Thomas Ollivier : « L’économie collaborative n’est pas l’apanage des startups »

5 septembre 2018

Loin d’être morte, l’économie collaborative continue de changer notre société. Désormais, elle transforme les modèles économiques des PME et des grandes entreprises. Les sociétés d’assurances doivent s’adapter.

Économie collaborative, économie du partage, consommation participative… Les termes sont nombreux pour décrire les nouvelles pratiques qui ont envahi nos vies ces dix dernières années. Si l’effet de mode est passé, le mouvement lui est toujours aussi fort, peut-être même plus qu’avant. C’est ce que défend Thomas Ollivier, responsable du développement et des partenariats B2B à la MAIF.

Hello Open World : Est-il toujours pertinent de parler d’économie du partage en 2018 ?

Thomas Ollivier : Oui, cette tendance qui a vu le jour il y a maintenant une dizaine d’années est toujours d’actualité. Simplement, ce n’est plus un phénomène émergent ou un phénomène de mode, la sharing economy est rentrée dans l’âge de raison. Les modèles de plateformes montrent leurs limites et les entrepreneurs peuvent désormais les interroger et créer des modèles plus inclusifs et durables. Cet âge de la maturité permet de rendre ces services accessibles à tous, particuliers comme entreprises, et plus seulement à quelques aficionados de la première heure.

Nous sommes sortis du côté bon plan, les pratiques de partage s’inscrivent désormais dans les modèles économiques des particuliers et des entreprises qui intègrent dans leur budget mensuel les économies qu’elles leur permettent d’engendrer.

HOW : Y a-t-il une différence entre économie du partage et économie collaborative ?

T.O. : Par des jeux de médias, on a souvent associé l’ « économie collaborative » à des entreprises comme Uber alors même qu’elles ne s’en revendiquaient pas. Cela pose problème car on peut difficilement mettre une coopérative de l’économie sociale et solidaire dans le même paquet qu’une société comme Uber. A la MAIF, nous avons un modèle social et solidaire, nous préférons donc parler d’ « économie du partage ». Personnellement, j’aime bien parler de « nouveaux usages ».

Pour nous, l’économie collaborative c’est la mise à disposition de capacités en surplus à des tiers qui en ont besoin. Ces capacités peuvent être des mètres carré, des kilomètres à parcourir, des capacités de financement, des compétences ou encore des capacités de production inutilisées. Le spectre d’application est très large, c’est pour cela que je pense vraiment que l’économie collaborative est définitivement inscrite dans le paysage français.

Hello Open World : Les entreprises, notamment les grandes, peuvent-elles vraiment participer à ces mouvements de partage sans les dénaturer ?

T.O. : Il ne faut pas confondre partage et gratuité. Si je mets à votre disposition mon véhicule, je vous le partage. Ce n’est pas parce que c’est rémunéré que ce n’est pas du partage.

Toutes les structures qui organisent de nouvelles pratiques, qu’elles soient une coopérative, une startup, une association ou une grande entreprise, ont besoin de se développer. Elles doivent réussir à concilier des impératifs de développement économique à de l’impact positif et social. Si le système économique qui fonctionne pour cette pratique implique de la location, adoptons-le ! Blablacar a prouvé qu’il était intéressant qu’une startup s’empare d’un usage collaboratif pour le généraliser. Le covoiturage existe depuis très longtemps mais il a fallu Blablacar pour le transformer en une pratique établie.

Quatre personnes dans une voiture

Si l’économie collaborative s’est faite connaître avec le covoiturage, elle touche maintenant à tous les secteurs. Image par sturti

Cela dit, l’économie collaborative n’est pas l’apanage des startups, les entreprises traditionnelles et grands groupes aussi la pratiquent. Des entreprises B2B dans l’industrie vont, par exemple, utiliser des plateformes de partage pour amortir le coût de leurs moyens de production plus rapidement.

Les entreprises B2C s’intéressent aussi au sujet de l’économie collaborative. Les constructeurs automobiles ont compris par exemple que pour vendre davantage de voitures, ils devaient intégrer la mise en location ou en auto-partage des véhicules dans les plans de financement. Autre exemple : le Groupe Accor diversifie sa gamme de services pour proposer aux baroudeurs des hébergements qui collent à leurs aspirations.

Les nouveaux usages balaient l’ensemble des secteurs d’activité économique. C’est en cela que je dis que ce mouvement a atteint l’âge de raison.


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Hello Open World : Qu’est-ce que la MAIF a à apporter à cette économie ?

T.O. : Nous avons plusieurs façons de nous intégrer dans cette économie collaborative. La première, c’est de mettre à disposition notre savoir-faire d’assureur. Nous investissons du temps et de l’argent pour imaginer des dispositifs assurantiels adaptés à tous ces services innovants.

Ensuite, nous essayons de revisiter notre propre chaîne de valeur pour faire de l’assurance autrement et ajouter des services supplémentaires. Nous faisons ainsi des hybridations, c’est-à-dire que nous mélangeons les services d’une startup à nos activités. Nous avons par exemple travaillé avec MesDépanneurs.fr pour soulager la frustration que ressentent les sociétaires dont les sinistres ne sont pas pris en charge. Ils peuvent, grâce à cette startup, trouver facilement des prestataires de confiance.

Depuis deux ans, nous nous inspirons aussi de notre proximité avec l’écosystème startup pour créer nos propres plateformes dans une logique d’intrapreneuriat. Good Job Charlie en est une. Elle permet aux acteurs de l’économie collaborative d’obtenir des conseils, de piloter leurs revenus, de comprendre comment améliorer leur réputation.

Enfin, nous soutenons l’écosystème startup. Nous avons deux fonds d’investissement, MAIF Avenir, pour financer des projets qui contribuent à la stratégie du groupe, et MAIF Investissement Social et Solidaire pour financer les projets à très fort impact social. Nous avons aussi lancé en 2017 le MAIF Start Up Club. Il s’agit d’un service de métissage des cultures, d’hybridation des talents dans lequel les startups et tous nos partenaires corporate peuvent se réunir autour de projets d’émulation et apprendre des expériences des uns et des autres.

Hello Open World : Revenons à votre cœur de métier, comment assurez-vous ces nouveaux usages ?

T.O. : Les pratiques collaboratives que nous observons aujourd’hui nourrissent nos réflexions. Nous proposons à nos sociétaires des contrats qui intègrent les pratiques collaboratives déjà bien établies et nous imaginons des offres qui s’adaptent aux nouvelles habitudes de vie.

Nous avons lancé plusieurs produits innovants ces 12 derniers mois grâce à notre branche d’InsurTech Altima. Nous avons, par exemple, une assurance qui permet d’assurer un produit uniquement quand il est utilisé. On peut par exemple augmenter la couverture de sa guitare quand on part en vacances. C’est ce qu’on appelle l’assurance à la demande. Nous proposons une offre similaire pour les automobilistes. Avec l’assurance au kilomètre, les petits rouleurs paient en fonction de leur temps passé au volant. Un objet connecté à la voiture relève le nombre de kilomètres parcourus afin d’appliquer une tarification adaptée.

Nous proposons des offres encore plus innovantes comme l’assurance collaborative. Nous partons du principe que les acheteurs de Nissan Lyft, un véhicule électrique, ont tellement de points communs qu’ils forment une communauté, nous les intéressons donc avec du « cash back » : si, à la fin de l’année, leur communauté a eu moins de sinistres que ce pour quoi elle a cotisé, nous leur redistribuons une partie de leur cotisation.

Les pratiques collaboratives changent notre métier, et nous ne sommes qu’au début !

Image d’en-tête par Thomas Ollivier

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