L’aversion au risque empêche les startups de gagner en croissance

11 octobre 2017

Partenaire des entreprises qui souhaitent maîtriser leurs risques commerciaux sur le territoire national ou à l’export, Coface est aujourd’hui un acteur de référence en matière de gestion des risques et de protection contre les impayés.

Dans son  dernier livre blanc consacré aux clefs d’une bonne gestion financière et d’un bon développement des entreprises, Coface apporte les conseils nécessaires au pilotage de son activité. Antonio Marchitelli, directeur général de Coface pour l’Europe de l’Ouest et la France, nous rappelle l’importance vitale – autant pour les entreprises matures que pour les toutes jeunes pousses – de disposer des bons éléments d’appréciation sur ses clients et ses marchés d’exportation, pour assurer le succès de ses projets d’expansion.

Hello Open World : Quels sont aujourd’hui les repères essentiels que les jeunes entreprises doivent avoir en tête dans leur démarche de recherche d’investissement ? 

Antonio Marchitelli : Qui dit « jeune entreprise », dit besoin en capitaux pour se développer et donc risque accru. Toutefois, il ressort d’une récente étude de Coface, sur un échantillon de startups du secteur des TIC, que leur taux de défaillances apparaît légèrement moins élevé que celui de l’ensemble des entreprises en France. Cet écart s’explique en partie par la nature de leur financement qui suppose un écrémage en amont : à la différence des entreprises traditionnelles, les startups doivent faire valider leur business model par des investisseurs. Et les solutions ne manquent pas : financement bancaire, financement par Bpifrance pour les startups intégrant une prise de participation minoritaire dans les sociétés, avances de trésorerie, business angels… La justesse et la pertinence du business plan sont les éléments-clés qui vont permettre d’attirer les bons investisseurs.


Lire aussi : Startups : de plus en plus de femmes lèvent des fonds, mais…

Si le financement initial est en soi la condition sine qua non de l’existence de la société, sa connaissance des marchés, des règlementations, des risques sont aussi les conditions nécessaires à sa survie, en particulier dans le cas des entreprises souhaitant exporter rapidement. Envisager des scénarios à risques inhérents au déploiement d’une activité nouvelle n’est pas un réflexe évident de la part des jeunes entreprises. Et pourtant, l’évaluation de ces risques devrait être une étape primordiale. C’est justement une analyse par pays et par secteurs d’activité et l’essentiel des informations sur la santé financière des entreprises que Coface peut mettre à leur disposition, en plus de ses solutions traditionnelles dont, bien sûr, l’assurance-crédit.

HOW : En somme, un bon business plan et une bonne levée de fonds, c’est essentiel mais non suffisant ? 

AM : C’est exactement cela. Les entreprises sont très fragiles lors de leurs premiers mois d’existence. Quand une société se positionne sur un nouveau marché, elle arrive en général avec un niveau de capitalisation relativement faible ; elle ne dispose d’aucun historique lui permettant de garantir le succès des produits et des services qu’elles souhaite lancer et d’aucune garantie sur le caractère captif du marché sur lequel elle atterrit. Un bon investissement de départ constitue bien entendu un vrai capital, mais encore peu d’entrepreneurs envisagent le fait qu’ils devront parer à certains obstacles ou imprévus qui grèveront leurs plans de départ.

L’information est la meilleure alliée de l’entrepreneur, qui ne peut considérer son projet d’entreprise comme une construction déconnectée de ses futurs environnements règlementaires, économiques et politiques. La solvabilité de ses futurs clients est ainsi par exemple une donnée clé qu’il doit pouvoir évaluer en amont, s’il veut pouvoir préserver sa trésorerie et ses marges. Rappelons qu’aujourd’hui 1 faillite sur 4 en France est liée à un impayé, un chiffre qui doit alerter l’entrepreneur sur la nécessité de se renseigner au préalable, tant à l’échelon national qu’à l’international, notamment sur des marchés géographiquement proches mais qui peuvent parfois réserver de mauvaises surprises. La culture entrepreneuriale doit aujourd’hui et plus que jamais être accompagnée par plus de sensibilisation sur les vertus-clés de l’information économique.

HOW : En France, la situation des jeunes entreprises, dont les startups innovantes, est-elle plus enviable que celle d’autres pays ?

AM : La France présente aujourd’hui clairement des conditions de développement propices à l’innovation. Souvent, la capacité d’innovation d’un pays se mesure par le nombre de dépôts de brevets. La France se situe au-dessus de la moyenne de l’Union européenne avec 31 brevets par habitant. Par ailleurs, le marché a gagné en compétitivité, le pacte de responsabilité, l’autonomisation des universités ou encore le crédit impôt recherche contribuant fortement à ce regain de dynamisme. Le contexte du Brexit a aussi renforcé Paris comme une place économique forte, tout comme l’émergence d’initiatives et d’activités innovantes, à l’instar de Station F ou de Vivatech.

Cependant, en contraste avec ces conditions très favorables, il faut aussi constater que certains freins culturels subsistent. L’aversion au risque, à laquelle de nombreux entrepreneurs potentiels seraient confrontés, s’avère un problème majeur en France. Nous avons étudié le degré de formation de la population, l’accès au financement et l’attitude face à l’échec dans 14 pays avancés, pour conclure que la France se place en bas de cet échantillon, devant l’Espagne et l’Italie, au côté de l’Allemagne mais loin derrière les pays nordiques et la Suisse. Cette prudence qui caractérise les Français est entretenue par une perception de l’échec spécifique : si dans certaines sociétés l’échec fait partie intégrante de la réussite, le modèle français, à l’inverse, considère qu’il doit être évité à tout prix.

A lire aussi

La communauté des leaders de l'innovation

Innovating in good company

Rejoignez-nous