Éducation numérique : l’égalité des chances dès l’enfance

2 juillet 2019

L’accélération de la digitalisation de nos sociétés accroît la fracture numérique. Comment inverser la tendance pour favoriser l’égalité des chances dès l’enfance ? Éléments de réponse avec Claude Terosier, fondatrice de Magic Makers et Michel Paolucci, fondateur de Hello Open World.

On imagine souvent que les générations nées à partir des années 90 sont tombées dans la marmite du numérique toutes petites, qu’il leur est facile d’évoluer dans cet univers et d’en appréhender tous les enjeux. Faux ! Cette génération est bien plus fragmentée qu’il n’y paraît, avec l’émergence d’une nouvelle inégalité : la fracture numérique.

Vous avez dit digital natives ?

Ainsi, 23 % de la population est fragile numériquement. Et devant le projet de numérisation progressive de l’accès aux services publics d’ici 2022, le Défenseur des droits alerte publiquement sur la question. Selon Jacques Toubon, la France n’est pas encore prête à dématérialiser ses services publics, alors qu’une partie de la société, les plus jeunes compris, n’a pas accès ou ne maîtrise pas cet environnement numérique qui devient la nouvelle norme.

Il n’en fallait pas plus à Claude Terosier pour fonder Magic Makers, des ateliers de programmation à destination des jeunes de 7 à 17 ans, en 2013. « Je me suis vite rendu compte que l’impact de l’informatique sur la société était immense et que j’avais la chance de le comprendre parce que j’ai fait une école d’ingénieur. Mais c’est le cas de très peu de personnes dans la société, donc je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire », explique-t-elle. 

Si connaître les rouages du numérique est un enjeu pour tous les Français, note Michel Paolucci, associé responsable Innovation & Technologie chez KPMG, Claude Trésorier assume se concentrer sur les plus jeunes. « Comprendre le numérique est évidemment un enjeu à tous les âges, mais j’ai choisi de me concentrer principalement sur les enfants parce que ce sont les adultes de demain. Contrairement à ce que l’on peut penser, il est plus facile et moins cher de leur apprendre lorsqu’ils sont encore jeunes. Pour moi, c’est donc fondamental de s’adresser d’abord à ce public. », insiste-t-elle.

Lire, écrire, compter et coder, un enjeu démocratique

Pour offrir aux enfants les clés d’un monde qui se veut chaque jour un peu plus numérique, Claude Terosier propose une méthodologie active inspirée du modèle Montessori. Il ne s’agit pas seulement de leur apprendre à coder mais bien de leur donner la maîtrise technologique d’un langage : « Ça leur permet de changer leur posture vis-à-vis de l’ordinateur. Ils découvrent que rien n’est magique, tout a été fait avec une intention. »

Apprendre à coder, un enjeu démocratique ? « Aujourd’hui si on veut être un citoyen éclairé, on doit pouvoir comprendre ce qu’il se passe lorsque l’on tape un mot dans Google », affirme celle qui peut se féliciter d’avoir formé 5.000 enfants cette année, et qui pilote 80 éducateurs numérique. « Un nouveau métier », aime rappeler Claude Terosier. Mais plus largement, il s’agit d’inclure les enfants et les jeunes et de les faire participer au débat sur le monde numérique. Dans ce contexte, apporter une connaissance des outils numériques à tous les enfants, dans un souci d’équité, est indispensable pour lutter contre les inégalités souvent renforcées par… l’industrie numérique.

Comment s’en sortir si on est déjà en situation de précarité et que l’on ne maîtrise pas le numérique ? Comment trouver du travail sans maîtriser LinkedIn, ou mettre son CV en page ? Comment s’informer correctement et participer au débat sans être éduqué aux médias ? Comment comprendre l’utilisation qui est faite de nos données ? Désirons-nous un monde numérique dans lequel ceux qui entreprennent sont également ceux qui produisent ?

Former les enfants, préparer l’avenir

En attendant, les offres pour des cours numériques se multiplient. « Je pense que tous les enfants du monde doivent apprendre à coder », disait en avril dernier, le CEO d’Apple, Tim Cook. Résultat ? La marque à la pomme lance cet été ses Apple Summer Camp au Mexique, Canada, Etats-Unis, France, Belgique, Suisse, Espagne et Italie. La cible ? Les jeunes de 8 à 12 ans. Plus inclusif, Microsoft propose un langage de programmation physique pour les enfants aveugles et malvoyants. De son côté Amazon lance « Future Engineer », un camp d’été de codage, avec l’ambition d’atteindre plus de 10 millions d’enfants.

Particulièrement engagé sur ces enjeux, notamment sur le Grand Est où il suit avec une très grande attention les évolutions numériques du territoire, Michel Paolucci rappelle le rôle important de la fondation KPMG sur les questions d’inclusion, notamment à travers des programmes en faveur de l’égalité des chances. En effet, il n’y a pas que les GAFAM, les entreprises françaises aussi agissent. Par l’intermédiaire de leurs fondations, elles n’hésitent plus à financer des programmes d’initiation et de sensibilisation aux usages dans l’objectif de permettre aux plus jeunes une plus grande autonomie. Les fondations Agir contre l’exclusion, du groupe EDF, du groupe France Télévision, de Keyrus, de la FDJ,… elles s’engagent toutes pour lutter contre la fracture numérique dès l’enfance.

Le numérique est plus qu’un outil, c’est une pensée, une vision du monde et aujourd’hui une économie. Apprendre aux nouvelles générations les clés de la pensée informatique leur permettrait de mieux l’appréhender. Plus qu’un moyen, c’est un enjeu démocratique et économique majeur.

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