Transformation digitale et big pharma : de nouvelles approches dans la recherche

A l’heure où les laboratoires pharmaceutiques s’interrogent sur l’avenir de leur secteur, certains initient déjà de nouvelles méthodes, majoritairement tournées vers la R&D. Entre autres, une recherche plus ciblée pour générer davantage de données ainsi qu’une approche collaborative pour stimuler l’innovation.

A mesure que les marges des médicaments se compressent, que la falaise des brevets se rapproche, que la recherche de blockbusters se complique et que la concurrence des génériques se fait de plus en plus forte, nombreux sont les acteurs qui posent aujourd’hui les bases d’une réflexion autour de la redéfinition de leurs moteurs de croissance.

Voyant leur pipeline d’innovation s’assécher et venant à bout de leur potentiel d’acquisition de startups biotechnologiques, les laboratoires se tournent naturellement vers un nouveau modèle d’investigation scientifique collaboratif, permis entre autres par le digital. Ce modèle se prête plus facilement à la collaboration à un stade précoce, car le volume de données est tellement vaste qu’une approche collective augmente considérablement les chances de découvrir les causes d’une maladie. Une fois celles-ci mises en lumière, les laboratoires peuvent commencer à travailler et concevoir leurs produits.

Analyse de l’approche d’open innovation déployée par trois acteurs du marché : AstraZeneca, Pierre Fabre et Sanofi.

AstraZeneca : un écosystème ouvert destiné à relancer son canal d’innovation

AstraZeneca a lancé en 2014 une plateforme ouverte d’open innovation d’envergure, en partenariat avec Uniquest, filiale commerciale de l’université du Queensland en Australie. Son objectif : faciliter les collaborations de recherche avec le milieu universitaire, l’industrie, les ONG et les gouvernements.  Grâce à ce nouveau site, les scientifiques du monde entier peuvent soumettre des proposals, allant de l’évaluation initiale des idées soumises aux études de validation clinique.

Dans le cadre de cette collaboration, l’université du Queensland a accès à des composés moléculaires qualitatifs permettant de mener des recherches sur les mécanismes des maladies cibles négligées et mal traitées et de développer de nouvelles thérapies adaptées. Cette collaboration permet aux chercheurs de l’université de concentrer leurs recherches sur les principaux domaines thérapeutiques d’AstraZeneca : maladies cardiovasculaires, métaboliques oncologiques, respiratoires, inflammatoires, auto-immunes et infectieuses. Les propositions de recherches seront financées conjointement par AstraZeneca et Uniquest.

La nouvelle plateforme propose de nombreux contenus et ressources :

– une banque de données de composés mise à disposition des patients, comprenant des molécules non suivies mais ayant fait preuve de leur efficacité, ainsi que certains composés moléculaires très récents produits par AstraZenec, incluant un outil en ligne de soumission des propositions de recherche pour obtenir les composés dans le cadre d’une démarche de recherche clinique / préclinique
– une boîte à outils pharmacologique proposant des composés disposant de propriétés pharmacologiques optimisées. Ces composés sont librement disponibles pour la recherche préclinique afin de faire avancer les connaissances scientifiques
– des partenariats collaboratifs permettant aux chercheurs de valider de nouvelles cibles moléculaires et d’ouvrir la voie à des capacités de tests et de dépistage à haut débit
– un profiling de nouvelles molécules explorant grâce à des fonctions de chemin informatique avancées les propriétés et le potentiel d’innovation thérapeutique de nouveaux composés
– un programme de challenge R&D par lequel les chercheurs peuvent proposer des solutions aux défis spécifiques de recherche et développement auxquels sont confrontés les scientifiques d’AstraZeneca dans leurs projets en cours
– une boîte à idées pour les chercheurs désireux de partager leurs idées et solutions innovantes et d’être ainsi reconnus pour leurs contributions.

