Comment les entreprises de taille intermédiaire abordent-elles la transformation digitale ?

8 février 2018

Pas aussi séduisantes que les startups, pas aussi puissantes que les grandes, on entend peu parler des entreprises de taille intermédiaire (ETI). Pourtant, loin du regard public, ces entreprises particulièrement menacées par la transformation digitale savent tirer leur épingle du jeu.

Viviane Chaine-Ribeiro les connait bien. Elle dirige l’une d’entre elles, Talentia Software, qui emploie plus de 450 personnes. Elle en représente aussi des milliers en tant que membre du Comité exécutif et du Bureau du MEDEF.

Elle voit des ETI conscientes du danger que représente la transformation digitale et prêtes à tout pour survivre.

Ca y est les entreprises ont désormais toutes leurs sites internet, un service client en ligne et des outils digitaux en interne, les ETI ont-elles réussi leur transformation digitale ?

La transformation n’est pas finie, elle est en cours ! Dire « la transformation » est d’ailleurs une erreur, il faudrait dire « les transformations » puisque celles-ci se succèdent. Le digital a donné naissance entre autres à la blockchain, à l’intelligence artificielle, à la voiture autonome. Cette digitalisation est comme un ouragan : à chaque étape, elle reprend de la force et va plus vite.

C’est ainsi que le secteur des taxis a dû se transformer suite à l’apparition des VTC qui ont marqué une disruption, mais demain il leur faudra à nouveau évoluer face à l’arrivée de la voiture électrique et de la voiture sans chauffeur.

Et puis, cette révolution digitale s’est accompagnée d’une révolution sociétale, elle a induit des formes différentes de consommation et a donc changé les business models.

S’il faut parler de transformations digitales au pluriel, c’est aussi parce que les situations diffèrent grandement selon les secteurs. Les entreprises ne connaissent pas la même transformation dans l’agriculture, dans l’édition de logiciels et dans les services. Elles ne font pas face à la même concurrence, aux mêmes disruptions. Et selon les années, les évolutions peuvent s’accélérer dans certains secteurs et stagner dans d’autres.

Ces dernières années dans la grande distribution, il y a eu des accélérations. A l’heure actuelle, on peut avoir l’impression que la transformation stagne, mais en réalité dans quelques années, de nombreux métiers vont disparaître, comme ceux de caisse.

Cela pose la question des formations ?

Les compétences au sein des entreprises ne sont pas forcément celles qu’il leur faut pour effectuer leur transformation ni celles qu’il leur faudra pour fonctionner dans leur futur environnement. Il faut transformer les compétences dans les entreprises, d’où les réformes de la formation et de l’apprentissage pour donner plus de libertés et de responsabilités aux entreprises.

En attendant, les ETI ont des outils à leur disposition pour les guider dans la transformation des compétences de leurs collaborateurs et collaboratrices : elles ont accès, pour chaque branche professionnelle, à des organismes de formations (OPCA) et des observatoires des métiers.

Les ETI peuvent-elles plus facilement se transformer que les PME et les grandes entreprises ?

Contrairement aux PME, les ETI sont en général exposées à la concurrence européenne voire internationale. C’est un bel avantage car elles voient ce qui se fait ailleurs et sont conscientes de la transformation à venir.

Elles n’ont pas d’autre choix que de se transformer. Les dangers sont extrêmes, c’est une question de survie : ou elles se transforment ou, demain, elles n’existeront plus. Les entreprises de taille intermédiaire réfléchissent à leur business model et se demandent quels sont les éléments disrupteurs qui vont intervenir sur leur marché.

Elles ont plus de moyens que les PME, cela leur permet de financer cette transition. Mais elles ne disposent pas des ressources des grandes entreprises et doivent parfois s’endetter pour évoluer. D’où la proposition de la BPI d’ouvrir des crédits à la transformation digitale.

Elles sont plus faciles à gouverner que les grandes entreprises, qui sont des bateaux lourds à manoeuvrer.

Quels sont les outils à leur disposition pour opérer cette transformation ?

Les plus dynamiques d’entre elles appartiennent à des écosystèmes. Elles peuvent faire appel à des sociétés de conseil en transformation pour comprendre les disruptions qui vont arriver sur leur marché, et se former.

Elles peuvent aussi se rapprocher des startups avec des programmes d’open innovation ou des rachats. Elles ne mettent peut-être pas le même prix qu’un grand groupe mais elles achètent.

Beaucoup plus de décisionnaires qu’on ne le pense vont au CES de Las Vegas et repèrent les jeunes pousses. Il faut aussi voir le succès de tous les événements autour des startups, ce ne sont pas que les grands groupes qui y sont !

Les entreprises intermédiaires ont ensuite un travail considérable à faire pour se transformer et transformer les compétences. Elles doivent être les propres ouvrières de leur disruption. Il faut qu’elles imaginent comment disrupter leur business elles-mêmes. C’est un changement de mentalité totale.

Vont-elles sortir gagnantes de ces transformations ?

On est en face d’une énorme vague, j’espère que ce ne sera pas un tsunami.

A la tête des ETI, il y a des entrepreneurs et entrepreneuses. Ils ne sont pas arrivés à la tête d’une ETI par hasard, ils ont des bons instincts, connaissent leur métier, leurs environnements, leurs marchés. Il faut leur faire confiance. Après, certains réussiront mieux que d’autres, c’est la vie.

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