Comment le boom de l’énergie verte challenge les acteurs traditionnels

19 février 2020

61% des Français s’intéressent désormais aux offres vertes des fournisseurs d’énergie. Comment cette évolution des consommateurs impacte-t-elle les entreprises traditionnelles du secteur ?

Publié annuellement, le Baromètre du Médiateur National de l’Energie décrypte la compréhension des consommateurs sur le marché de l’énergie en France depuis son ouverture à la concurrence. Dans sa dernière partie, l’étude s’intéresse au rapport des Français à l’électricité « verte » : ils sont désormais 61% à se déclarer intéressés, et 35% à vouloir investir pour en produire. Un intérêt encore modéré mais qui devrait progresser dans les années à venir, avec des conséquences pour les professionnels du secteur.

Certifié depuis 2013 par une Garantie d’Origine (GO) européenne, le terme d’électricité « verte » s’applique à l’électricité produite uniquement à partir de sources d’énergie renouvelables : énergie hydraulique, éolienne, solaire ou encore issue de la biomasse (gaz de décharge, biogaz, bois etc.) Pour obtenir la certification de leur offre, les distributeurs d’énergie doivent garantir avoir injecté dans leur offre une quantité d’énergie renouvelable équivalente à la consommation des clients de cette solution. Autrement dit, prouver qu’ils sont capables de couvrir la demande de ces clients particuliers.

Un enjeu crucial au vu du regain d’intérêt des consommateurs pour des solutions plus écologiques, qui a poussé les énergéticiens à diversifier leurs sources d’approvisionnement pour obtenir cette certification. La majorité d’entre eux sont aujourd’hui en mesure de profiter de ce type d’offres vertes, en version « standard » (certifiée par les Garanties d’Origine) ou « premium » (lorsque le distributeur s’engage à organiser lui-même des sites de production d’électricité verte ou à l’acheter à des producteurs locaux).

Le hic : l’intérêt des consommateurs pour ces offres plus responsables entraîne aussi des dérives marketing. En effet, un fournisseur peut tout à fait proposer une « offre verte » dont l’électricité serait d’origine… nucléaire, à la seule condition d’acheter un certificat. Pour Alix Mazounie, chargée de campagne Énergie pour Greenpeace France, « ce mécanisme contribue à un greenwashing de plus en plus problématique. De fait, l’argent des consommateurs et consommatrices sert à financer des énergies du passé à leur insu, plutôt que de contribuer à soutenir la transition énergétique. » En cause : la possibilité de revendre les certificats une fois obtenus, indépendamment de la source d’énergie qu’ils certifiaient.

On voit apparaitre ici les dérives du greenwashing, ce procédé marketing utilisé par une entreprise dans le but de se donner une image de responsabilité écologique trompeuse. Pour offrir plus de transparence, l’ONG Greenpeace édite depuis 2018 un Guide de l’électricité verte destiné à démêler le vrai du faux ainsi qu’un classement des distributeurs selon leur degré d’engagement en faveur du développement des énergies renouvelables. Et ceux-ci semblent être sur la bonne voie : fin 2019, 5 fournisseurs apparaissaient ainsi 100% renouvelables, contre seulement 3 en 2017.

Une progression de bon augure quand on considère que d’ici 2040, 66% du marché mondial de l’énergie devrait être approvisionné par des sources durables (selon un rapport de l’Agence Internationale de l’Énergie). Pour rester pertinents dans un paysage international bousculé par le développement rapide de la Chine – EDF était le premier producteur d’électricité au monde jusqu’à se faire dépasser par deux producteurs chinois en 2017 – les fournisseurs d’énergie auront tout intérêt à développer et favoriser la transparence autour de ces offres vertes dans les années à venir.

La rédaction HOW

par L'ADN

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