Deux scientifiques travaillant en laboratoire

Grâce à la collaboration, les acteurs du secteur pharmaceutique comptent bien optimiser leur processus d’innovation. Image par gorodenkoff

Pierre Fabre : une démarche collaborative et de partage pour conquérir de nouveaux territoires de recherche

Du côté de Pierre Fabre, l’innovation repose également sur une démarche d’ouverture auprès d’entreprises externes et de biotechs spécialisées. Ainsi les partenariats signés avec des entreprises telles qu’Array Biopharma aux Etats-Unis reposent sur une relation win-win et une ambition réaffirmée de conquérir de nouveaux champs d’exploration thérapeutiques.

Pierre Fabre s’adresse directement aux startups et aux microentreprises au travers du Pierre Fabre Fund for Innovation. Partant du constat selon lequel de nombreuses idées ne passent jamais au stade de développement clinique par manque d’expertises et de moyens, le laboratoire met à disposition des biotechs, startups et laboratoires de recherche publics ou privés, ses compétences en la matière, ainsi que sur les aspects de la médecine translationnelle et de l’enregistrement réglementaire.

Ce projet se fixe comme objectif de financer et d’accompagner des projets innovants et prometteurs dans les thématiques prioritaires du laboratoire (oncologie, onco-dermatologie et dermatologie), afin d’accélérer le développement de nouvelles molécules.

Pierre Fabre a en outre lancé un autre programme d’open innovation à l’échelle mondiale Nature Open Library, qui propose un accès libre à son portefeuille de plantes et à leurs extraits, comprenant plus de 15 000 échantillons répertoriés, dont certaines espèces rares. Cette échantillothèque, parmi les plus grandes du monde, est destinée aux porteurs de projets issus de l’industrie pharmaceutique (médicaments éthiques, produits de santé grand public, biotechnologies, santé animale) mais aussi à d’autres secteurs tels que la nutrition et l’agroalimentaire. A cet effet, le laboratoire a mis en place une plateforme web dédiée, agrégeant les demandes de partenariat et les propositions de collaboration.

Sanofi : cap sur l’e-santé et l’innovation ouverte

Sanofi s’inscrit dans différents écosystèmes d’innovation, à l’instar du Village by CA du Crédit Agricole, et s’intéresse aux partenariats avec de jeunes biotechs, mais aussi avec les nouveaux acteurs de la santé issus des NTIC. C’est ainsi que le laboratoire s’est installé au sein de la pépinière d’entreprises implantée dans l’ancien hôpital Boucicaut, deuxième plus gros incubateur financé par la Ville de Paris.

Dans une volonté de mutualiser les ressources et compétences de plusieurs acteurs, Sanofi a développé une plateforme d’Open Innovation. Capture d’écran de Open Innovation Access Plateform

Les équipes y ont ainsi rencontré la startup DMD Santé, créée par deux médecins et un ingénieur informatique, qui développe une plateforme spécialisée dans l’évaluation des applications mobiles et objets connectés de santé, avec laquelle elles ont pu nouer un partenariat.

Sanofi, qui met à disposition des startups avec lesquelles le groupe collabore les compétences de ses collaborateurs, aide également ces dernières à gagner en visibilité en leur permettant par exemple d’être présentes à ses côtés lors d’événements dédiés à l’e-santé. En contrepartie, elles apportent des idées nouvelles ainsi qu’une vision disruptive du marché de la santé.

Sanofi a enfin lancé sa propre plateforme d’open innovation. Son objectif : accélérer la découverte de nouvelles cibles innovantes pour le développement de médicaments, grâce à des partenariats entre différents acteurs ouvrant la voie au co-développement de molécules. Cette plateforme donne également accès à une équipe d’experts internationaux et à la bibliothèque de composés Sanofi.

L’industrie pharmaceutique réinvente donc progressivement sa manière d’innover et ouvre de nouvelles perspectives par la mise en commun des ressources et des savoirs. Cette révolution, qui impacte toute la chaîne de recherche, impose aux laboratoires une refonte complète de leur méthodologie de recherche.

Image d’en-tête par skynesher

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