Devrez-vous bientôt payer vos salariés en crypto-monnaie ?

Peut-on demander à percevoir son salaire en bitcoins ? Cette pratique a déjà cours dans d’autres pays mais peine à voir le jour en France. Explications.

Plus de dix ans après l’apparition de la première crypto-monnaie, le marché pèse désormais plus 109 milliards d’euros et compte plusieurs milliers de monnaies virtuelles. Un engouement qui touche petit à petit les Français puisque 57 % d’entre eux se disent prêt à négocier une partie de leur salaire en crypto-devise. Dans l’hexagone, le Code du travail indique que le versement du salaire doit être fait en monnaie fiduciaire ou ayant cours légal en France.

Pourtant, le pays héberge Bitwage, une start-up d’Orange Fab, qui propose un service de paiement de salaires pour indépendants, utilisant bitcoin et blockchain. La Start up toulousaine Talao– qui a récemment levé plus 60 millions d’euros en crypto monnaie- permet aussi aux entreprises de pouvoir recruter ses free lancers de manière plus efficace en utilisant le jeton Talao basé sur l’Ethereum. Mais est-ce que ce modèle peut être adapté à tout le pays ? Selon l’étude réalisée par Qapa et Paypite, 55 % des femmes et 66 % des hommes en France se disent prêts à percevoir une partie de leur salaire en crypto-monnaie, des données à mettre en perspective avec le sondage effectué en novembre 2017 par Yougov qui révèle que 49 % des Français considèrent encore cette monnaie comme dangereuse due à son cours très volatile et aux arnaques répétitives.

Une pratique déjà adoptée dans certains pays

De nombreux pays ont décidé d’intégrer totalement les crypto-monnaies à leur système. C’est notamment le cas au Japon où la crypto entreprise GMO internet tente, depuis le mois de février, l’expérience du salaire partiel en bitcoins. Grâce à la régularisation du bitcoin dans le pays, le Japon représente aujourd’hui la moitié des échanges mondiaux en crypto-monnaie. En Suisse, KPMG (qui édite Hello Open World, ndlr) lui a emboîté le pas et propose désormais à ses employés de se faire payer une partie de leur salaire en crypto-monnaie.

En Europe, Malte est considéré comme le paradis de la crypto. La juridiction du pays peut se targuer d’être parmi les premières à les avoir totalement intégrées. L’agence de publicité Blonde and Giant propose par exemple à ses employés de percevoir une partie de leur salaire en bitcoin afin de mieux appréhender le marché. « En donnant à chacun de nos employés une raison d’observer et d’interagir avec le marché du bitcoin, nous pensons que nous pouvons d’autant mieux comprendre les enjeux de cette technologie et ainsi être les premiers à adapter notre savoir-faire à cette industrie », selon le chef du digital Mike Stivala.

En Australie, un arsenal réglementaire a été mis en place afin de renforcer la confiance du citoyen australien dans ces monnaies en vue de peu à peu, leur donner un statut de monnaies classiques. Un enthousiasme pour la crypto-monnaie que ne partagent pas, pour le moment, les institutions financières françaises qui appellent à la plus grande vigilance compte tenu de l’opacité de ces technologies. Mais qui pourraient pourtant changer d’avis face à leur popularité.

Les crypto-monnaies : déjà populaires en France

En France, l’engouement qui règne autour des bitcoins est d’abord né chez les millennials et s’est peu à peu étendu à tous les pans de la population. En effet, selon l’étude menée par QAPA.fr et Paypite, 96 % des Français disent connaître l’existence des crypto-monnaies. Et d’après celle menée par Kantar TNS avec la jeune pousse Luno, 36 % des habitants de l’hexagone se disent même familiers du concept. Celle-ci révèle aussi que les millennials qui connaissent bien le marché des crypto monnaies seraient disposés à en acheter prochainement. Une démocratisation qui découle de la multiplication des start-up françaises comme Coin house, Blockchain ou encore Partner Start-Up. Cependant en France, comme dans la quasi-totalité des pays du monde, les crypto-monnaies n’ont aucune valeur officielle. Mais plusieurs changements se profilent.

Une réalité économique

Depuis quelques années, la France tente d’établir une législation pour taxer les détenteurs de bitcoins. Des textes encore flous à cause du flottement interprétatif qui persiste sur la question de l’activité régulière et occasionnelle et en raison de l’attente de règles européennes et internationales sur ces sujets. La commission de l’Assemblée nationale chargée de l’examen du projet de loi Pacte a participé à cet avancement en présentant, en septembre 2018, une disposition créant un cadre juridique pour les émissions de crypto-monnaies ou offres initiales de jetons (ICO) afin de favoriser ces levées de fonds en plein essor tout en apportant une sécurité aux souscripteurs.

Le député LREM Pierre Person, a également remis un rapport d’information sur les monnaies virtuelles pour lever les obstacles au développement des crypto- actifs. Il y évoque, entre autres, l’étude de l’AMF qui révèle qu’un quart des montants levés en France par ICO est consacré au paiement de salaires et autres rémunérations, bien souvent au moyen de crypto-actifs. Il semble ainsi nécessaire que le cadre fiscal soit adapté à la réalité économique des acteurs.

La rédaction HOW

par L'ADN

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