Les « Frightful Five » sont-ils les barons voleurs du XXIème siècle?

La Silicon Valley est le paradis de la prise de risque pour ses 18 000 business angels qui y résident (Angelist). Mais si 17 milliards de dollars ont été levés par les start-up de la région de San Francisco (hors dette) depuis 2012, selon CBInsights, le bruit des dollars couvrirait une prise de pouvoir bien plus silencieuse, du côté des poids lourds de la Valley.

De plus en plus, les GAFAM sont en effet montrés du doigt : ogres des données personnelles, facilitateurs de la méfiance et des thèses conspirationnistes dans les médias, optimisations fiscales si on regarde depuis l’Europe : et si Google, Facebook, Amazon, Apple, Microsoft étaient mauvais pour le progrès de l’humanité ?

C’est la théorie farouchement défendue par l’entrepreneur et investisseur américain Jason Calacanis (présent au capital d’une soixantaine de start-up, dont Uber), et relayée par le New York Times.

Il reprend à son compte ainsi la métaphore de @fmanjoo du NYT : les GAFAM seraient les “Frightful Five” (dérivé de « The Hateful Eight » pour les fans de Tarantino) de l’économie mondiale.

Ainsi nous fait-on croire que : « Quelqu’un, quelque part dans un garage, est en train de nous attaquer », selon la déclaration d’Eric Schmidt, président exécutif d’Alphabet. Mais en réalité leur écosystème de plateformes forme comme un maillage doré couvrant l’ensemble de l’économie par « effet de réseau » – plus les personnes les utilisent, plus elles deviennent indispensable – qui fait que les géants de la Tech sont protégés contre les start-up dans la plupart des situations et que la montée de nouvelles entreprises renforce leur avancée.

Leur superpuissance place les individus à l’aube d’un contrôle total sur leur vie et cela grâce aux robots de l’intelligence artificielle, précise l’auteur en pleine promotion de son livre “Angel: How to Invest in Technology Startups – Timeless Advice From An Angel Investor Who Turned $100,000 into $100,000,000” ; dans lequel il prône le capital-risque pour tous.

Nous arrivons à une forme d’analphabétisme économique, où les investissements vont toujours en direction des Big Tech et sont réalisés par les tenants de la nouvelle économie. Une emprise qui selon Jason Calacanis ne s’est pas vue depuis les Barons voleurs. Or pour pouvoir se prémunir de la mutation technologique de l’économie et ses revers, nous devrions ouvrir l’investissement dans les start-up à des catégories socio-professionnelles comme les avocats, les médecins… voire même à la classe moyenne.

Ce populisme de l’accès au capital-risque doit par là-même occasion changer de paradigme – autrement dit ne plus avoir pour but de s’enrichir vite mais plutôt de défendre une approche systémique et inscrite dans le temps où les nouveaux entrants s’appuieraient sur une plateforme de syndication, comme celle de Jason. On ne peut en effet pas s’improviser le G.O.A.T. (pour Greatest of All Time) du basket-ball en commençant à jouer !

Une thèse qui ne fait pas exception ces derniers temps. Elle se répand même jusque dans les colonnes du très respectable Financial Times, au travers de son éditorialiste @RanaForoohar. « Nous donnons nos données gratuitement, s’inquiète-t-elle dans une vidéo qui rappelle les fondamentaux d’Adam Smith, “père du capitalisme moderne”, et qui recommandait très fortement “un environnement économique équitable et de la transparence sur les prix”. Or, “nous n’avons rien de tout cela”, dénonce Rana Foroohar.

« On peut se demander si les GAFAM innovent réellement. Ce qu’ils font plus certainement est d’agréger des données et de les monétiser”. Ce qui explique que leur objectif est d’en agréger toujours plus pour avoir les meilleurs algorithmes, pointe la Britannique tout en regrettant que les lois anti-trust aux Etats-Unis permettent aux grandes entreprises de s’approprier facilement l’innovation de petites entreprises. Brevets, rachats de start-up, conditions d’accès aux API… les options pour limiter la concurrence sont nombreuses, note l’éditorialiste. Pas de quoi donc limiter les cinq géants de la Tech dont la capitalisation boursière cumulée dépasse désormais le PIB de la France (2 995 milliards de dollars contre 2 420 milliards en 2017).
 
 

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