Immobilier : une révolution en marche !

25 septembre 2017

Disruption dans le secteur immobilier ou révolution imposée ? Entretien sur la « Real Estate tech » avec Régis Chemouny, Associé KPMG secteur immobilier, Expert-Comptable et Fellow de la RICS et Bernard Michel, Président du conseil d’administration de la foncière Gecina.

Hello Open World : Quel regard portez-vous sur l’écosystème tech du secteur immobilier ?

Régis Chemouny : Tout d’abord, une grande question se pose aujourd’hui : l’innovation entrepreneuriale de la transition numérique de l’économie est-elle à la marge du secteur de l’immobilier ou es-telle plus endogène ?  On voit en effet un écosystème faste à l’échelle mondiale, avec pas moins 277 deals réalisés en 2016 avec des investissements allant de la traditionnelle liste en matière de services au property management (« proptech ») en passant par le bureau et l’habitat partagé. Outre-Atlantique, les portes des venture capitalists (VC) sont ainsi ouvertes pour les startups de l’immobilier . Quant à la France on voit éclore de plus en plus de startups sur le marché. Pour autant, l’innovation semble avant tout la résultante de profonds changements sociétaux.

Bernard Michel : Effectivement, l’innovation dans le secteur immobilier est déjà abordée par les grands opérateurs qui étudient avec les architectes, les sociologues et les acteurs de la ville, les tendances de la société qui vont impacter nos métiers. Il s’agit de construire des villes intelligentes, des bâtiments durables végétalisés et connectés et de prendre en compte les nouveaux modes de travail, avec la révolution numérique en fil conducteur . Par ailleurs, les métiers de l‘immobilier sont résilients : leur évolution passera par des investissements, des expérimentations, de la curiosité intellectuelle et bien entendu le talent des acteurs du numérique.

Les métiers de l’immobilier intègrent-ils aujourd’hui au cœur de leur business les technologies comme un levier de croissance ?

BM : Les innovations existent de façon exogène grâce aux startups et au développement du concept de « smart city » qui vient embarquer directement dans l’immeuble de multiples technologies (drones, capteurs, objets connectés) ou encore l’économie collaborative, dite de plateforme. L’industrie immobilière entrepreneuriale s’est saisie de la technologie pour inventer le futur de l’immobilier. Il faut désormais les mettre au service des métiers. A cet égard, l’immobilier de bureau constitue d’ores et déjà un foyer d’innovation. C’est l’exemple du modèle WeWork qui a su embarquer le building information modeling (BIM) pour développer une offre de rupture sur les nouveaux paradigmes du « co-travailler » et faire de l’espace de travail un catalyseur de croissance et de synergies entre acteurs. Aujourd’hui, WeWork est une licorne valorisée à 20 milliards de dollars, lson modèle s’est industrialisé et s’étend désormais au co-living avec le lancement en 2016 de WeLive. L’idée de départ tenait dans la flexibilité du poste de travail, l’accessibilité à de nombreux services (« space-as-a-service ») ou encore dans le fait de matérialiser une communauté par l’adhésion à une charte. D’autre secteurs bougent très vite, comme le commerce (creTech), la logistique (propTech), ou l’hôtellerie, Mais beaucoup reste à faire dans le domaine du logement par exemple.


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RC : Nous sommes ici face à un écosystème étranger nettement impliqué dans l’accélération et la transformation des business models, notamment dans le résidentiel avec des licornes telles que ZillowLianjiaOpendoor ou encore Compass qui viennent désintermédier toute la chaîne de valeur de la vente immobilière et utilisent l’intelligence artificielle et ses sous-disciplines pour évaluer, accélérer le processus et créer de nouveaux cas d’usages.

Côté outre-Atlantique, l’écosystème dynamique des professionnels entrants sur le marché s’organise, notamment dans le property management : en octobre se tiendra par exemple le MIPIM Proptech Summit à New York. L’Europe de son côté n’est pas non plus en reste ! À Londres, le Sommet Propteq Europe vient souligner la montée des startups de l’immobilier. L’Allemagne – avec une ville comme Munich qui héberge près de 100.000 startups – fait également le pari de la ReTech (pour Real Estate Tech) avec la plateforme de networking German ProptechInitiative.

Source : Gewerbe Quadrat

Alors, peut-on dès à présent parler de disruption dans le domaine immobilier ? Quel cadre peut-on imaginer pour accélérer les business modèles de demain ? 

RC : Le marché a été longtemps résistant à l’innovation, il s’est beaucoup protégé au travers de la réglementation. Les modèles disruptifs finiront sans doute par s’imposer et progressivement faire partie des business models de demain. L’absence de norme deviendra – et devient déjà ) une norme car les valeurs ont changé. A cet égard, la révolution de la blockchain présentée par The Economist en 2015 comme « The Trust Machine » va impacter les monopoles sur les transactions immobilières, sur la gestion et la distribution de l’énergie et explorer de nouveaux modèles de financement, tout en incitant à une intégration plus forte de l’innovation.

BM : Disruption, oui, et même plurielle à l’échelon mondial si on regarde par exemple la startup Allemande Slock.it qui vient s’appuyer sur les « smart contracts » pour l’appliquer à la location saisonnière d’appartements entre particuliers et ainsi pousser jusqu’au bout le concept d’économie collaborative. Grâce à une serrure connectée et inscrite sur la blockchain, l’autogestion décentralisée devient possible, et sans même passer par Airbnb. Ces évolutions devraient à mon sens conduire les acteurs français  à une réponse intelligente : réussir à fédérer les idées et les savoir-faire dans une initiative similaire à celle des Fintech, au sein d’un secteur de la « Real Estech », une France des ImmoTech.

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