Certaines entreprises disent non au RGPD… et au marché européen

Effrayées par le RGPD, certaines entreprises américaines boutent les internautes européens hors de leur site.

Vous ne lisez plus les emails de mise en conformité au RGPD ? Dommage, vous risquez de passer à côté d’informations aussi surprenantes qu’importantes. Car, entre les dizaines de messages de mise à jour de CGV et de demande de confirmation d’inscription à une newsletter que vous aviez oubliée, se cachent des emails de suspension de votre compte.

Le Règlement Général sur la Protection des Données, entré en vigueur le 25 mai 2018, n’y va pas de main molle. Selon le règlement, tout site en non-conformité risque une amende équivalent à 4% de son chiffre d’affaires ou de 20 millions d’euros, le montant le plus élevé étant retenu. De quoi menacer la santé financière des entreprises.

Certaines entreprises non-européennes se sont demandées : les revenus apportés par les internautes européens justifient-ils vraiment le coût de la mise en conformité ou des sanctions ? Pour de nombreuses entreprises qui ne font que très peu ou pas de chiffre d’affaires dans l’Union Européenne, la réponse a été claire : non.

Non à l’UE

Les sites ayant fait ce choix sont variés mais sont généralement des entreprises dont le modèle économique dépend de l’utilisation des données personnelles de leurs membres. Le service Unroll.me par exemple, qui permet de gérer ses abonnements aux newsletters, a fait partie des premiers sites à dire au revoir à ses utilisatrices et utilisateurs de l’UE.

A l’instar de Unroll.me, certaines entreprises américaines renoncent au marché européen depuis l’entrée en vigueur du RGPD. Décideront-elles de revoir leur politique de données ? Capture d’écran de Unroll.me

Côté média, c’est l’hécatombe. Conscients de ne pas répondre aux nouvelles normes de récolte et d’utilisation des données, des sites tels que le LA Times, le Chicago Tribune ou encore le New York Daily News ont fermé leur site à l’UE (et uniquement à l’UE comme le confirme Numerama) de façon plus ou moins brutale.

Incapables de répondre aux exigences du RGPD, Los Angeles Times a dit au revoir à ses lecteurs et lectrices en Europe. Capture d’écran de Los Angeles Times

Ces entreprises affirment chercher des solutions techniques pour rétablir leurs services dans l’Union Européenne. Réelle bonne volonté ou belles paroles ? Le futur nous le dira. Ce qui est sûr c’est que ces techniques cachent soit un manque de moyen ou de volonté, soit des business models incompatibles avec le respect des données personnelles.

Car en réalité, se mettre en conformité avec le RGPD n’est pas si compliqué que ça. Ce texte n’a que deux missions : rendre les internautes plus informés de l’utilisation qui est faite de leurs données personnelles et limiter la collecte de données à celles indispensables au fonctionnement des différents sites, comme le rappelle Numerama.

Contourner le problème

D’autres entreprises ont contourné le problème. Et les médias, dont la survie financière dépend de nos données, en sont encore une fois un bon exemple.

Le Washington Post offre ainsi deux options aux Européens et Européennes. Accueillis par un « hard paywall », ils peuvent soit donner leur consentement pour accéder au contenu soit passer à un abonnement payant « premium special Europe » pour préserver leurs données et s’éviter la publicité pour 90 $ par an.


Lire aussi : Non, le RGPD n’empêchera pas l’innovation

USA Today a choisi une stratégie diamétralement opposée. Le journal a créé une version de son site en parfaite conformité avec le RGPD accessible uniquement dans les pays de l’UE, une version qui ne fait ni collecte de données ni publicité. Un vrai plaisir.

Contrairement à certains médias qui ont préféré fermer leur site web, USA Today propose une version de son site disponible en Europe seulement et respectant le RGPD. Capture d’écran de USA Today.

Ces deux médias profitent donc de cette législation pour grandir en Europe. Le Washington Post utilise le RGPD pour convertir son audience européenne en abonnés payants, tandis qu’USA Today part à la chasse aux nouveaux lecteurs avec cette version gratuite de son site aux airs de version premium.

Là où certaines entreprises voient le RGPD comme une contrainte, d’autres la voient comme une occasion d’offrir un service moins gourmand en data (et c’est crucial pour la durabilité de notre système), d’être mieux protégées des attaques de cybersécurité et plus en conformité avec les demandes des internautes, plus exigeants que jamais.

Le respect de la vie privée n’a pas à être un frein à l’innovation. Des entreprises comme Snips ou la Société Générale l’ont prouvé : en intégrant le respect de la vie privée dès la conception de ses services (c’est la privacy by design), on peut aller plus loin dans l’innovation.

Image d’en-tête par Craig Whitehead

La rédaction HOW

par L'ADN

Linkedin

A lire aussi

La communauté des leaders de l'innovation

Innovating in good company

Rejoignez-nous