Les robots, nouveaux fermiers de la Chine ?

La population chinoise comptera bientôt 1,4 milliards d’habitants et autant de bouches à nourrir. Face à une agriculture vieillissante et peu rentable, le gouvernement réalise de lourds investissements dans les technologies agricoles permettant à l’offre et aux infrastructures de satisfaire cette demande.

Au vu des nouvelles habitudes alimentaires de ses 1,4 milliard d’habitants, la Chine en a grandement besoin. Avec l’amélioration de leur niveau de vie, les Chinois changent leur régime alimentaire. Selon Usbek et Rica, la consommation de produits laitiers a été multipliée par six dans les zones rurales entre 1995 et 2010, et la consommation de viande par trois entre 1990 et 2016.

Des besoins alimentaires croissants

Ce changement d’habitudes alimentaires nécessite soit d’importer des denrées alimentaires – ce que le pays honnit – soit de changer et d’intensifier les activités fermières et la production agricole. En effet, élever plus d’animaux suppose de faire pousser davantage de céréales pour les nourrir, ce que les paysans chinois ne sont pas en mesure de faire. 

Du fait de leurs technologies bien trop rudimentaires, les paysans, eux-mêmes vieillissants, sont en effet incapables d’assurer une productivité agricole accrue. Le gouvernement les aide donc à se munir de technologies telles que des tracteurs et drones autonomes capables de travailler la terre et d’appliquer des pesticides, herbicides et fertilisants.

drones aspergeant une rizière de produits phytosanitaires
Pour adapter les productions agricoles aux nouvelles habitudes alimentaires de la population, le gouvernement chinois entend déployer drones et tracteurs autonomes dans les fermes du pays. Image par Zapp2Photo

La technologie au service de l’agriculture

Pour répondre au défi démographique de son pays, la Chine mise donc sur l’automatisation. Après s’être attaqué à l’automatisation de ses usines avec le plan Made In China 2025, adopté en 2015, le gouvernement chinois entend moderniser les fermes de son pays. De nouvelles solutions technologiques sont en train d’éclore dans l’ensemble du pays pour garantir la sécurité alimentaire et donner aux agriculteurs une plus grande liberté économique.

La robotisation de l’agriculture est l’une des pistes envisagées. Des robots sont ainsi déployés dans les petites fermes familiales du pays pour les rendre complètement autonomes afin d’assurer de meilleurs rendements agricoles, révèle Usbek et Rica. Ce plan sera d’abord testé dans la région de Jiangsu, à l’est du pays, où un programme pilote sur sept ans a été annoncé en juin 2018.

En parallèle, l’intelligence artificielle permet aux agriculteurs de rationaliser leur travail et améliorer leur efficacité. L’année dernière, Alibaba a annoncé le lancement du « ET Agricultural Brain », une application soutenue par l’impressionnante infrastructure informatique de l’entreprise qui permet aux agriculteurs d’étudier et d’optimiser leurs cycles de production, et ainsi réduire leurs coûts de production. « L’introduction de l’intelligence agricole basée sur le cloud ​​vise à aider les agriculteurs chinois à augmenter leurs rendements agricoles, par exemple en les aidant à potentiellement gagner 1 000 dollars (880 euros) pour le riz par acre de terre« , a ainsi déclaré Simon Hu, le président d’Alibaba Cloud.

Des scientifiques chinois ont également fait des découvertes prometteuses, notamment sur les variétés de riz à haut rendement et les cultures génétiquement résistantes à certains types de maladies et d’insectes. Les développements ultérieurs dans le domaine de la vaccination sont également significatifs. Par exemple, les vaccins protégeant le bétail contre le virus H7N9 de la grippe aviaire se sont révélés efficaces. L’utilisation de l’IA et des big data est également utilisée pour gérer plus efficacement les ressources en eau, lutter contre la pollution et favoriser le recyclage des déchets agricoles.

Dans les années à venir, l’application de ces technologies modifiera considérablement la manière dont le pays fabrique ses aliments et les distribue à la plus grande population du monde. Le pays est déjà bien avancé, selon le rapport de la CAAS, qui indique que ces processus technologiques ont contribué à 57,5% de la croissance agricole de la Chine l’an dernier.

L’utilisation de technologies de pointe peut être un fer de lance de l’agriculture chinoise, mais représente aussi la mise au ban de millions de paysans en activité. Ces derniers pourront-ils se reconvertir ? Dans tous les cas, l’automatisation de l’agriculture est bien entamée et s’adapter à ces technologies émergentes est donc un impératif pour les agriculteurs.

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