préparer au futur. Mais où trouver ces perles rares ? Retrouvez Laëtitia Vitaud, Bertrand Moine et Antoine Vallet dans ce second volet de notre série sur les freelances dédié aux agences, plateformes et collectifs de freelances.

Image d’en-tête extraite de l’étude de Malt “Pourquoi le CAC 40 a besoin des freelances”

La rédaction HOW

par L'ADN

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