Innovation : trois leçons venues d’Europe

Ils viennent d’Allemagne, d’Espagne ou du Luxembourg et ils ont acquis une conviction : l’Europe est bel et bien une terre de start-ups ! Les enseignements à tirer de leur expérience.

Les start-ups européennes se portent bien. A en croire le dernier « état de la technologie européenne » du fonds d’investissement britannique Atomico, tous les voyants sont au vert : investissements, introductions en bourse, création d’emplois … L’année 2018 enregistre des chiffres impressionnants et assoit le rôle de l’Europe dans l’écosystème mondial de l’innovation. Pourtant, l’Europe peut encore progresser. Les conseils d’entrepreneurs aux expériences variées.

Vu d’Allemagne : l’importance de créer un environnement économique favorable

“L’économie de capital-risque est une économie globale, avec des talents partout dans le monde. Mais si les pays et les villes ne lui donnent pas la valeur qu’elle mérite, les talents iront ailleurs, estime Clement Koos, Venture Development Manager, Signals VC. Les villes et les gouvernements doivent comprendre qu’il ne suffit pas d’avoir des loyers bas pour attirer start-ups et talent, mais qu’il est nécessaire d’avoir d’autres incitations, surtout avec la communauté tech.”

En clair : il faut penser l’écosystème technologique à l’échelle du pays, voire de l’Europe. “Nous avons la chance de vivre à un moment où un grand nombre de start-ups et de produits se développent, avec un grand nombre d’investisseurs, se réjouit Lorelei Logel-Demoulin, Investment Manager d’Atomleap. Il s’agit désormais de trouver un environnement qui fonctionne pour ces deux parties, pour s’assurer que les offres du Venture Capital fonctionnent en synergie avec le business.”

Créer un environnement favorable est essentiel pour l’essor de l’écosystème européen. Mais comment faire ? Quelles actions privilégier ? “Nous vivons dans un monde globalisé où les talents et les investissements peuvent aller n’importe où ! Pour conserver ce capital, il est important pour les gouvernements de créer un environnement favorable au développement de notre écosystème. Les acteurs politiques doivent réaliser que s’ils ne font pas cela, les capitaux et les talents quitteront la France et l’Europe pour aller là où sont les opportunités !”, prévient Gordon Thompson, Portfolio Manager, Innogy. En Allemagne par exemple, de nombreuses start-ups sont incubées puis, lorsqu’elles atteignent une certaine taille, filent s’installer dans la Silicon Valley, selon lui. La fuite des technos et la fuite des cerveaux, le combat des prochaines années en Europe ?

Vu du Luxembourg : investir les champs encore délaissés par les GAFAM

Pourquoi développer un nouvel outil de traduction lorsque Google propose déjà ce service gratuitement depuis plusieurs années ? Parce que le sien est tout simplement… meilleur ! Sans fausse modestie, Olivier Debeugny a conçu Lingua Custodia, une solution de traduction automatique pour les documents financiers. Une niche justement laissée en friche par Google et qui nécessite une qualité de traduction élevée. “Je suis un ancien professionnel de la finance, où j’ai travaillé pendant 18 ans. Lors de la crise de 2008, je me suis rendu compte que mon équipe passait du temps à traduire des documents, généralement rédigés en anglais, pour nos clients dans leur langue européenne locale. De là est née l’idée de Lingua Custodia.”

A l’arrivée, l’outil, qui s’adresse aux professionnels du secteur, garantit une traduction sans scories et pertinente des termes techniques, et parfois jargonneux, du monde de la finance. “Une traduction a 3 niveaux : il faut d’abord maîtriser le langage général, il faut aussi comprendre le domaine technique et, enfin, savoir ce que veut le client. Le nom des systèmes, des équipes, des produits sont très spécifiques à chaque institutions financière”, explique Olivier Debeugny. Ainsi, le terme couverture a un sens précis en finance. Or, si vous le tapez dans Google translate, il va traduire cela en “blanket”. Rien à voir…

Pour maintenir cette forte exigence dans la traduction, Lingua Custodia s’appuie sur le deep learning, avec des lexiques de références différents en fonction des documents à traduire. Surtout, l’aventure Lingua Custodia démontre bien que l’Europe n’a pas à s’interdire des champs techniques déjà investis par les Gafam. Mais pour exister et se distinguer, il ne faut pas aller à la confrontation mais bien investir les territoires délaissés par les géants du numérique. Plus petits, certes, mais plus pointus et avec des besoins spécifiques.

Vu d’Espagne : comment le big data impacte les services publics et les villes

Pour témoigner de la vitalité du marché espagnol, KPMG a convié ce qui se fait de mieux en matière de start up en Espagne : Urban Data Eye. Cette start-up accompagnée par KPMG a développé un outil d’analyse et d’évaluation du trafic dans les espaces publics, commerciaux et industriels, rappelle Joachim Martinez-Bosch, Director Management Consulting Catalonia Solutions, KPMG Spain. Callao Square, à Madrid, est doté de cette technologie.

Concrètement, Urban Data Eye extrait toutes les données pertinentes de n’importe quelle caméra, en temps-réel, pour traquer et géolocaliser tous les points d’intérêts (personnes, véhicules, vélos, mobilier urbain…). “Cela permet d’améliorer la façon dont on design l’espace, de comprendre les déplacements”, explique Javier Argota Sànchez-Vaquerizo, co-fondateur d’Urban Data Eye. Résultat : une connaissance précise de tout ce qui ce passe, en temps réel, sur cette portion de Madrid.

Mais Urban Data Eye se défend de toute surveillance et assure respecter le RGPD et les données personnelles des passants. “Nous ne faisons pas de reconnaissance faciale et toutes les données sont anonymisées”, insiste Javier Argota Sànchez-Vaquerizo, qui souligne que sa solution a été conçue pour donner des informations sur la densité des passages sur une zone donnée. Avec beaucoup de précision. Ainsi, Urban Data Eye permet de savoir qui voyage avec une valise ou sans…ce qui permet de travailler en amont sur le design des wagons.

S’appuyer sur le big data présente selon lui deux principaux bénéfices pour l’industrie : fluidifier la circulation (comme avec les ports de conteneurs par exemple) et être plus réactif en cas d’accident. L’analyse du mouvement des travailleurs dans les usines permet également d’adapter les process et d’améliorer la sécurité. Enfin, le big data appliqué au retail permet d’analyser le comportement des consommateurs dans les points de vente, rejoignant ainsi une pratique de plus en plus répandue dans le retail en Chine.

Mais le succès d’Urban Data Eye, c’est d’abord celui de Madrid et, plus globalement, de l’Espagne et de ses grandes villes qui, à l’image de Malaga, développent depuis plusieurs années un écosystème favorable à l’éclosion des start-ups.

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La rédaction HOW

par L'ADN

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