Les technologies bio-inspirées imitent le vivant pour réduire la data

Risque écologique, éthique et financier, il nous faut d’urgence réduire la quantité de données que nous partageons. Alors que la minimisation de la donnée propose de réduire les informations collectées, les technologies bio-inspirées proposent de changer la façon dont nous les capturons.

Les objets connectés s’invitent dans tous les aspects de nos vies. Des smartphones aux voitures autonomes en passant par les brosses à dents connectées, ils seront bientôt partout. Mais nos technologies et nos infrastructures réussiront-elles à suivre cette explosion ?

Pour fonctionner, les objets connectés ont besoin de données, beaucoup de données. Comme nous l’expliquions dans le premier volet de ce dossier, cette explosion de la big data menace à la fois nos réseaux de télécommunications, qui n’ont pas été conçus pour transmettre autant d’informations, notre planète, qui doit supporter la consommation énergétique de nos réseaux télécom et data centers, et nos portefeuilles, qui seront mis à dure épreuve par le coût de la bande passante.

Le « edge computing » se propose de réduire le nombre de données partagées. Avec cette approche, des entreprises comme Snips traitent les données directement dans les appareils. La data n’est plus partagée systématiquement avec un serveur, une belle économie d’énergie.


Lire aussi : Le Edge computing va rendre l’IA plus écologique, rapide et éthique

D’autres approches se placent en amont et proposent de réduire la quantité de données produites. La minimisation des données questionne l’importance de collecter toujours plus de données personnelles et suggèrent de se limiter à l’essentiel. Technologiquement plus complexe, l’approche bio-inspirée imite le vivant pour créer des formats de captation vidéo ou de stockage de données beaucoup plus légers.

Remettre en question les anciennes technologies

La vidéo est au cœur du monde connecté de demain. Elle permet, entre autres, d’effectuer de l’eye tracking (suivi du regard) dans les téléphones, du comptage de personnes dans les boutiques, ou encore de la détection de piétons dans les voitures autonomes. Pourtant, elle repose sur une façon de capter le mouvement plus que centenaire : le séquencage d’images.

Les entreprises peuvent intégrer la technolophie Prophesee dans leurs outils ou utiliser la caméra bio-inspirée de Prophesee. Image de Prophesee

« Tous ces besoins là créent des inefficacités, les technologies classiques n’ont pas les capacités pour délivrer ce type de performances », estime Luca Verre, cofondateur et président de Prophesee. « Les entreprises ont besoin d’aller vers des technologies qui sont plus rapides et consomment moins d’énergie ». Et quoi de plus rapide que l’œil et le cerveau humain ?

La startup de deep tech française a développé une technologie unique au monde, issue en partie des travaux sur l’œil humain menés par la recherche publique (Institut de la Vision, CNRS, CEA, UPCM, INSERM). Au lieu de compiler des séquences d’images, comme le font les capteurs classiques, Prophesee génère des flux d’images. Une façon de faire qui nécessite mille fois moins de données qu’une caméra traditionnelle.

S’inspirer de la biologie pour mieux capturer l’information

Contrairement à la caméra, la rétine humaine n’envoie pas d’images en continu au cerveau. Elle lui envoie une image occasionnellement puis se contente de lui dire ce qui a changé. Le cerveau garde en mémoire l’image envoyée et fait un refresh pour intégrer les modifications perçues par les yeux. Prophesee fonctionne de façon similaire. 

La startup mesure les mouvements et l’évolution de la lumière dans un environnement puis génère un flux vidéo. La vidéo peut consister uniquement d’informations dynamiques ou afficher l’intégralité des détails de la scène en envoyant une image de base en amont et en la mettant à jour pixel par pixel selon les informations dynamiques.

Cette technologie ne se contente pas d’être plus légère et rapide, elle permet aussi d’ajouter des fonctionnalités dont même l’œil humain ne dispose pas : vision dans la nuit, détection de micro-défauts, résistance à la répétition, etc. Le système de vision artificielle de Prophesee est déjà utilisé, ou va l’être prochainement, dans des voitures autonomes, des téléphones ou des usines.


Lire aussi : A quoi servira l’ADN synthétique ?

Pour l’instant, la vision est la technologie bio-inspirée la plus avancée, mais la mémoire et l’audio devraient suivre quand la recherche aura avancé. IBM et Qualcomm regarderaient déjà depuis une dizaine d’années des procédés anthropomorphiques pour développer de la mémoire locale. Pendant ce temps, Microsoft s’intéresse à l’ADN synthétique. Stocker de l’information dans de l’ADN reviendrait en effet à stocker toute la production informatique annuelle du monde dans un coffre de voiture ! Une belle façon de réduire les factures énergétiques des data centers.

Changement d’approche ou nouvelles technologies, les entreprises peuvent créer des modèles d’IA moins gourmands en données et ainsi permettre à notre connexion de durer.

Image d’en-tête par Prophesee

La rédaction HOW

par L'ADN

Linkedin

A lire aussi

La communauté des leaders de l'innovation

Innovating in good company

Rejoignez-nous