L’Open Banking : un avantage concurrentiel pour les banques

29 avril 2019

Face à l’obligation de partager leurs données avec d’autres acteurs financiers, les banques craignent une désintermédiation de la relation client. Pourtant, certains acteurs voient dans cette évolution de réelles opportunités.

A qui profitera la révolution de l’Open Banking ? Depuis le 13 janvier 2018, la directive européenne DSP2 oblige les établissements bancaires à rendre accessibles les données de leurs clients (sous réserve de leur accord) à des acteurs tiers, c’est-à-dire les banques concurrentes, néo-banques, les Fintechs, les sociétés high-tech et les agences de crédit afin de permettre à ces derniers de créer des applications et des services autour des institutions financières.

Résultat : l’Open Banking promet de démocratiser l’accès aux données financières, historiquement détenues par les banques. Une petite révolution pour le secteur bancaire, plutôt habitué à veiller (jalousement) sur ses données… Pour comprendre les enjeux de ce bouleversement annoncé, KPMG a organisé le 18 avril une HOW Expériences consacrée aux stratégies d’Open Banking mises en place par certains acteurs innovants. De quoi inspirer aux professionnels du secteur les stratégies et les business model de demain.

Open Banking : les banques aussi peuvent tirer leur épingle du jeu

Pour Stéphane Dehaies, Partner Strategy & Business Transformation chez KPMG France, l’objectif initial de l’Open Banking est de « créer de nouvelles offres pour le consommateur. Et de le faire à plusieurs dans un secteur où longtemps les banques étaient seules ». Il explique également que « de nouveaux acteurs sont en train de transformer l’écosystème en réorientant tout le modèle opérationnel autour de l’expérience client ».

Or, par crainte d’une désintermédiation de la relation client, la majorité des établissements bancaires sont longtemps restés prudents en matière d’Open Banking. Selon l’étude PSD2 : Driving digital transformation in banking réalisée par l’Efma et Microsoft, 53 % d’entre elles craignent la perte de contact avec leur clientèle. Pourtant, l’Open Banking peut aussi profiter aux banques, notamment pour se différencier au sein d’un marché bancaire saturé. « Les banques seront les premières à bénéficier de cette ouverture », appuie Clément Coeurdeuil, dirigeant de la Fintech Budget Insight. Il poursuit : « Avec les opportunités qui s’offrent à elles, ce n’est plus seulement leurs marques ou leurs agences qui distribueront leurs produits mais également tous les cas d’usage, c’est-à-dire toutes les marques, tous les e-commerçants qui pourront les distribuer et ainsi leur faire gagner de l’argent ».

Une opinion que partage Eric Lassus, Co-fondateur de Treezor, une plateforme qui facilite la gestion des paiements pour les marchands, banques : « Ce n’est pas parce qu’une banque autorise des tiers à développer un système qui permet à ses clients une utilisation plus simple des services financiers qu’elle perd sa puissance ou son service. Au contraire, elle pourra gagner en puissance en étant capable d’accompagner des cas d’usage et même gagner en crédibilité. Mais là effectivement, c’est un problème plutôt stratégique et notre travail est d’évangéliser ce discours ».

Le time to market : un enjeu stratégique

Le véritable enjeu pour les banques de détail serait donc d’utiliser cette nouvelle réglementation comme un levier de transformation. Et éviter, notamment, d’être dépassées par des acteurs Fintech plus agiles ayant développé des outils pour améliorer l’expérience utilisateur. Pour Clément Coeurdeuil, « cela donne de l’agilité au banquier et lui permet de créer des services financiers intégrés dans les usages, mais aussi de mettre en relation d’autres Fintechs qui travailleront en synergie avec la banque afin de développer cette agilité ». Il poursuit : « s’ils ne choisissent pas de s’accompagner des Fintechs pour développer ces nouveaux usages, une transformation majeure du système d’information peut leur coûter des milliards et prendre beaucoup de temps. Il ne faut surtout pas oublier le temps de mise sur le marché ».

En effet, tous les intervenants s’accordent sur cet enjeu crucial : le time to market (soit le temps de mise sur le marché) qu’ils jugent comme très long au sein des institutions bancaires classiques.

Le cofondateur de Treezor l’affirme : « Il est difficile de faire comprendre aux banques la nécessité d’une prise de décision rapide et pouvoir ainsi sortir des produits en 4 mois. Et même si la tentative est infructueuse, elles auront au moins évité de dépenser des centaines de millions sur des choses inutiles ».

Une contrainte à laquelle fait également face Benjamin Ducousso, fondateur de la start-up Wizbii qui propose, entre autres, des solutions de crédit aux étudiants : « Même si nous avons la capacité de tout faire en interne, il y a certains produits que nous allons sous-traiter et ce parce qu’ils sont déjà rendus disponibles par une autre start-up. Cette contrainte de délai me force à me disrupter moi-même, mais crée un nouveau modèle économique basé sur le partenariat ».

La rédaction HOW

par L'ADN

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