IoT urbain : sommes-nous vraiment prêts pour un modèle de ville high tech ?

 La New Cities Foundation,organisme à but non lucratif, récolte et exploite des données dans toutes les grandes villes mondiales afin d’explorer de nouveaux paradigmes permettant d’améliorer les services urbains et les réseaux de transport, d’eau et d’énergie de la ville.

 

Président de la New Cities Foundation, organisme à but non lucratif, John Rossant est aujourd’hui l’une des figures majeures de la recherche autour de l’innovation urbaine. Ancien journaliste et professionnel de l’événementiel, il crée sa fondation en 2010 afin de structurer une approche disciplinaire autour de la compréhension des mutations économiques, sociales et culturelles. Il nous livre sur HOW sa vision des apports futurs de l’IoT pour la ville de demain.

Hello Open World : Qu’entend-on aujourd’hui par « IoT Urbain » ?

John Rossant : L’Internet des Objets, ou “Internet of Things” (IoT) en anglais , est la prochaine génération de technologies qui intègrent la connectivité dans les objets de tous les jours — en donnant d’une certaine manière une voix à ce qui est inanimé. Bien que l’IoT soit un phénomène qui ne se limite pas aux zones urbaines, sachant que d’ici 2050 deux tiers de la population mondiale y vivront, les villes sont bel et bien au cœur de la révolution IoT. Elle va changer la manière dont nous construisons nos villes, dont nous nous déplaçons, et les façons dont nous interagissons dans le milieu urbain. NewCities travaille avec les leaders du domaine, et vise à créer un cadre pour qu’ils partagent leurs connaissances sur les meilleures pratiques autour du monde.

Les technologies qui arriveront bientôt dans les villes — telles que les réseaux mobiles de 5ème génération (5G) ou les sondes omniprésentes — permettront à de plus en plus d’appareils intelligents et de capteurs de se connecter les uns aux autres. Ce bond technologique fait bien plus qu’améliorer les connexions entre les personnes, ou entre les personnes et les machines — il connecte les machines avec les machines. Les possibilités sont infinies : nous pouvons imaginer des villes avec des routes intelligentes qui s’adaptent aux conditions météorologiques, des réseaux intelligents qui contrôlent notre consommation d’énergie et des réseaux de transport intelligents qui permettent aux voyageurs d’aller et venir pendant que leur téléphone mobile enregistre automatiquement le paiement.


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HOW : Quelles sont les villes les plus avancées, les meilleurs « use cases » ? Pouvez-vous par exemple revenir sur le cas de Shanghai ?

JR: Songdo, en Corée du Sud, ville hôte de la plus récente édition du NewCities Summit en juin dernier, est l’un des exemples les plus notables d’une ville intelligente à grande échelle qui met en application le potentiel de l’Internet des Objets. Au cours des 15 dernières années, Songdo a été construite à partir de rien, avec la technologie comme composante de son ADN. Sous la surface, les capteurs et les caméras sont en supervision constante, créant une base de données qui est ensuite relayée à un centre de la ville intelligente.

Shanghai est un autre exemple excellent : le plan « Smart Shanghai » a vite mis en place des systèmes de facturation électronique pour les services publics, ainsi que des bases de données électroniques pour les secteurs de la santé et de l’alimentation. Nous pouvons nous attendre à de bien plus grands développements dans le monde des transports et réseaux intelligents à Shanghai et dans les autres villes chinoises dans les années à venir.

Mais le phénomène est d’envergure globale. L’initiative Ville Intelligente d’Amsterdam se concentre sur les économies d’énergie et l’amélioration de la sécurité publique — elle promeut de nombreux projets développés par des résidents de la ville. Los Angeles a été la première au monde à synchroniser ses feux de circulation pour mieux gérer son trafic et continue à construire des infrastructures intelligentes, avec une emphase particulière sur la mobilité.

Montréal, siège de NewCities, a mis en place une politique de données ouvertes qui permet à plusieurs niveaux du public de mieux coordonner leurs actions ; aussi, la ville a créé l’outil Vue sur la sécurité publique, un dispositif qui fournit un accès direct aux données policières sur la criminalité dans la ville.

HOW : En quoi la smart city devient-elle aujourd’hui de plus en plus dépendante de l’ « Internet of Things » pour résoudre les enjeux des futurs de la ville ?

JR : L’Internet des Objets est un fondement du développement des villes intelligentes du futur. Bien que les villes intelligentes doivent nécessairement être des villes humaines, se concentrer sur des services et la qualité de vie, la technologie est au cœur des outils innovants qui nous aideront à y parvenir. L’IoT permettra à ces villes d’automatiser et d’uniformiser de nombreux procédés, de devenir plus efficaces, et surtout, plus à même de satisfaire les demandes des communautés urbaines. A travers des montagnes de données délivrées en temps réel, les villes seront capables de comprendre le besoin pour les services et infrastructures et seront plus équipées pour y répondre, que ce soit à travers des systèmes d’alerte précoce pour les catastrophes naturelles ou la création de rues plus sécuritaires et à circulation fluide.

