Innovation : et si on regardait du côté des DOM ?

Ne vous laissez pas tromper par la douceur et la sérénité de leurs paysages de carte postale, les départements d’Outre-mer sont les lieux parfaits pour innover et développer ses activités.

Rares sont les entreprises hexagonales à avoir ouvert un bureau dans les départements ultramarins. A tort ! La Réunion, la Martinique et la Guadeloupe principalement disposent d’écosystèmes d’innovation de plus en plus vibrants, d’un cadre juridico-fiscal attractif, d’une proximité avec l’Afrique et l’Amérique, de ressources maritimes et biologiques inégalables et de conditions parfaites pour tester des solutions de santé et d’énergies intelligentes.

De part leur histoire et leur éloignement géographique, les départements d’outre-mer, La Réunion en tête, ont très tôt développé des dynamiques entrepreneuriales. « A 10 000 km de la métropole, loin de tout, La Réunion a donc dû développer un écosystème complet », explique Alain Esnault, directeur du fond d’investissement Apicap. Si les Antilles françaises n’ont pas ce problème d’isolement du fait de leur proximité avec le continent américain, elles ont aussi dû innover pour compenser leur économie insulaire. A ces avantages contre-intuitifs s’ajoute la démographie de ces territoires créoles. « La mixité culturelle très forte est une richesse », continue Alain Esnault.

Autant de raisons qui poussent à réfléchir à une possible implantation.

Des conditions optimales pour faire de la R&D

Faire sa R&D dans les départements d’outre-mer est un choix judicieux, estime Daniel Hierso, président d’Outre-Mer Network, association qui porte la voix des startups créées en Outre-mer ou en Métropole par des entrepreneurs et entrepreneuses de la diaspora ultramarine. Ces départements disposent en effet de nombreux avantages fiscaux. Le Crédit Impôt Recherche y est de 50% des dépenses de recherche, contre 30% dans l’Hexagone, et l’Europe propose d’importantes aides dans le cadre du Fonds européen de développement économique régional (FEDER).

Et ces départements ne manquent pas de talents pour effectuer cette R&D. Les insulaires complètent souvent leurs études en France et en Europe et reviennent très bien formées, insiste Daniel Hierso. Alain Esnault tempère : « après leurs formations, les jeunes ne reviennent pas, ils ne trouvent pas les emplois qu’ils voudraient et ont une mauvaise image de leur région d’origine. » Les choses changent. La prestigieuse école d’ingénieurs informatique Epitech a ainsi ouvert un campus à La Réunion en 2017.

Daniel Hierso note aussi que de plus en plus de métropolitains s’y installent, attirés par la qualité de vie locale, le développement des écosystèmes numériques et l’envie de profiter des ressources naturelles locales pour créer des projets de pointe. « C’est une tendance légère, mais qui va s’accélérer », explique-t-il.

Des espaces parfaits pour l’exploration

Si votre entreprise occupe le secteur de la santé, des biotechnologies marines ou des énergies renouvelables, vous avez encore plus de raisons de vous intéresser aux départements ultramarins. Ils sont en effet la source principale d’or bleu, l’eau, et d’or vert, la flore, du pays. Grâce à eux, la France dispose du deuxième plus grand espace maritime (ZEE pour Zone Economique Exclusive) au monde. L’Outre-mer français représente d’autre part 90% de la biodiversité en France.

« C’est un terrain de jeux absolument magnifique en matière de développement durable et de biosanté », insiste Daniel Herso. La Réunion, par exemple, compte plusieurs entreprises travaillant sur des microalgues ou des plantes endémiques, comme Torskal qui mise sur des plantes locales pour traiter certaines tumeurs.

Les entreprises peuvent aussi venir dans les départements ultramarins pour profiter de l’effet insulaire. Ces zones, dans leur majorité, connaissent des difficultés d’accès aux ressources, notamment à la santé et à l’électricité, et sont donc motivées à innover et prêtes à tester de nouveaux services. La Réunion a ainsi reçu le label French Tech dans la santé, tandis qu’EDF y incube des startups locales et teste leurs solutions dans les smartgrids.

Plusieurs personnes réunies devant établissement à la Réunion

L’édition 2017 du Forum International de la Transformation Numérique, NxSE, s’est déroulée à la Réunion et a permis de découvrir les opportunités entrepreneuriales sur l’île et en Afrique. Image par NxSE

Du potentiel d’investissement

Les fonds d’investissement et les entreprises à la recherche d’acquisitions, aussi, feraient bien de regarder du côté des DOM. « Si vous ne vous y intéressez pas, d’autres le feront », insiste Daniel Hierso qui note l’intérêt grandissant des PME allemandes, comme IGV GmbH qui a noué un partenariat avec Bioalgostral dans le secteur des microalgues.

Face au manque d’accompagnement, d’intérêt et de financement de la France hexagonale, de nombreuses TPE ultramarines de technologies de pointe, comme Torskal, nouent des partenariats avec la Chine, souvent par dépit.

Heureusement, le vent semble tourner. Plusieurs fonds d’investissement métropolitains ont noté les réussites des entreprises innovantes ultramarines et ont mis en place des processus d’investissement locaux, comme Apicap, le fonds d’investissement dirigé par Alain Esnault. Les résultats sont évidents, explique-t-il, citant Gaïa, PME produisant des chauffe-eaux solaires, qui est passée de 2 à 10 millions de chiffre d’affaires en quatre ans.

Les départements ultramarins, portes ouvertes vers les marchés en développement

L’une des raisons qui a poussé Apicap à ouvrir un bureau à La Réunion est son positionnement géographique. « Quand vous sortez de l’île, vous rayonnez immédiatement sur des zones à forte croissance : l’Afrique du sud, l’Afrique orientale, le sous-continent indien, explique Alain Esnault, mais vous conservez la puissance économique de l’Europe et le cadre juridique français. »

Les Caraïbes françaises quant à elles sont proches du Mercosur, zone encore peu exploitée par les entreprises françaises.

Les départements ultramarins ne sont pas encore une destination évidente en terme d’innovante. Mais les planètes semblent s’aligner. Les formations en innovation, les fonds d’investissement et les accélérateurs de business comme celui du Crédit Agricole, Village by CA, permettent une montée en compétences et un plus grand échange entre les entreprises locales et hexagonales. S’il y a bien un bon moment pour se lancer, c’est maintenant !

Image d’en-tête par imv

La rédaction HOW

par L'ADN

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