Internet mondial : quelle est la réalité de la fracture numérique ?

3,8 milliards d’individus sont exclus du Web mondial, parmi lesquels une proportion alarmante de femmes, indique une étude à paraître de la Web Foundation. Selon le même rapport, les coûts de connexion varient du simple au quintuple selon les régions du monde.

En 2016, 98,2% des Islandais se sont connectés au web, contre seulement 1,2% des Erythréens. C’est l’un des constats du rapport Affordability rédigé par l’ONG Web Foundation. Cette organisation indépendante présidée par Tim Berners-Lee, le « créateur de l’Internet 2.0 », s’intéresse depuis plusieurs années à l’accès au web dans le monde, en croisant des paramètres comme l’accès aux infrastructures, aux outils et les différents usages par région.

Un creusement des inégalités en matière d’accès au web

Rendu public le 23 Octobre, et commenté dans les colonnes du Guardian, le rapport de l’ONG met l’accent sur la fracture numérique qui est en train de se creuser partout dans le monde. Cette fracture illustre les inégalités dans l’accès aux nouvelles technologies, et notamment au web. Ainsi, depuis 2015, le taux de connexion au web a drastiquement chuté dans certaines régions du monde, ce qui a entraîné la courbe de la « croissance mondiale d’Internet » vers le bas.

Aujourd’hui, on estime que 3,8 milliards d’individus sont exclus du web, soit environ la moitié de la population mondiale. Ce chiffre est d’autant plus préoccupant qu’en 2014, les Nations Unies prédisaient que la moitié de la population mondiale aurait accès au web d’ici 2018 (faisant ainsi de cette question l’un des 20 axes prioritaires de développement de l’ONU). Pourtant, à cause de l’infléchissement observé depuis 2015 (graphique ci-dessus), cet objectif ne pourrait n’être rempli qu’à partir de 2020.

Les principales victimes de ce creusement des inégalités sont les femmes, principalement issues du continent africain, et les populations isolées.

Les causes de ce creusement des inégalités sont structurelles. L’accès aux infrastructures conditionne l’accès au web ; or la fibre transite par les côtes européennes et américaines, les serveurs sont principalement situés en Europe et aux États-Unis et les mobiles (très développés en Afrique) sont trop chers pour de nombreuses personnes. Alors, pendant que les pays occidentaux accèdent à la 5G, d’autres parties du monde restent coincées dans des déserts numériques.


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Le web conditionne l’accès à l’emploi et à l’éducation

Le rapport insiste sur la dimension systémique des inégalités qui se renforcent entre elles. Ainsi, de nombreuses études ont prouvé que l’accès à Internet conditionne la croissance économique. Dans un rapport de 2012, l’université de Berkeley, en Californie, a démontré le lien entre la croissance du PIB (+1,35%) et une augmentation de 10% de l’accès à la bande passante. Plus on est connecté, plus on a la possibilité de générer de la valeur. Les personnes à l’écart du web sont donc celles qui sont à l’écart de la croissance mondiale.

Et les politiques publiques n’y font rien. Le rapport note même qu’à l’échelle du globe, les tentatives de renverser le statu quo sont restées sans effet. Pire, il semble que certains pays font tout pour accentuer encore plus le déséquilibre. En décembre 2017, le président Trump a pris la décision de mettre fin au principe historique de neutralité du Net, qui garantit l’égalité d’accès à Internet (vitesse et puissance de la bande passante) pour tous les résidents du territoire. Désormais, les fournisseurs d’accès seront libres de restreindre, voire de couper, l’accès à certaines personnes.

Cette décision de l’administration Trump a fait date, et a provoqué l’ire de nombreux défenseurs de l’Internet libre (parmi lesquels Tim Berners-Lee, le président de Web Foundation). Pour lui, et les membres de son association, ce rapport rappelle que « la technologie n’est pas une coquille vide », elle est un outil puissant qui peut émanciper, autant qu’il peut restreindre les libertés individuelles et collectives. Il est donc urgent d’en encadrer les usages et de corriger les disparités par une politique volontariste.

La rédaction HOW

par L'ADN

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