Est-il facile de se remettre en selle après l’échec de sa startup ?

25 septembre 2018

Pour rebondir après la fermeture de leur startup, ces entrepreneurs ont effectué un bon travail d’analyse.

L’entrepreneuriat a le vent en poupe. En 2017, les créations d’entreprises ont progressé de 6,7% par rapport à l’année 2016, selon des chiffres publiés par l’Insee. Mais un élément reste constant : quand il s’agit de startups, 90% meurent, généralement au bout d’une à trois années d’existence par manque de financement.

Comment se remettre en selle lorsqu’on dépose le bilan de la startup qu’on a créée ? Que faire de ce sentiment d’échec? Que deviennent les entrepreneurs ? Nous avons discuté avec trois personnes qui ont fermé leur entreprise.

Un retour au salariat difficile

Jordane Richter a fondé Gate Zero en janvier 2017, cette startup ambitionnait de faire des escape games en réalité virtuelle. Six mois après le lancement et malgré une levée de fonds, Jordane et son associé se voient dans l’obligation d’abandonner. « On était dans le déni, on a cherché pendant trois semaines une manière de s’en sortir. On retournait le projet dans tous les sens, on se demandait si on l’avait abordé de la bonne manière », explique-t-il. Mais rien n’y faisait.

Au moment de retrouver du travail, Jordane ne s’y fait toujours pas : « C’était très difficile pour moi de savoir ce que je voulais faire après. Pendant une année, j’ai tout donné pour mon projet, j’ai touché à tout, j’ai dépassé le cadre de mes connaissances personnelles. Toutes les offres d’emploi me semblaient trop restrictives ».

Faire le deuil, vite !

L’histoire de Fabien Secherre est différente. Ce responsable marketing expérimenté a rejoint la startup WiniCar six mois après sa création en tant que troisième cofondateur. L’équipe voulait simplifier et sécuriser la vente de voitures d’occasion entre particuliers. Mais en septembre 2017, presque deux ans plus tard, l’équipe arrête tout. Un échec que Fabien et ses associés ont bien accepté. « On n’avait pas de développeur à plein temps, ce qui est un véritable problème pour une boîte tech, on manquait de fonds, et puis, pour être honnête, notre offre ne correspondait pas à un réel besoin et il y avait beaucoup de concurrents », analyse-t-il avec recul.

Fabien a fait le deuil de son entreprise rapidement, « peut-être parce que j’étais conscient dès le début que les startups échouent souvent. Ça a rendu le deuil plus facile, mais ça a peut-être aussi accéléré l’échec », ajoute-t-il.

L’ancien entrepreneur a retrouvé du travail moins de deux mois après l’arrêt des activités de la startup, suite à un travail d’analyse de son échec et de ses envies. « Je pense que la meilleure façon de faire le deuil, c’est de prendre du recul et d’analyser pourquoi on a échoué, explique-t-il. Il ne faut pas accuser le marché de n’avoir pas “été prêt”, il faut se remettre en cause et se demander ce qu’on a mal fait, mal compris ». Selon lui, il ne faut pas hésiter à partager cette analyse avec son réseau car la lucidité est un trait de personnalité valorisé. Il a relancé ses anciens contacts en leur expliquant son échec mais aussi ce qu’il recherchait. « J’avais un avantage : j’avais travaillé dans plusieurs entreprises avant cette expérience et je savais ce que je recherchais », explique-t-il.


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Fabien a rebondi mais il ne veut pas qu’on oublie qu’il a échoué. « En France, l’échec est devenu une mode, estime-t-il. On finit par se dire que c’est aussi bien de réussir que d’échouer alors qu’au final c’est toujours mieux de réussir ».

Se lancer dans un nouveau projet

Elise Moussa n’a pas eu à chercher un nouvel emploi, elle est passée d’un projet à un autre. Cette Libano-Américaine a mis fin à Whatisbe sa startup dans l’EdTech en 2013. Pendant une année, l’entrepreneuse a essayé de lever des fonds, en vain. Fatiguée, elle part en vacances et revient avec une nouvelle idée de startup qui deviendra Snapay, une solution de paiement mobile. Elle décide de se concentrer dessus pour renflouer ses caisses, avec la volonté de revenir sur Whatisbe plus tard.

La transition n’a pas été trop difficile car il n’y avait pas de deuil à faire. « Je n’ai jamais fermé la porte sur la mission, j’ai simplement fermé la porte sur la technologie et l’équipe », explique-t-elle. Voir le succès d’autres startups similaires à Whatisbe l’a aussi réconfortée : « j’avais vu juste mais j’avais lancé la startup trop tôt et je manquais d’argent pour développer le design et l’UX ».

Cette première expérience lui a permis de devenir une meilleure entrepreneuse et d’apprendre à trouver un bon équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Elle a encore quelques années devant elle pour faire de Snapay un succès, mais elle pense déjà à son retour dans l’EdTech.

Qu’ils se lancent dans une deuxième startup, rejoignent le monde du salariat ou se tournent vers le travail en freelance, tous les entrepreneurs s’accordent sur un point : il faut prendre le temps de tirer des leçons de son expérience entrepreneuriale tout en étant fier de ce que l’on a réussi.

Image par Raechel Romero

La rédaction HOW

par L'ADN

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