Kinov, demain, tous prescripteurs de startups ?

17 mai 2017

Kinov est une plateforme de gestion collaborative des relations entre startups et grands comptes. Avec ce service, il s’agit d’impliquer l’ensemble des métiers, transformer le directeur innovation en véritable stratège et de renforcer une logique de concrétisation. Entretien avec David Le Louarn, cofondateur et CEO de Kinov.

Hello Open World : Quelle est la genèse de Kinov ?

David le Louarn : La société existe depuis janvier 2016. Auparavant, j’avais monté une première entreprise, Fairshake, spécialisée dans le conseil en open innovation pour les grands groupes avec notamment des missions de sourcing de startups. L’objectif était alors de faire émerger des territoires d’innovation se cristallisant essentiellement dans l’écosystème de l’économie numérique, sur lesquels les grands groupes devaient se positionner.

Nous contribuions à l’identification et à la qualification des startups, au mentoring et au coaching de Proof Of Concept, soit la démonstration de faisabilité. C’était il y a 3 ans, j’étais encore étudiant HEC Paris et l’on dénombrait encore peu de Directions Innovation au sein des entreprises. Mais très vite le paysage de l’open innovation a commencé à s’institutionnaliser : on a ainsi vu les équipes innovation de grands groupes et le nombre d’intermédiaires se multiplier et se diversifier, notamment autour du métier de sourcing de startups.

Avec Mathieu Jaeger, CTO et cofondateur de Kinov – il nous a semblé évident qu’attaquer le problème par l’outil devenait la solution pour professionnaliser cette activité. Nous avons développé Kinov dans cet objectif : créer l’outil de référence de gestion d’open innovation des grands groupes. Aujourd’hui, après une première levée de fonds en février 2017, nous exerçons deux métiers : celui directement lié à l’outil, une plateforme d’open innovation, et celui qui correspond à notre ADN initial, à savoir accompagner les entreprises dans l’acculturation et la diffusion de l’innovation.

HOW : Quelles sont les best practices en matière de méthodologie de sourcing de startups ? Le sourcing est-il d’ailleurs toujours le nerf de la guerre en matière d’open innovation ?

D.L : Avant de donner les best practices, il s’agit déjà d’indiquer ce qu’il ne faut surtout pas faire : sourcer tout seul ! En effet, des accélérateurs aux fonds d’investissement en passant par les institutions et les grands groupes, tout le monde fait aujourd’hui les mêmes efforts de sourcing. Pourvu de disposer d’outils adaptés, toutes les startups sont d’ores et déjà connues par l’ensemble des acteurs liés à l’écosystème de l’innovation. Désormais, l’enjeu réside dans la mutualisation des efforts et dans la réduction du « Time To POC ». Pour cela, il faut mettre l’accent sur deux étapes stratégiques : la qualification des solutions innovantes existantes et le matchmaking avec les équipes métiers. Pour ce faire, il est indispensable de faire du crowdsourcing à grande échelle et d’embarquer les collaborateurs de l’entreprise sur toute la chaîne de l’open innovation. C’est ici qu’intervient la valeur ajoutée de Kinov : nos clients mutualisent avec l’écosystème une base de données de startups et peuvent travailler de façon collaborative sur l’amont de la chaîne de l’Open Innovation, à savoir le sourcing et la qualification des startups. Ensuite, l’outil est plus confidentiel, privé et ouvert uniquement avec les équipes métiers à l’intérieur de l’entreprise afin de réaliser les étapes de matchmaking  et le suivi du « dealflow » de projets en cours avec des startups.

HOW : Selon vous, il est essentiel de revoir la gouvernance de l’entreprise pour que l’innovation devienne l’affaire de tous. Comment Kinov rend-il cela possible ?

D.L : Très concrètement, sur Kinov l’approche vise à sortir d’un modèle classique d’open innovation très descendant (approche « push ») où l’équipe innovation passe trop de temps dans la collecte d’informations basiques sur les startups et encore plus à faire un « lobbying » interne pour pousser des équipes métiers à travailler avec ces startups. Dans notre modèle, l’équipe innovation accède à un flux de profils de startups riches et qualitatifs, alimenté chaque jour de 5 nouvelles startups. La plateforme permet, de manière très fluide et instantanée, de diffuser ces startups auprès des métiers concernés pour les faire réagir selon les codes des réseaux sociaux (likes, commentaires, notations…). C’est par cet appel à l’intelligence collective et la catalysation des expertises que la qualification des synergies avec les startups est activée à grande échelle. Les startups peuvent également être évaluées par des prescripteurs externes à l’entreprise (agences de notation, experts, fonds, accélérateurs, consultants, etc.). Cette recommandation à la « TripAdvisor » vise à réassurer les grands groupes dans leurs choix.

HOW : Quel avantage réel apporte Kinov pour les startups et les grands groupes ?

D.L : Pour les startups, la valeur ajoutée réside dans la mise en relation et le matching qualifié avec les équipes innovations et métiers des grands groupes. C’est l’idée de « guichet unique », matérialisé par le « Kinov connect ». Qui plus est, ce service leur est accessible gratuitement et remplir un profil Kinov ne prend que 10 minutes. C’est un réel avantage permettant d’accèder au bon interlocuteur dans l’organigramme d’un groupe. Il y a bien sûr aussi la notion de deal. Mais elle s’incarne essentiellement dans la notion de matchs avec les grands. Ce sont autant d’ouvertures pour des partenariats, appels à projet, prises de participation de grands groupes dans des startups, voire des levées de fonds ou même des essais pilotes.

Pour les grands groupes, Kinov permet d’être directement connecté à l’écosystème de l’innovation et couvre l’intégralité des activités de l’open innovation. Ils peuvent, par exemple, lancer une opération de sourcing collaboratif de startup avec un fond d’investissement ou avec un accélérateur ou encore faire appel à des experts pour se conforter dans la qualification d’une startup.

HOW : En quoi Kinov permet d’inscrire la relation startups – grandes entreprises dans une démarche d’open innovation durable ?

D.L : Nous sommes dans une démarche d’open innovation durable dans le sens où nous poursuivons une logique de concrétisation. Rappelons quand même que 90% des startups disparaissent avant d’atteindre la 5ème année d’existence et qu’à l’échelle mondiale, on ne relève que 153 licornes. Pourquoi un succès si limité ? Nous avons interrogé les directeurs innovation de grands groupes sur ce point : tous citent comme facteur clé de succès le fait d’embarquer l’entreprise dans son ensemble et d’impliquer tous les métiers dans la démarche d’innovation. Les experts techniques par exemple sont les plus à même d’auditer une solution technologique. Il faut instaurer un réel changement d’état d’esprit au sein de l’entreprise,  transformer les collaborateurs en prescripteurs de startups et les directeurs innovation en stratèges. Finalement, l’open innovation c’est une ouverture vers l’extérieur mais aussi vers l’intérieur de l’entreprise.

Image d’en-tête par Capital

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