Danone : pour innover, il faut savoir écouter ses intuitions

Et si l’on se faisait confiance pour une fois ? Qu’on oubliait les études de marché et qu’on écoutait nos besoins et envies ? C’est ce que recommande Anne Thevenet-Abitbol, directrice prospective et nouveaux concepts chez Danone.

Derrière ce titre insolite, un fonctionnement inhabituel. Véritable électron libre dans le groupe depuis 20 ans, Anne Thevenet-Abitbol développe de nouveaux concepts, comme les yaourts bio Les 2 Vaches, sans équipe ni argent.

Elle nous explique comment elle trouve ses idées de produits et comment elle réussit à monter des équipes et lever de l’argent pour chaque projet.

En 2006, vous avez développé Les 2 Vaches, la marque de yaourts vraiment bio. D’où vous est venue cette idée ?

Mes idées viennent toujours d’un malaise que je peux avoir. Je sais que si une chose m’embête, elle embête probablement beaucoup d’autres personnes.

En l’occurrence, j’étais attristée de voir que l’agriculture biologique ne décollait pas. Les gens ne saisissaient pas l’impact positif qu’elle pouvait avoir sur l’écologie et n’étaient pas attirés par les produits disponibles jugés trop austères. J’étais convaincue qu’il fallait rendre le mouvement bio plus joyeux et plus facile à comprendre. Et ça a fonctionné.

J’ai appris de mes années dans la publicité à écouter mes intuitions. Je suis à l’écoute du monde qui bouge, je repère les idées qui sont dans l’air du temps et qui me parlent et je les connecte avec les gènes de Danone.

Par exemple, en 2014, j’étais effarée de voir, dans les média et la rue, le monde se rétrécir, le manque d’ouverture, de bienveillance et de curiosité se développer. Je me suis demandée comment Danone pouvait aider les gens à s’ouvrir les uns aux autres. C’est comme ça que m’est venue l’idée des Danone du monde, une ligne de yaourts du monde que nous venons tout juste de lancer avec pour vision d’ouvrir les goûts et les esprits.

Les gens pensent qu’il n’ont rien à dire, qu’il faut sans arrêt faire des études pour vérifier ce que pense que le consommateur. Mais ils mangent, ils ont une famille, des amis, ils sont représentatifs… pour peu qu’ils regardent les choses avec leurs tripes.

Et les intuitions suffisent à convaincre une entreprise comme Danone de lancer un nouveau produit ?

Pour embarquer des équipes et lever des fonds, je fais appel à la sensibilité des personnes en face de moi, je leur raconte des histoires, je les fais rêver. L’important c’est d’adapter son message aux différents interlocuteurs et interlocutrices. Par exemple, quand j’ai présenté les Danone du Monde, j’ai dit qu’on allait utiliser le yaourt comme véhicule de conversation et partage ; certaines personnes ont adhéré parce qu’elles aimaient les valeurs du projet, d’autres parce qu’elles voyaient une nouveauté dans un marché figé.

Yaourt Les Danones du Monde

Un storytelling de qualité est important pour former et encourager une équipe à participer à son projet. Affiche de Danone pour « Les Danone du monde ».

Chez Danone, de très nombreuses personnes se basent sur des études de consommation pour trouver et/ou valider des études. C’est très bien et on n’a pas besoin de moi pour ça, j’ai autre chose à apporter. Personnellement je préfère faire confiance à mes intuitions et me passer d’études. Pour Les 2 vaches, nous n’avons fait aucune étude. On savait que c’était bien alors on a foncé. Pour les Danone du monde, les pays qui ont souhaité commercialiser ce produit, ont fait des tests. Quand il y a des investissements à faire, les gens ont envie de se rassurer.

Alors les études ne servent qu’à rassurer ?

Pas du tout ! Tout le monde ne peut pas fonctionner comme moi, certaines personnes préfèrent se baser sur des études pour trouver des idées. Moi, je m’en sers pour ajuster le produit, fine-tuner. Pour les Danone du monde, nous avons fait des études pour choisir la taille des pots et le nom par exemple.

Les études aident à trancher, mais on ne peut pas déléguer toutes les décisions. Si on demande les avis de tout le monde, on finit par ne plus savoir où on voulait aller. Il faut avoir une idée très précise de ce qu’on veut développer avant de faire des études et de demander leurs opinions aux personnes avec qui on travaille.

Si on ne fait pas d’études, ne risque-t-on pas d’échouer ?

Innover, c’est prendre des risques. L’important, c’est d’arrêter quand on voit que ça ne fonctionne pas. C’est bien d’avoir plein de projets en même temps, cela permet de passer rapidement à autre chose en cas d’échec.

Si je vois que personne n’est vraiment motivé au sein de l’entreprise, je passe à autre chose. Je suis soit trop précurseuse, soit à côté de la plaque. Si le produit arrive jusque dans les magasins mais qu’il ne fonctionne pas, il faut d’abord chercher ce qu’on peut améliorer. Des tas d’éléments, comme le packaging ou les rayons dans lequel le produit est vendu, peuvent expliquer qu’un produit fasse un bide ou pas. Donc avant de jeter l’éponge, il faut faire des réglages.

Quoi qu’il en soit, il est important de ne pas avoir peur de l’échec. Avoir peur empêche d’innover. Innover c’est sortir de sa zone de confort, tenter des choses qu’on ne sait pas faire. Pour moi, l’échec, c’est faire des choses auxquelles je ne crois pas.

Image d’en-tête par Eve

A lire aussi

La communauté des leaders de l'innovation

Innovating in good company

Rejoignez-nous