La France va-t-elle devenir une « scale-up » nation ?

Et s’il était temps de se désintéresser des startups ? Nous avons désormais en France de très belles startups, mais ont-elles le succès qu’elles méritent ? Comment faire pour qu’elles grandissent, « scalent », et deviennent de grandes entreprises.

Une entreprise en hypercroissance n’a ni les mêmes difficultés ni les mêmes objectifs qu’une startup à la recherche de son modèle ou une PME à la croissance stable. Alors comment les accompagner ? De quoi ont-elles besoin pour grandir ?

C’est le sujet de l’étude « Entreprises en hyper croissance : le défi de l’écosystème entrepreneurial français » signé par François Bloch, directeur général de KPMG, et Georges Gambarini, associé KPMG. François Bloch revient pour HOW sur les grandes leçons de cette étude.

HOW : Pourquoi vous être intéressé aux scale-up ?

François Bloch : La France a beaucoup concentré ses efforts sur les startups, et c’est un succès. Aujourd’hui nous avons un écosystème et un terreau particulièrement favorable aux startups. Mais il ne sert à rien d’accompagner la création de startups si ces entreprises ne croissent pas et ne deviennent pas des entreprises de taille intermédiaire (ETI). Notre pays manque cruellement d’ETI par rapport à nos voisins. On en compte près de 5 000 en France alors qu’elles sont 13 000 en Allemagne. C’est dommage car ce sont elles qui créent de la valeur, elles pèsent 39% de notre PIB.

Les scale-up sont des PME et startups qui ont réussi le défi de la mise à l’échelle. Nous devons apprendre à reproduire leur succès si nous voulons avoir plus d’ETI.

HOW : Concrètement, d’où viennent les scale-up ?

FB : Une scale-up est une entreprise qui a prouvé son concept (proof of concept), qui réalise un chiffre d’affaire supérieur à deux ou trois millions d’euros et qui est en hyper croissance, soit une croissance annuelle supérieure à 20%.

On imagine souvent que les scale-up sont des startups technologiques en forte croissance mais il peut aussi s’agir de PME ou de PMI qui ont un produit ou un service innovant ou qui se développent sur de nouveaux marchés et qui vont se retrouver en hypercroissance. Les scale-up réalisent une part significative de leur chiffre d’affaires à l’international.

Lors de la rédaction de notre étude, nous avons identifié environ 2 000 entreprises en hypercroissance en France. Parmi celles connues du grand public, nous pouvons citer la plateforme d’achat de bricolage Mano mano, l’entreprise d’intégration de logiciels Talend et le fournisseur de réseaux d’objets connectés Sigfox.

Les scale-up doivent repenser leurs ressources humaines et anticiper leurs besoins de financement. Image tirée de l’étude « Entreprises en hyper croissance : le défi de l’écosystème entrepreneurial français »

Lors des Scale-up Awards, que nous co-organisons depuis trois ans avec le réseau d’entrepreneurs CroissancePlus et le cabinet d’avocats Gide, nous avons récompensé à la fois des pépites technologiques comme Ogury, un prestataire de solutions mobiles, des sites de e-commerce comme Agriconomie, spécialiste de l’agriculture, ou Visiomed, qui propose de l’électronique médicale nouvelle génération.

HOW : Quand elles deviennent des scale-up, les entreprises changent-elles de leviers de croissance ?

FB : Les scale-up sont des entreprises qui ont trouvé leur business model, elles ne cherchent plus à lever de l’argent ou à acquérir des utilisateurs à tout prix, elles cherchent la rentabilité. Pour stimuler la croissance de leur entreprise, elles vont privilégier la croissance organique (90 %) et la croissance avec priorité de rentabilité (81 %), pour cela elles vont se concentrer sur le cœur de métier (76 %).

Comme ces entreprises sont rentables, elles ne sont plus dépendantes du financement externe pour soutenir leur croissance. 67% des scale-up interrogées lors de notre étude ont eu recours à l’autofinancement et un dirigeant sur trois n’a même pas eu besoin d’un financement externe au cours des deux dernières années.

On parle beaucoup d’entreprises qui brûlent énormément de cash et ne sont absolument pas rentables mais ce sont les exceptions qui confirment la règle. Ce que nos travaux ont montré, c’est que pour se développer, il vaut mieux être rentable assez rapidement.

HOW : Avec l’hypercroissance arrivent de nouvelles difficultés. Quelles sont-elles ?

FB : Le défi principal de ces entreprises, c’est l’humain. Pour accompagner leur croissance, elles doivent recruter de nouveaux talents en permanence, ce qui nécessite de travailler sur leurs ressources humaines. Il faut offrir à la nouvelle génération le sens et l’équilibre vie pro/perso qu’elle recherche. Les dirigeants doivent plus que jamais donner une vision et du sens à l’ensemble de l’équipe.

En parallèle, ils doivent s’entourer de personnes qui savent diriger des entreprises de cette taille. Ca peut-être un crève-coeur pour les dirigeants de modifier l’équipe initiale avec qui ils ont tant travailler. Il faut aussi adapter sa gouvernance, s’entourer de comités stratégiques, créer des conseils. Le deuxième point c’est le pilotage et le financement. Le risque avec la très forte croissance, ce n’est pas de mourir de faim mais d’obésité, une croissance trop rapide peut conduire à l’implosion. Il faut mettre en place des processus et outils adaptés à une croissance très rapide et anticiper en permanence les besoins de financement. Une crise de liquidité et la scale-up ne peut plus avancer.

HOW : Que peut-on faire pour accompagner ces scale-up françaises ?

FB : Il faut éviter que les fonds d’investissement français se concentrent uniquement sur les startups ; nous devons réorienter des moyens financiers pour mieux accompagner les scale-up.

A l’heure actuelle, les entreprises qui font des levées de fonds supérieures à 20 millions d’euros doivent souvent chercher des capitaux à l’étranger car les acteurs français capables de participer à ce genre de tours de table sont encore trop rares. Ces fonds étrangers, très souvent anglais ou américains, prennent donc des parts dans nos pépites françaises et diluent la participations de nos fonds. En France, nous arrivons très bien à financer la création d’entreprises, qui est l’étape la plus risquée, mais nous ne parvenons pas toujours à financer en autonomie la phase d’hypercroissance, de consolidation, qui est la phase où la récupération du ROI peut être la plus rapide. Il ne faut pas que nous laissions les scale-up françaises partir !

Nous devons à la fois mieux structurer notre capacité de financement sur le long terme mais aussi embarquer les grandes entreprises françaises. Elles ont un rôle à jouer dans le soutien de ces scale-up que ce soit en investissant dedans ou en devenant leurs clients.

Nous avons besoin d’un écosystème pour les scale-up aussi efficace que celui des startups. La bonne nouvelle, c’est qu’on parle de plus en plus de scale-up, preuve que l’écosystème se met en place. Il y a une prise de conscience spectaculaire !

Image par KPMG

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