Economie du partage : la vente est-elle en train de vivre ses dernières heures ?

13 février 2018

Cityscoot, le service de scooters électriques en libre-service, a levé 40 millions d’euros pour financer son installation dans plusieurs villes européennes. Ikea réfléchit à louer ses meubles plutôt que de les vendre. La vente est-elle en train de vivre ses dernières heures ?

Troc, mutualisation des machines agricoles, résidence en time-share : l’économie du partage existe depuis toujours. Il aura pourtant fallu attendre ces dernières années pour qu’elle devienne un sujet pris au sérieux par les grands groupes.

Avec le développement d’internet début 2000, les pratiques de partage s’organisent. Des startups s’en emparent et certaines deviennent des success stories. Elles ont en commun un point : celui de trouver leur inspiration dans des usages existants, bien que de façon informelle ou peu organisée, le covoiturage pour Blablacar ou la location de chambres pour Airbnb.

Aujourd’hui, l’effet de mode est passé et l’économie du partage rentre dans la maturité. Elle commence à s’étendre à tous les secteurs, soutenue par les grandes entreprises.

Le 6 février, Cityscoot a donc levé 40 millions d’euros, qui s’ajoutent à une première levée de fonds de 15 millions d’euros en 2016. La réussite de ce service pensé comme un maillon intermédiaire entre les vélos et les autos en libre-service (Vélib’ et Autolib’ à Paris) prouve que la propriété de véhicules personnels perd bien de sa splendeur.

Un cityscoot dans les rues

Pensé à mi-chemin entre Autolib’ et Vélib’, Cityscoot a envahi le paysage parisien. Image par Cityscoot.

Cette levée de fonds fait, entre autres, entrer la RATP, à travers son entité RATP Capital Innovation, au capital de l’entreprise. L’entreprise de transport public aidera la startup dans ses opérations et son développement international. La société, qui possède aujourd’hui 1 600 scooters à Paris et proche banlieue et 500 à Nice, prévoit de s’installer dans au moins quatre autres villes cette année dont une en Suisse et une en Italie.

L’arrivée imminente des voitures autonomes ne va qu’augmenter cette tendance. Ce ne sont plus que les jeunes entreprises de VTC, comme Uber, qui remettent en question la propriété, les constructeurs établis aussi travaillent sur des modèles de location. En septembre 2017, Jaguar a dévoilé Sayer, un concept de volant intelligent que les membres de ce service haut-de-gamme pourront utiliser pour commander un véhicule et, si l’envie leur prend, piloter le bolide.

Aussi surprenante soit la fin de la propriété individuelle de véhicules, elle ne sort pas de nulle part. Transport public, prêt de voitures et camionettes entre proches, leasing, nous savions que le partage était possible.

Le fait que des entreprises comme Ikea réfléchissent à louer leurs produits fait entrer l’économie de partage au niveau supérieur. Désormais, tout peut se louer, même les produits à forte charge émotionnelle.

Louer un canapé plutôt que le vendre répondrait à l’envie des consommateurs et des consommatrices de garder leur liberté, de pouvoir changer de logement plus facilement et de mieux maîtriser l’impact écologique de leurs achats.

Michaël V. Dandrieux, sociologue, cofondateur de la société d’études Eranos et directeur éditorial des cahiers européens de l’imaginaire, n’est pas surpris par cette décision d’Ikea. Il explique au média L’ADN que louer plutôt qu’acheter n’est plus une tendance, c’est « une transformation de fond ». Nous réinventons la consommation, qui s’épuise dans son usage actuel. Nous abandonnons petit à petit une logique d’accumulation des biens au profit d’une logique d’usage des biens.

Les entreprises, toutes les entreprises vont devoir changer leur philosophie de vente.

Image par Ikea

La rédaction HOW

par L'ADN

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