Le sport, un tremplin pour changer le monde ?

23 juillet 2019

Industrialisation, digitalisation… le sport connaît de grandes transformations. Mais comme les autres secteurs, il ne peut s’affranchir des défis sociétaux. Comment la technologie peut-elle se mettre au service de ces grands enjeux ? Éléments de réponse avec Mark Wyatt (KPMG), David Blough (Play International) et Jean-Paul Tony Helissey (Vice Champion Olympique).

« Le sport a le pouvoir de changer le monde » disait Nelson Mandela. Et l’histoire semble lui donner raison tant les événements sportifs ravissent des foules toujours plus nombreuses et fidèles. Miroir du monde, le sport change avec lui. Il se féminise et se digitalise grâce à des outils technologiques toujours plus sophistiqués, se diversifie et se démocratise à mesure que le monde s’ouvre… des métamorphoses qui génèrent d’importants flux financiers et qui poussent cette jeune industrie à se professionnaliser et dessinent les contours de ce qu’on appelle déjà le sport 4.0.

« Le secteur du sport n’a pas forcement toujours été, par le passé, considéré comme un secteur à fort potentiel. Mais on constate aujourd’hui les hausses régulières des budgets des grandes compétitions, des droits audiovisuels et marketing associés à des innovations de rupture comme la réalité virtuelle témoignent d’un changement de paradigme qui font du sport une industrie de plus en plus attractive pour des fonds de private equity notamment  dans le football et les sporting goods », décrit Mark Wyatt, associé Corporate Finance chez KPMG.

Plus de sport dans la société, une question de vie ou de mort

Des innovations en pagaille, de l’argent frais, des JO 2024 en ligne de mire… le secteur privé a bien saisi les enjeux économiques du boom de l’industrie sportive et s’organise pour accompagner ce mouvement. Mais cette tendance doit rapidement s’accompagner d’une prise de conscience mondiale sur les enjeux sociétaux du sport. Et il y a urgence ! L’OMS déplore le manque d’efforts dans ce domaine et multiplie les piqûres de rappel aux Etats devant le problème de la sédentarité. L’organisation spécialisée de l’ONU parle d’un fléau mondial. « Il y a clairement un sujet, il faut que l’on mette en place de nouvelles solutions. Selon l’OMS, la sédentarité est la 4ème cause de mortalité dans le monde », acquiesce David Blough, directeur de Play International.

Comment expliquer cet immobilisme alors que le sport s’affiche partout, sur nos écrans et dans nos villes ? « La pratique sportive de mon fils se résume à League of Legends. Comment inciter les enfants à pratiquer une activité sportive dans une société d’instantanéité, de plaisirs rapides illustrés par les likes ? Le sport demande de progresser, de l’entraînement, un projet dans la durée… mais ceci entre en totale contradiction avec notre société d’aujourd’hui », note et s’interroge Mark Wyatt. « Je pense qu’une des manières de le faire, c’est d’utiliser le sport pour apporter des réponses aux externalités négatives de cette tech avec la problématique d’addiction aux écrans et de l’éducation numérique. On peut utiliser de nouvelles approches pour aider les enfants à comprendre que passer six heures par jour devant un écran n’est pas forcement ce qu’il y a de meilleur pour eux, pour leur santé et leur sommeil. L’éducation numérique, c’est aussi comprendre que l’information qui est très accessible grâce au digital et la tech est une formidable opportunité pour remettre les enfants en mouvement », explique David Blough qui nous rappelle justement que les jeunes générations sont les premières à voir leur espérance de vie diminuer.

Le « sport inclusion », un travail d’équipe

Le directeur de cette association de solidarité internationale ne s’attarde pas seulement sur les considérations sanitaires mais évoque également un enjeu d’inclusion par le sport. Et les nouvelles technologies peuvent là aussi jouer un rôle prépondérant : « la tech est une vraie opportunité pour travailler sur l’accessibilité, mais aussi sur les logiques d’impact social. Qu’apprend-t-on quand on pratique du sport ? Il y a un terrain qui est relativement vierge, il y a un espace pour de l’innovation sociale qui est extrêmement important parce que cette vision du sport et cette association avec ces logiques d’impact social est assez nouvelle. On parle souvent de sport loisir et de sport business. Il faut que l’on parle davantage de sport santé, de sport impact social… et pour ça la tech est un incroyable levier », ajoute David Blough.

