Les enjeux de la sécurisation des données de santé

15 avril 2019

 David De Amorim est Directeur innovation e-santé de Docaposte, filiale de La Poste et premier hébergeur des données de santé en France. Alors que les datas sont le nouvel or noir du numérique, leur sécurisation et leur gouvernance sont des enjeux d’avenir. Interview.

Pourquoi La Poste se positionne-t-elle sur la e-santé ?

Nous avons répondu aux besoins des professionnels et institutionnels de santé qui souhaitaient être accompagnés dans ce domaine. Nous sommes déjà le premier hébergeur de données de santé en France, nous gèrons 45 millions de dossiers de santé, et notamment 35 millions de dossiers pharmaceutiques. On gère des dossiers pour des mutuelles, des hôpitaux, des cliniques… C’est cohérent avec notre histoire et nos valeurs. La Poste est un tiers de confiance reconnu. Nous n’ouvrons pas le courrier que nous acheminons dans la vie réelle, c’est pareil avec les données numériques ! Il y a ce que j’appelle un continuum des serments : le serment d’Hippocrate et le serment du secret de la correspondance. Comme les médecins, tous les postiers prêtent serment. Le monde médical et le monde postal sont très attachés à la confidentialité de l’information. Par ailleurs, nous respectons évidemment les contraintes réglementaires en France qui, en matière d’hébergement des données de santé, sont très pointues. Nous avons un positionnement éthique lisible et compréhensible pour l’ensemble des Français. La Poste est avec la e-santé dans son rôle de garant. Nous n’ouvrons pas le courrier, nous n’ouvrons pas les données.

Les données de santé font partie des données sensibles. Comment les protégez-vous ?

Nous avons nos propres data centers certifiés et basés en France. Ils sont 100% hébergés et opérés par Docaposte, donc gérés directement et strictement par nos équipes. Nous allons même au-delà des contraintes réglementaires en termes de sécurisation. Nous avons aussi un cadre éthique très fort, il y a un certain nombre d’activités avec lesquelles nous ne pourrions pas travailler ou s’interfacer. Nous sommes également un acteur souverain dans l’écosystème numérique en France, contrairement aux GAFAM. Même si un GAFAM a son data center en France, il reste régi par le Patriot Act américain. Donc si l’Etat américain demandent à avoir accès à des données hébergées en France, il en aura l’accès. Nous, nous sommes régi par le droit français et nous défendons la souveraineté digitale.

Justement, pour reprendre la main face aux géants américains, devons-nous créer un champion européen de l’hébergement de données ?

On a déjà essayé mais ça n’a pas trop marché. Pour que ça marche, il faut développer des offres très différenciantes car c’est un marché très compétitif aujourd’hui. Par ailleurs, il faut pouvoir porter des logiques économiques en terme de massification qui sont vraiment intensives pour pouvoir exister sur ce marché. L’avance prise par les gros acteurs mondiaux est phénoménale. C’est pour cela que nous prenons ce sujet d’un hébergement centralisé sous l’angle de la santé : nous sommes sur une promesse singulière, nous ne sommes pas régis avant tout par une logique économique, où la dimension éthique pèse moins. C’est un champ sur lequel on a plus de facilité à avancer car nous ne sommes pas sur la même logique économique que celui des GAFAM.

Un « Health Data Hub » devrait voir le jour en France au second semestre. Cette plateforme, qui remplacera l’Institut national des données de santé, fonctionnera comme un guichet unique pour les centres de recherche, les hôpitaux, les start-up, les laboratoires… Elle rassemblera les données médico-administratives, issues notamment de l’Assurance-maladie, mais aussi des données cliniques venant d’hôpitaux, de centres de radiologie… Allez-vous collaborer avec ?

Nous ne sommes pas dans le même positionnement que le Health Data Hub qui a vocation à créer un entrepôt de données partagées avec tout un écosystème, à devenir un carrefour de datas. Au contraire, nous avons vocation à sanctuariser et à protéger les données que l’on héberge. Ce sont plutôt nos clients qui peuvent alimenter ce hub. Donc nous sommes plutôt complémentaires avec le Health Data Hub.

A quoi pourrait ressembler la santé en 2030 ?

En 2030, on vivra mieux grâce à la data en santé. On aura inventé des nouveaux traitements digitaux. Il existe déjà des solutions totalement numériques, sans aucun médicament, qui permettent de réduire le risque de récidive du cancer du poumon de 30 à 50% après deux ans. La big data et les intelligences artificielles vont aider à prédire des risques, à aider au diagnostic. En 2030, le digital aura permis des avancées formidables au service de la santé, des médecins et des patients. Je ne crois pas en revanche qu’une intelligence puisse remplacer les professionnels de santé. On a besoin d’une relation humaine et d’une dimension psychologique d’accompagnement et de prise en charge.

La rédaction HOW

par L'ADN

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