La fiscalité à l’aube d’une révolution majeure

A mesure que les métiers découvrent l’impact futur de l’intelligence artificielle sur leurs champs d’expertise, la fiscalité voit à son tour se profiler une véritable révolution liée à l’intrusion de l’IA dans le périmètre de ses  connaissances et de ses techniques. Si la fiscalité avait déjà été très fortement impactée par la troisième révolution industrielle, les mutations engendrées par la quatrième seront encore plus profondes sur les modèles, les processus et les usages.

La prochaine révolution démarre alors que la révolution en cours n’est même pas encore terminée : ce constat résume à lui seul la transformation impactant les métiers de la fiscalité. Les nouvelles pratiques, déjà profondément refaçonnées par la révolution numérique, vont en effet continuer d’évoluer vers les nouveaux champs balisés par les technologies nées de l’industrie 4.0. Avec cette nouvelle révolution, la quatrième donc, on ne parle plus simplement d’accélération de l’automatisation mais bel et bien de réinvention.

Les compétences nouvelles de l’IA dessinent un nouveau paysage fiscal et comptable.

Jusqu’à présent, les professions axées sur l’information, à l’instar des fonctions financières, ont résisté à l’automatisation car elles reposaient (et reposent encore aujourd’hui) sur le traitement humain de données hétérogènes et non structurées émanant du monde réel. Le changement tient dans les nouvelles capacités « perceptives » de l’IA : les machines peuvent aujourd’hui aisément gérer les images, les sons et le texte de manière instantanée, ingérer et analyser des données à un volume élevé sans commettre d’erreurs coûteuses ou irréparables. Certaines prévisions, à commencer par celles d’Elon Musk,  nous annoncent même de manière laconique que les machines nous battront dans à peu près tout d’ici peu.

Les systèmes fiscaux en place, déjà soumis à des mutations en profondeur, verront les choses s’accélerer dès lors que les directeurs financiers chercheront des solutions de plus en plus automatisées pour une efficacité et une fiabilité toujours plus grande.

Ce quatrième mouvement porté par le machine learning et l’IA transformera ainsi bientôt les modalités de perception de l’impôt, favorisera l’intégration systématique d’algorithme dans le calcul de l’impôt redevable. Le machine learning aura très rapidement un impact significatif sur l’écriture et la structure fiscale. L’expertise technique et le niveau de connaissance verront leur importance décroître au profit d’un machine thinking toujours plus élaboré.

L’IA étendra aussi la nature des possibilités offertes par une intelligence proposant une structure fiscale optimale pour un investissement à venir.

Certaines transactions feront intervenir l’IA d’IBM Watson afin de bien différencier les dépenses déductibles des dépenses non déductibles par un apprentissage de reconnaissance, et en appliquant la connaissance de cette distinction à d’autres datas spécifiques.

De fait, aux Etats-Unis, nombreuses sont les applications qui permettent aujourd’hui aux citoyens de faciliter leur déclaration en ligne et d’identifier de possibles déductions, à l’instar de TurboTax, Jackson Hewitt, H&R Block at Home, TaxSlayer ou TaxAct.

Les robots fiscalistes ne prendront pas le pouvoir… mais feront quand même une partie du travail.

Il est erroné d’imaginer un futur proche marqué par une prise de contrôle absolue par les robots. La fiscalité exigera toujours un rôle prépondérant accordé au jugement humain. Ce rôle s’est déjà vu renforcé d’une part par la complexité de gérer toujours plus de parties prenantes, d’autre part par l’enjeu réputationnel lié à l’entrée de la thématique de l’impôt des sociétés dans la sphère de la RSE.

La fiscalité a toujours été une discipline « regardant en arrière », mais elle est précisément en train de se transformer, d’une part en raison du rôle accru joué par les administrations fiscales  qui doivent traiter de plus en plus les informations en temps réel, et d’autre part parce que la fiscalité est aujourd’hui envisagée d’une manière nouvelle : elle n’est plus seulement une fonction de compliance, mais aussi une fonction de business intelligence au sens où elle contribue à une meilleur compréhension du business de l’entreprise.

D’un point de vue purement historique, lorsque les technologies ont commencé à déployer des traitements de tâches laborieuses, elles ont également rendu les humains plus productifs et ont créé de nouveaux emplois qui ont permis de tirer parti des nouvelles capacités technologiques. Les chemins de fer ont créé plus de possibilités de fournir des biens aux consommateurs, tandis que les ordinateurs ont créé de nouveaux types d’emplois de bureau impliquant la création et l’utilisation d’informations en grand nombre.

Mais cette fois-ci, il semble aujourd’hui clair que nous avons affaire à un scénario quelque peu différent. Historiquement, les machines ont été conçues pour résoudre des problèmes spécifiques, mais elles peuvent aussi maintenant apprendre de manière autonome, améliorer leur prise de décision tout en interagissant avec le monde réel et collecter des données grâce à des capacités sensorielles de plus en plus sophistiquées. Et in fine, se rapprocher des attributs des experts faits de chair et d’os.

Le rôle et les prérogatives de l’expert-comptable seront amenés à évoluer, son identité même changera, et les barrières entre certaines fonctions commenceront à disparaître au profit d’un décompartimentage des services. Les fiscalistes deviendront des « agents libres », conseillant les organisations en aval, en fonction des compétences spécifiques requises.

Qu’en sera-t-il en 2025 ?

 A l’instar de l’exercice projectif mené par KPMG en Australie, il n’est pour finir pas totalement impossible d’imaginer qu’à l’horizon 2025, l’IA soit mise à contribution dans l’élaboration des déclarations fiscales sur la base de la récolte élargie d’un grand nombre de données, les professionnels de l’industrie des services soient remplacés par des robots. L’IA et la cloud robotique pourront permettre à l’être humain d’accéder à un niveau de prise de décision supérieur, basé sur l’analyse et l’optimisation et non plus sur l’agrégation et le calcul.

Quelle que soit la justesse de cette prévision, cette anticipation doit permettre aux décideurs de 2017 de garder en tête qu’il faudra rapidement prendre en considération les impacts de la technologie sur la classification des biens et des services. La classification des revenus pouvant avoir un impact sur le traitement fiscal d’une entreprise, d’un pays à l’autre, ou d’un système d’imposition à l’autre, les entreprises se doivent de connaître et anticiper les implications futures de ces inexorables mutations.

Crédit photo : Eric Jordan

 

Hello Open World

Equipe de rédaction

Linkedin

A lire aussi

La communauté des leaders de l'innovation

Innovating in good company

Rejoignez-nous