En route vers l’économie spirale

14 octobre 2019

Pour son édition 2019 qui s’est tenue le 30 août dernier, GS1 France a décidé de dédier son université d’été à l’économie circulaire. Avec son titre « Circulez, il y a tout à voir ! », l’organisme à but non lucratif, dont la mission est de créer un langage commun entre les différents acteurs de l’économie mondiale, pose la question de l’enjeu des données ouvertes dans l’économie circulaire.

Philippe Lemoine, Président d’Action Forum Modernité et Co-président du Conseil de Surveillance de GS1 France, introduit la journée en rappelant l’enjeu crucial résidant dans la collecte de données dans l’économie circulaire. En effet, bien plus qu’un cercle, il décrit l’économie circulaire comme une économie spirale dans laquelle chacun des biens s’enrichit d’une valeur ajoutée, d’une information complémentaire, tout au long de son cycle de vie.

Selon cette définition de l’économie circulaire, à la fin de l’une des vies du bien, celui-ci n’est pas recyclé, mais bien upcyclé grâce à la valeur complémentaire fournie par l’ensemble des parties prenantes de l’écosystème du bien (producteurs, transformateurs, utilisateurs,…). A condition que cette valeur soit traçable.

Rémy Le Moigne, auteur de « L’économie circulaire – 2e éd, Stratégie pour un monde durable », complète cette nécessité d’information en rappelant que chaque objet est lui-même formé de plusieurs composants qui ne peuvent pas toujours être identifiés. Rendant ainsi impossible leur recyclage. Le déchet seul ne peut donc pas être utilisé comme une nouvelle ressource. Il doit venir avec son lot d’informations permettant à la fois de l’identifier pour ce qu’il est (ses composants, son origine,…) que pour ce qu’il a fait tout au long de sa vie (son usage).

Or, cette information complémentaire n’est rendue possible que grâce à la collecte de données. Philippe Lemoine voit ainsi en GS1 l’acteur central devant rendre cette donnée ouverte et disponible à l’ensemble des partenaires de l’écosystème. Pour ce faire, l’organisme doit évoluer pour permettre de dépasser les trois enjeux majeurs de la donnée : la traçabilité, la standardisation et la globalisation.

Outre la possibilité d’upcycler un produit en le connaissant mieux, l’un des autres enjeux de cette économie « spirale » réside dans l’allongement de la durée de vie des produits. Ainsi, en fonction de la connaissance des composants et de leurs réactions à certaines conditions externes (température, pression,…), obtenue par l’analyse de données historiques mais également par la captation de données en temps réel, il est possible de prédire des pannes avant qu’elles interviennent.

L’importance de l’analyse de la donnée est donc forte à la fois en cours de cycle de vie du produit et à la fin de celui-ci.

Ainsi, conscient des gains opérationnels potentiels provenant de la hausse du taux d’utilisation de ses locomotives, General Electrics a mis en place des capteurs qui mesurent leurs données d’usage (ex : nombre de kilomètres parcourus) et qui remontent des anomalies de fonctionnement (ex : hausse des vibrations du train), lui permettant ainsi d’initier un processus de maintenance prédictive de sa flotte. Mais afin de la rendre plus efficiente, Jamie Miller – PDG de General Electrics – a mis au cœur de sa stratégie la collaboration avec d’autres partenaires de l’écosystème afin d’interconnecter un plus grand nombre de données. Il s’est ainsi appuyé notamment sur celles collectées par DB Cargo, l’un des opérateurs majeurs de fret ferroviaire.

Un autre exemple de l’industrie dite « lourde » est rappelé par Rémy Le Moigne. L’armateur Maersk Line a mis en place depuis quelques années un cradle-to-cradle passport qui vise à mieux identifier les composants des bateaux et donc optimiser leur réutilisation. Poussée initialement par la forte volatilité des prix de l’acier qui compose plus de 90% de ses navires, et ainsi une nécessité de contenir ses coûts de construction, Maersk Line s’est depuis imposé comme l’un des acteurs du secteur les plus respectueux de l’environnement grâce à l’augmentation de la part recyclée de ses matériaux.

Mais l’industrie lourde n’est pas la seule à déployer des technologies permettant une meilleure réutilisation de ses matériaux. Certains acteurs de l’industrie du textile ont également lancé des initiatives en ce sens. Et l’enjeu pour ce secteur est grand, car il serait le deuxième plus polluant du monde, produisant entre 3 et 10% des émissions mondiales de carbone selon diverses études.

L’expert cite ainsi H&M, Target, PVH Corp, Microsoft et GS1 qui se sont regroupés avec la volonté de créer un  CircularID, permettant la standardisation de l’identification des vêtements. Cette carte d’identité unique permettrait de suivre le vêtement tout au long de sa vie, de collecter toutes ses interactions et d’indiquer les modes de recyclage possibles. Ce tracking permettra ainsi de réutiliser les matériaux des vêtements, et ce partout dans le monde.

L’économie circulaire, ou « spirale », a encore un long chemin à parcourir avant de devenir la norme. Les initiatives devront ainsi se multiplier tout en s’interconnectant et en s’appuyant sur une collecte de données standardisée et mondialisée. Des défis au cœur de la raison d’être de GS1, comme l’a rappelé Philippe Lemoine.

Le point de vue de l’expert : Eric Léger, Senior Manager au sein du département Customer & Operations de KPMG, expert Supply Chain 4.0

« L’homme comme seule vraie condition au passage à l’ère de l’économie spirale »

Nous le voyons lors d’événements comme le forum organisé par GS1, des outils technologiques pertinents sont imaginés pour soutenir un modèle économique circulaire viable. La donnée se présente comme un élément incontournable de la solution pour le passage d’un modèle linaire à bout souffle à un modèle circulaire. Comme le dit François Deprey, Président Exécutif de GS1 France, « A côté de notre monde fini apparaît un monde infini, celui des données (…). Ce monde infini est un moyen, par le partage de la connaissance, de résoudre les problématiques de ce monde fini ».

Cependant, la vraie bascule du système ne sera pas enclenchée uniquement par ces réponses technologiques prometteuses. Elle doit passer par une véritable prise d’actions de l’Humain. C’est l’Humain qui devra être au cœur de cette transformation. Il faut que la prise de conscience, qui s’accélère en ce moment, débouche sur des actions généralisées pour contrer l’inertie du système linéaire que nous avons toujours connu. Aujourd’hui, ces actions restent encore beaucoup trop faibles.

Notamment, les initiatives sont souvent isolées ce qui ne permet pas d’impacter de façon pérenne l’ensemble de la chaine de valeur. Pour qu’un vrai changement s’opère il faut passer par une action globalisée s’attaquant à l’ensemble de la Supply Chain.

En revenant à la définition donnée par les Nations Unies : l’économie circulaire – ou spirale – « est un système de production, d’échanges et de partage permettant le progrès social, la préservation du capital naturel et développement économique. Son objectif ultime est de parvenir à découpler la croissance économique de l’épuisement des ressources naturelles par la création de produits, services, modèles d’affaire et politiques publiques, innovants prenant en compte l’ensemble des flux tout au long de la vie du produit ou service. ». C’est donc bien notre modèle économique tout entier qui doit être complètement repensé afin d’aligner les besoins, la technologie et l’Humain.

L’Humain est donc une pièce maîtresse dans la mise en œuvre de cette économie spirale. La technologie, et la gestion de la donnée, ne doivent être considérées que comme des soutiens au mouvement enclenché par l’Humain.

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