L’un des domaines les plus affectés par cette révolution copernicienne est la mobilité. Dans de nombreuses villes, des capteurs sont déjà utilisés pour optimiser le trafic et tracer des données sur les piétons, bicyclettes et véhicules. Entre-temps, les véhicules autonomes vont transformer les concepts fondamentaux du travail et des déplacements : non seulement la façon dont nous utilisons les véhicules, mais aussi nos manières de construire et concevoir les infrastructures de transport telles que les routes, les ponts et les parkings. Ceci changera tout, et fournira une opportunité de faire des humains le point central de l’organisation de nos villes.

Notre tout dernier événement, LA CoMotion, occupera le Los Angeles Arts District en novembre. Il vise à nous interroger sur ce nouveau monde de la mobilité urbaine. En tant que berceau de la culture automobile et ville iconique construite autour du moteur à combustion interne, Los Angeles avance maintenant à grands pas dans la mitigation de ses problèmes de mobilité, et la technologie joue un grand rôle dans cette transition.

HOW : Quels sont les grands acteurs clés de l’écosystème de la tech qui apportent leurs solutions sur les sujets de l’IoT Urbain ?

JR : Il n’y a pas de doute quant au rôle des grandes entreprises comme Cisco, Google, Amazon, Tesla et Intel, pour n’en citer que quelques unes, dans le développement des infrastructures technologiques requises. Elles seront parmi les premières à lancer les produits et services adaptés à l’ère de l’Internet des objets. Des véhicules autonomes et connectés aux livraisons par drone, certaines entreprises sont déjà en train de façonner le futur.

Afin que ces idées soient fructifiées, l’écosystème doit aussi inclure des politiques visionnaires qui ont une vraie volonté de pousser le progrès à travers un cadre de régulations intelligent qui peut encourager l’innovation. Bien des changements amenés par l’IoT sont invisibles. Des dirigeants forts permettront de démontrer la hausse en qualité de vie qui s’ensuit de ces transformations discrètes. Les entreprises elles aussi, doivent montrer à quel point les nouvelles technologies favorisent l’amélioration du mode de vie urbain.

Les entrepreneurs font déjà des vagues en utilisant la technologie de manière originale afin de relever les défis urbains existants. Notre programme de Global Urban Innovators reconnaît beaucoup de ces startups à la pointe du progrès, qui contribuent à résoudre des problèmes dans les villes du monde entier. Un des lauréats de cette année, Zen City, basé à Tel Aviv, utilise l’intelligence artificielle pour obtenir des données en temps réel sur les expériences des citadins et fournir aux administrateurs municipaux des connaissances actionnables sur leur ville. Je pense que de plus en plus de petites entreprises auront un rôle à jouer dans cet écosystème de l’Internet des objets.

HOW : Quels sont les apports pour le citoyen de demain en termes de bien-être ?

JR: Préserver la santé et le bien-être des citadins est essentiel. Les avancées technologiques qui accompagneront l’aire de l’IoT n’amélioreront pas le bien-être elles-mêmes, mais leur application peut certainement nous aider à construire des villes plus intelligentes, plus saines et plus durables.

La qualité de vie est essentielle au bien-être au quotidien. Les espaces publics sont un élément important de l’équation et même les intégrations technologiques les plus simples, telles que l’accès équitable au WiFi, aideront à optimiser l’expérience publique. LinkNYC est un exemple de connexion internet publique à haute vitesse, une nouvelle manière d’utiliser l’espace public et un retour vers un modèle centré sur les personnes qui permettra ces nouveaux usages.

La mobilité est aussi un point critique ici, quand on voit que les solutions de mobilité optimisée (par exemple un meilleur réseau de transport en commun, des systèmes de partage de bicyclettes ou autres solutions de dernier kilomètre) signifient que les individus passent moins de temps en transit et plus de temps à faire ce qu’ils ont à faire.

Enfin, la technologie change la manière dont les citoyens interagissent, entre eux et avec les administrateurs de la ville. Cette connectivité change jusqu’à la façon dont les citoyens s’engagent, en faisant une expérience plus dynamique et fournissant un espace d’expression sur des plateformes autant nouvelles que diverses. Les citoyens ont plus que jamais accès à des tribunes pour donner leur avis sur ce qu’ils attendent de leur ville et sur ce qui améliorera leur mode de vie.

Illustrations(s) par Artur Teodorczyk – CG Society

 

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