Les néobanques attirent les Français mais sont toujours dans le rouge

17 juillet 2018

Les banques mobiles n’ont jamais eu autant de succès, pourtant elles peinent toujours à être rentables. Faut-il avoir peur de ces banques dans le rouge ? Comment (et quand) comptent-elles être bénéficiaires ?

36% des ouvertures de comptes bancaires en France en 2017 ont été faites dans des banques mobiles ! Voici ce qui ressort de l’étude que l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR) va publier en septembre d’après Les Echos.

Ces nouvelles banques sont encore loin de faire de l’ombre aux institutions traditionnelles – elles ne représentent que 5% du marché bancaire français – mais cela pourrait bien changer si elles continuent leur croissance à ce rythme. Elles auraient ouvert pas moins de 1,3 million de comptes bancaires en 2017, selon les informations obtenues par Les Echos, augmentant leur nombre de clients d’un tiers. Fin 2017, les 12 principales banques en ligne et néobanques (« mobile-first » ou « mobile-only ») passées au crible par l’ACPR (Boursorama, HelloBank, Orange Bank, Nickel, N26, pour citer les plus connues) revendiquaient un total de quatre millions de clients.

Tout cela inquiète l’ACPR qui voit d’un mauvais œil la croissance extrêmement rapide de ces entreprises qui n’arrivent pas à atteindre la rentabilité. Elle craint que ces banques ne créent des perturbations qui pourraient nuire à la stabilité financière. « Le gendarme bancaire s’est interrogé sur leur rythme de conquête de clients, la rentabilité de leurs différents modèles économiques, leurs investissements marketing, leur proportion de clients actifs par rapport à ceux qui sont plutôt opportunistes, etc. », explique une source à Les Echos. Les conclusions de l’ACPR seront communiquées à la rentrée.


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Autre raison de croire que les banques mobiles n’ont pas fini de grandir : l’explosion du nombre d’acteurs. 2017 a en effet vu le lancement du compte C-Zam de Carrefour en avril et celui de la banque mobile d’Orange en novembre.

homme devant son ordinateur avec téléphone et carte bancaire

Nickel, Boursorama, Orange Bank, HelloBank… Les banques digitales se développent à une vitesse folle ! Image de PeopleImages

Mais pourquoi ne sont-elles pas rentables ?

Les craintes de l’ACPR sont fondées. Les Echos a consulté les comptes annuels de ces néobanques et banques en ligne publiés au BALO (Bulletin des Annonces Légales Obligatoires). Elles ont un point en commun : elles n’engrangent pas de profits. En 2017, Orange Bank a réalisé une perte nette de 75,9 millions d’euros, Boursorama (Société Générale), pionnière du secteur, une perte de 48,8 millions d’euros. Toutes les banques mobiles, quelle que soit leur taille, connaissent le même destin.

C’est le modèle même de ces banques que l’ACPR aimerait interroger. Elles proposent toutes en effet des offres basiques plus ou moins gratuites et se rémunèrent sur les formules premium, les options payantes et les produits bancaires plus rentables (comme les crédits à la consommation, les assurances ou les produits d’investissements). C’est là que le bas blesse car si les Français, curieux, sont partants pour tester de nouvelles offres, ils ne semblent pas prêts à quitter définitivement leur banque d’origine. En 2017, selon le rapport à paraître en septembre, seuls 4,5% des clients auraient réellement changé de banque. Chez Boursorama, 61% des clients n’ont ainsi payé aucun frais bancaire en 2016, peut-on lire sur Le Monde.

A l’étranger, des banques de la FinTech commencent à être rentables, comme Revolut. Un quart des 1,5 million de clients de cette néobanque utilise cette appli pour effectuer des dépenses quotidiennes. Résultat, la startup avait annoncé le 26 février avoir franchi le seuil de la rentabilité fin 2017, soit deux ans et demi après sa création. Mais cette rentabilité ne devrait pas durer.  « On ne le sera de nouveau plus en 2018 car on se lance sur trois continents et ça demande des capitaux », a expliqué Benjamin Belais à Numerama en février 2018.

téléphones application Revolut

A l’étranger, les néobanques comme Revolut ont réussi à s’imposer dans le quotidien de leurs clients. Qu’en-est-il en France ? Images par Revolut.

En effet, chaque lancement d’une banque mobile dans un nouveau pays coûte cher. Ces banques ne lésinent pas sur la publicité et n’hésitent pas à offrir de généreuses primes de bienvenue à leurs clients. Les dépenses sont élevées et les entrées d’argent réduites puisqu’il faut attendre que la clientèle se mette à souscrire des offres payantes.

Cette attitude agressive s’inscrit dans une stratégie de marché en éclosion. Ces banques sont convaincues que les banques traditionnelles vivent leurs derniers jours et sont donc prêtes à tout pour s’imposer sur ce nouveau marché avant qu’il ne se structure.

Un pari incontournable

Elles sont loin d’être les seules à avoir fait ce constat. Les fonds d’investissement cherchent eux aussi à soutenir une de ces néobanques qui dévoreront dans le futur les acteurs traditionnels. Revolut, par exemple, a levé 340 millions de dollars depuis son lancement en 2015, ce qui lui vaut d’être valorisée 1,7 milliard de dollars.


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Le secteur attire aussi de grands groupes extérieurs tel que Orange qui a lancé son offre Orange Bank fin 2017. Son rival Altice, maison mère de l’opérateur SFR, a annoncé lancer une banque à l’échelle européenne d’ici 2019. Selon Nicolas Babel, directeur au sein du cabinet D-Rating, contacté par Capital, ces telecoms ne s’attendent pas être rentables avec ces activités bancaires mais à créer de la fidélité. Le projet ne devient rentable « que si un client à la fois bancaire et télécom change moins souvent d’opérateur télécom que précédemment », explique-t-il.

Les startups ne sont pas seules dans la course. Les banques traditionnelles développent leurs propres offres, en interne ou via des acquisitions. Le groupe BNP Paribas, par exemple, a développé la banque en ligne Hello Bank! avant de faire l’acquisition de la banque mobile Compte-Nickel, rebaptisée Nickel. La stratégie est défensive. « Certes la banque en ligne n’est pas rentable, mais en avoir une, c’est éviter de prendre le risque de se faire manger par la concurrence, c’est prendre une option pour l’avenir », explique un banquier qui a préféré rester anonyme à Le Monde.

Pour les néobanques indépendantes, le salut ne viendra que de la vente de nouveaux produits, crédit ou épargne, ce qui nécessite de s’associer avec des partenaires bancaires autorisés, qui prendront bien sûr leur part, ou de décrocher une licence bancaire. Et c’est bien ce que nombre d’entre elles essaie de faire.

Image d’en-tête par Revolut

La rédaction HOW

par L'ADN

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