Pourquoi les entreprises de l’industrie doivent investir dans la réalité virtuelle

Les réalités augmentée et virtuelle augmentent le champ des possibles dans les usines, mais à quel coût ?

Alexandre Bouchet est directeur de CLARTE, un centre de ressources technologiques spécialisé en réalité augmentée, réalité virtuelle et technologies émergentes. Il accompagne chaque année une centaine d’entreprises dans la mise en place d’applications de réalité augmentée et réalité virtuelle. Mais il prévient : les solutions de RA/RV ne sont pas pour tout le monde.

Hello Open World : Réalité augmentée, réalité virtuelle, quels sont les champs d’application de ces technologies dans l’industrie ?

Alexandre Bouchet : En superposant des objets et des informations à la réalité, la réalité augmentée (RA) permet d’améliorer la performance des opérateurs en rendant leur monde plus lisible, plus compréhensible, plus fiable. La RA permet, par exemple, d’assister des opérateurs qui doivent effectuer des tâches d’assemblage complexes en remplaçant le plan papier ou numérique par une visualisation dans l’espace. Elle permet aussi de faciliter le contrôle qualité en validant la conformité de ce qui a été produit ou de suivre des instructions dans le domaine de la maintenance. Bref, la réalité augmentée aide à prendre les bonnes décisions.

La réalité virtuelle (RV), de son côté, va permettre de visualiser et d’interagir avec des objets. En offrant l’accès à des situations difficilement reproductibles dans la réalité, elle devient un outil de création-conception. L’industrie automobile l’a ainsi adoptée pour réaliser le design de véhicules et évaluer l’ergonomie de postes de conduite. Elle est également un outil d’aide à la vente dans la mesure où elle permet d’associer le client dès la conception du produit et de coller à une demande personnalisée.

La RV est aussi plébiscitée dans le milieu de la formation. Les entreprises l’utilisent pour permettre aux opérateurs de s’entraîner à piloter un équipement sans risques et sans avoir à mobiliser ledit équipement.

HOW : Les entreprises françaises ont-elles adopté la RA/RV ?

AB : Selon International Data Corp. (IDC), les dépenses en AR et VR dans le monde devraient passer de 9,1 milliards de dollars en 2017 à plus de 160 milliards de dollars en 2020, soit un taux de croissance annuel de 113,2% ! La France connaît la même explosion.


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Les grands groupes des secteurs liés au transport (aéronautique, ferroviaire, automobile) ont été les premiers à se lancer. Ont suivi les groupes travaillant dans le bâtiment et la construction, et dans la formation continue. C’est désormais au tour des entreprises de taille intermédiaire (ETI) d’explorer le potentiel de ces technologies.

Rares sont les PME qui ont adopté les réalités augmentée et virtuelle car celles-ci nécessitent la maîtrise de technologies qu’elles ont rarement, comme la conception assistée par ordinateur ou la maintenance, et requièrent un investissement financier difficile à justifier.

HOW : Arrive-t-on à mesurer le rapport coût/bénéfice d’une solution de réalité augmentée ou virtuelle ?

A.B : Les bénéfices induits sont pluriels, il peut à la fois s’agir de gain de temps, de diminution de coûts ou d’augmentation de la qualité, il est donc difficile de tous les mesurer. Il est en revanche possible de quantifier précisément certaines améliorations. Par exemple, l’introduction de la réalité augmentée sur une chaîne de montage peut générer un gain de temps de l’ordre de 20%.

Il faut mettre ces gains en parallèle avec l’investissement important nécessaire. Si le coût des matériels supports, casques et tablettes essentiellement, a beaucoup baissé depuis cinq ans – aujourd’hui on équipe un poste pour moins de 1 000€ – ce n’est pas le cas pour les logiciels de RA/RV. Il faut compter environ 10 000€ pour une solution générique et plusieurs dizaines de milliers d’euros pour un applicatif sur-mesure.

Donc, pour obtenir un retour rapide sur investissement, il faut soit avoir un produit à haute valeur ajoutée, vouloir pallier une main d’œuvre chère, ou rechercher le zéro défaut.

HOW : Quels conseils donnez-vous aux entreprises qui veulent intégrer les RA/RV ?

A.B : Il est nécessaire de procéder par étapes. La première est de questionner l’utilité de ces technologies. Est-ce utile de les déployer ? Le niveau de maturité des technologies support est-il suffisant ? Ai-je l’intelligence nécessaire au bon fonctionnement de la RA/RV en interne ? En effet, si l’entreprise ne dispose pas de données nécessaires pour mettre en place une réalité augmentée ou n’a pas déjà un catalogue produits en 3D pour la réalité virtuelle, la mise en place du dispositif sera trop onéreuse et le projet ne verra pas le jour.

La seconde étape est celle de l’observation des pratiques réelles des futurs utilisateurs. Ces technologies ont un impact fort sur leur façon de travailler. Pour s’assurer qu’ils l’acceptent et l’adoptent efficacement, il faut, le plus en amont possible, échanger avec eux et les impliquer dans le processus de conception.

Enfin, il faut être conscient que ces technologies évoluent chaque jour. Il faut adopter un état d’esprit pionnier et considérer que tout apprentissage actuel permet d’avoir un temps d’avance demain. Il faut savoir que la réalisation d’un démonstrateur de RA/RV prend déjà entre trois à six mois.

Avec des capacités augmentées, l’être humain sera plus que jamais au cœur de l’usine de demain. Les entreprise pourront, elles, recourir à une main d’œuvre moins qualifiée et faire face ainsi à des difficultés éventuelles de recrutement. L’AR et la VR promettent une belle collaboration entre être humains et technologies dans les usines !  

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