Gérer l’hypercroissance, du statut de startup à celui de « scale-up »

16 juin 2017

Avoir une équipe fondatrice soudée, être capable de se renouveler et de s’étendre à l’international… les critères pour devenir une scale-up digne de ce nom ne manquent pas.  François Bloch, associé et responsable national du marché des entreprises en croissance chez KPMG, accompagne les startups pour leur permettre d’atteindre de tels critères.

Hello Open World : Qu’est-ce qu’une scale-up ?

François Bloch : Il n’y a pas de réelle définition, mais des faisceaux d’indices. Les “scale-up” sont des entreprises jeunes et extrêmement dynamiques, qui ont su prouver la robustesse de leur business model. Elles ont déjà un chiffre d’affaires annuel supérieur à cinq millions d’euros, avec une croissance annuelle d’au moins 10 à 20% sur les trois dernières années. Ces entreprises bénéficient d’une capacité d’innovation très forte. Une scale-up, c’est finalement une startup qui a grandi très vite et qui a démontré son fort potentiel.

HOW: Quelles sont les caractéristiques d’une telle société ?

F.B : Outre sa capacité à innover, il y a d’abord la nécessité d’une équipe fondatrice soudée. C’est un mélange subtil de cohésion, d’homogénéité et de complémentarité.
Il faut également que l’entreprise soit suffisamment flexible pour faire évoluer ses compétences, ses valeurs et sa culture tout au long de son développement. Cette nécessaire adaptabilité est guidée par l’objectif de devenir rapidement un leader sur son marché au niveau national, puis très vite à l’international. Une scale-up est en effet une startup qui a réussi à trouver des relais de croissance à l’étranger ou via des nouveaux marchés locaux. Elle est aussi capable de trouver des financements grâce à la qualité de son business plan.
Enfin, les entreprises de forte croissance doivent mettre en place un comité de direction de haute performance, très compétent, expérimenté, engagé et responsable, porteur de la culture et des valeurs au sein de l’entreprise.

Groupe de femmes au bureau

Une équipe fondatrice soudée est nécessaire dans le passage au statut de scale up. Image de WOCinTech

HOW : Quel est le principal défi à relever pour devenir une scale-up ?

F.B : La professionnalisation de la gouvernance est un enjeu majeur. Les dirigeants doivent s’adapter à la croissance de leur entreprise et passer du management de projets au management des talents, sans toutefois perdre l’agilité de la startup.
Les clés du succès d’une scale-up résident en effet dans l’alignement et la mise en cohérence permanente du système “Marché/Management/Stratégie financière” au centre duquel se situe l’équipe fondatrice, en charge de cet alignement.
Comme dans toute évolution de système, le passage de startup à scale-up est rarement linéaire et continu. Il se caractérise plutôt par une suite d’accélérations plus ou moins intenses et plus ou moins courtes, ponctuées par des plateaux de stagnation plus ou moins longs. C’est un équilibre subtil, voire « chirurgical ». Le dirigeant ne doit pas se fixer de limite, il doit mettre l’innovation et l’agilité au cœur de son entreprise tout en ayant une vision très large de son marché.

HOW : Le cadre français est-il favorable aux scale-up ?

F.B : Contrairement à ce que l’on peut entendre parfois, la France a un écosystème des startups très vertueux. Il est assez simple pour une startup innovante avec un business plan solide de trouver des financements de 200 à 300 000 euros de départ.
L’impact positif des aides et subventions doit néanmoins être renforcé par des dispositifs ciblés pour les scale-up. Depuis 2 ou 3 ans, certains programmes d’accélération tentent justement de booster la croissance de certaines startups très prometteuses. Il est important de bien identifier dès le départ les dirigeants qui sont taillés pour l’hyper entrepreneuriat, ce n’est pas donné à tout le monde.
En France, nous avons tout intérêt à encourager ce modèle. Aux Etats-Unis, les plus grosses capitalisations sont des scale-up, des “licornes” qui se sont rapidement développées et qui tirent l’économie vers le haut. Il faut souhaiter la même dynamique dans l’Hexagone, pour éviter que les GAFA et consorts ne prennent toutes les parts de marché. Nous devons aider ces champions de demain.

Ce contenu provient de deux interviews réalisées par BFM Business dans le cadre de la campagne Plus Grand Plus Fort 2017.

Image d’en-tête par g-stockstudio

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