“L’open banking ajoute de la concurrence et de l’innovation”

1 avril 2019

Nouamane Cherkaoui est le Directeur des Systèmes d’Information du FAP chez Franfinance – Filiale de la Société Générale. Observateur attentif des évolutions technologiques du secteur bancaire, il analyse pour HOW l’impact de l’open banking.

HOW : Qu’est-ce que l’open banking ?

N.C. : C’est un terme générique qui peut désigner un système ouvert au développement et à l’intégration de services avec le recours à des technologies spécifiques pour y accéder. C’est la convergence entre services, data et digital. L’Open Banking a été mis en avant avec la directive européenne DSP2 relative aux paiements (adoptée en janvier 2018, NDLR). Néanmoins, l’open banking n’est pas une nouveauté car on parlait déjà de mise à disposition de produits en marque blanche dans tous les domaines. C’est aussi une forme d’open service.

Que change l’open banking pour les banques ?

La directive DPS2 oblige les banques à ouvrir leur système d’information par l’intermédiaire d’API et partager des données clients (à leur demande) avec des tiers, y compris des concurrents. Cela permet d’ouvrir les services bancaires. Face aux Fintech qui bousculent ce marché, les acteurs historiques doivent avoir une agilité et une prédisposition à prendre les devants. Aujourd’hui, si les banques ne proposent pas une alternative crédible et ouverte, elles risquent de perdre une partie de leurs clients à terme ou être désintermediées. Cela ajoute de la concurrence mais pousse aussi à accélérer l’innovation au service du client. L’offre de services financiers est en train de se redessiner.

Quelles opportunités crée l’open banking ?

A mon sens, il y a globalement 2 stratégies possibles pour permettre un repositionnement clair.

Soit les banques sont suffisamment matures en termes de technologie et d’offres de services, et peuvent développer et pousser leur propre plateforme et leurs propres services financiers ou en marque blanche.

Soit elles vont proposer une variété de solutions mises à disposition par des tiers pour ses propres clients. Et même aller plus loin en laissant au client le choix de la meilleure offre possible dans une logique de marketplace, dispositif qui pourrait garantir leur fidélité.

Quel que soit le choix ou l’orientation stratégique, cela passerait aussi par des partenariats avec les acteurs Fintech du marché dans un logique win-win. C’est ce que nous faisons chez Franfinance. Nous avons par exemple développé un partenariat avec Netheos qui est une plateforme API en mode SaaS qui accélère et automatise les parcours client d’entrée en relation et de souscription digitale, pour proposer un service de signature électronique. Nous avons également développé une association pour une offre de crédit en ligne avec Yelloan via un chatbot.

L’open banking repose sur l’ouverture des systèmes d’information des banques et le partage des données clients via une API. Comment fonctionne cette interface ?

Une API est une interface qui permet d’accéder à des données ou à un service sans avoir à le développer. Par exemple, si vous avez un site d’e-commerce et que vous souhaitez ajouter un service de paiement, vous pouvez intégrer l’API de Paypal ou de Hpay. Avec l’open banking, les banques vont pouvoir proposer de nouveaux services inédits. Tout l’enjeu consiste à proposer une intégration simple et sans couture, c’est-à-dire capable d’assurer une expérience client fluide et sans friction à l’égard des consommateurs ayant un parcours cross-canal. Cela soulève la question de la normalisation des API car aujourd’hui, nous ne sommes pas encore arrivés à une norme partagée. Le sujet est en cours avec les standards techniques (RTS) dans le cadre de la DSP2.

Toutes les données des banques seront-elles vraiment ouvertes à tous ?

Non et ce pour deux raisons. D’une part, le partage des données doit être fait avec l’accord du client et avec son consentement. Avec OAuth 2.0, qui est une norme de sécurité, les demandes sont envoyées par les tiers à travers ce dispositif et les clients peuvent aussi révoquer leur consentement et refuser à tout moment que ses données soient partagées.

D’autre part, il existe différents choix et types d’API : les API privées internes (banques traditionnelles), les API semi-ouvertes (modèle mixte) et les API totalement ouvertes (modèle de banque en rupture). Ces API correspondent aux différentes stratégies d’APIsation des banques : se positionner stratégiquement sur le degré d’ouverture des données et des systèmes qu’elles souhaitent mettre en place, et quel business model quant à la monétisation des API.

L’open banking va-t-il élargir le rôle de la banque ?

La banque a déjà un rôle plus large que celui de simple financier. Elle a un rôle de conseil et d’accompagnement de ses clients à différents stades de la vie et selon leurs différents projets. La question est : la banque a-t-elle vocation à aller plus loin ? Personnellement je ne le crois pas. Je pense qu’une banque doit se diversifier sans s’éparpiller. Pour rester cohérents, les services additionnels proposés par une banque doivent rester en lien avec le cœur de métier. Demain, la banque jouera un rôle de facilitateur et proposera des services enrichis, intégrés et de qualité. Les clients demandent des parcours faciles, simples et une expérience client enrichie. Le vrai enjeu est de garder le contrôle sur l’interface et la relation avec le client.

L’open banking pourrait-il accentuer les risques en matière de sécurité des données ?

Les banques ont toujours mis un point d’honneur à protéger leurs données et la vie privée de leurs clients. Les API sont des actifs importants et critiques dans les banques. Le renforcement de l’authentification des utilisateurs et de la sécurité depuis leur conception en s’astreignant des règles de sécurité drastiques sont au cœur des préoccupations des banques.

La rédaction HOW

par L'ADN

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