Facteur d’épanouissement, de bien-être et de santé, vecteur d’inclusion, moteur de résilience et de dépassement de soi, les apports bénéfiques du sport ne sont plus à démontrer. A l’image du travail de David Blough, qui voit le sport comme un levier d’innovation sociale, des initiatives prennent le relais des Etats comme le projet PlayIn, programme européen pour l’inclusion des NEET’s par la pratique sportive. Ou encore Zéro Project qui promeut le sport inclusif dans les écoles britanniques, très en avance en la matière. Des problématiques réelles, des technologies matures… « Il faut maintenant réconcilier secteur public et secteur privé pour faire en sorte que les enfants et les populations accèdent au sport, pour s’engouffrer dans l’ère du « sport inclusion », suggère Mark Wyatt.

Certaines marques prennent leur part, et n’hésitent plus à jouer la carte du sport pour tous. On pense au hijjab de running de Décathlon, aux modèles « plus size » de chez Nike et son sponsoring stratégique de Serena Williams, championne de tennis et héroïne d’un spot publicitaire pour lutter contre l’inégalité des sexes ou encore l’allemand Adidas et sa collection spéciale « le football pour tous ». Comme souvent, le monde économique nous donne la preuve qu’il va plus vite que les Etats pour se montrer une nouvelle fois un véritable game changer.

Des événements sportifs qui doivent apporter des solutions aux enjeux de nos sociétés modernes

« Il va y avoir les championnats d’athlétisme en 2020. Tous ces événements sont de vraies opportunités pour décloisonner les différents secteurs. Je pense que ces éléments doivent être des catalyseurs permettant aux ONG, aux entreprises et au public de travailler ensemble et je pense qu’il y a cette dynamique globale qui va alimenter ces progrès en matière d’utilisation de la tech pour apporter des réponses en matière d’accès au sport et en matière d’accès à l’éducation », explique David Blough.

De son côté Jean-Paul Tony Helissey, escrimeur, vice-champion olympique français et consultant pour KPMG, estime que les prochains JO doivent être au service de la cohésion nationale : « Un grand événement comme Paris2024 doit être un moment marquant pour toute une génération. Au-delà des infrastructures construites, c’est aussi un héritage, une harmonie au sein de la population française. Nous devons porter ce projet olympique tous ensemble pour vraiment avoir un impact à plus long terme. » De quoi justifier le lancement de la plateforme ESS2024 avec sa promesse « Réussir les premiers Jeux durables, inclusifs et solidaires de l’histoire ». Pour rappel, en février 2017, seulement 63% des Français apportaient leur soutien à la candidature française et 23% s’y opposaient totalement.

La France a, depuis une dizaine d’années, mis en place une politique ambitieuse d’accueil de Grands Evènements Sportifs Internationaux (Euro 2016, Rugby 2023 etc.). Ces grands événements souffrent cependant d’une image dégradée auprès du grand public qui remet en cause leurs coûts élevés d’organisation, leurs faibles retombées économiques et sociales et leur impact environnemental. Le grand défi pour les organisateurs publics et privés est donc d’assurer un fort dividende citoyen via la prise en compte des enjeux sociaux d’inclusion mais aussi en faisant de ces compétitions des vitrines de notre savoir-faire technologique et touristique.

La technologie doit permettre de faire vivre l’événement au plus grand nombre, d’apporter des solutions économiques, sociales et environnementales pour un héritage durable. Et le sport doit penser son essor avec le souci de respecter son essence collective et universelle. La condition sine qua non pour changer le monde ?

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La rédaction HOW

par L'ADN

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