Mise à l’échelle de l’innovation : comment passer du POC à l’industrialisation ?

Le processus qui conduit de l’idée initiale à la mise sur le marché d’un produit ou service est souvent semé d’embûches. Comment obtenir des résultats rapidement ? Quelles opportunités de collaboration avec les grands groupes ? On fait le point sur ces défis, en compagnie de trois experts : Thomas Fayon (Styckr, solution de risk management) côté start-up, Fabrice Perrin (AXA) côté grand groupe et Julie Caredda (KPMG).

En matière d’innovation, l’échec serait une vertu. « Proof-of-concept (POC) signifie bien « tentative », soulève d’emblée Fabrice Perrin. Une innovation sans échec n’en est finalement pas une ! » Il est vrai que le processus d’innovation est, de fait, semé d’embûches. Mais il est toujours possible de tirer parti de ces difficultés. Nos experts partagent leurs retours d’expérience.

Créer un avantage compétitif

« Innover, c’est avant toute chose réussir à créer un avantage compétitif », poursuit Fabrice Perrin. Et les grands groupes sont particulièrement attentifs à ce qui se passe sur leur marché. Pour les start-up, l’une des premières difficultés consiste donc à « démontrer qu’elles apportent une valeur autre que celle que les grands groupes ont déjà été capables de générer », appuie Thomas Fayon.

Une fois repérée, la start-up peut alors espérer collaborer avec un grand groupe, en intégrant le lab ou l’incubateur de ce dernier. « Les processus d’intégration et de validation sont avant tout de la gestion du risque, note Fabrice Perrin. Et tout cela dépend de la temporalité. Si le groupe croit à l’idée, il peut choisir de lancer directement une incubation, avec financement, prise de participation, aide à la structuration, etc. »

Réussir le passage à l’échelle

« La seconde difficulté se présente lors du passage d’un environnement protecteur, comme les labs ou les incubateurs, à un environnement concurrentiel à la suite de la mise sur le marché », analyse Julie Caredda. Cette phase correspond en effet à un moment charnière : celui où l’on cesse de financer à perte son projet, pour passer à l’échelle et amorcer la phase d’industrialisation.    Pour Thomas Fayon, l’un des pièges à éviter est de « vouloir trop améliorer son produit avant le lancement. Car on court alors le risque de développer des fonctions qui n’ont aucun intérêt pour les industriels. »

A l’inverse, ce dernier recommande d’identifier très tôt les bons interlocuteurs qui faciliteront le lancement du POC, et de réaliser très vite un pilote. « Globalement, plus on sort des process, plus l’innovation est rapide », poursuit-il. « Mais il y a un revers à la médaille : si je travaille en dehors du cadre de l’entreprise, l’intégration sur un marché peut être douloureuse. »

Stabiliser sa structure financière

Une autre phase importante est le moment où un grand groupe décide d’acheter une innovation, et de la déployer. « L’enjeu principal n’est pas tant le process, mais plutôt l’état d’esprit, souligne Fabrice Perrin. Il faut accepter de se dire que l’on est face à une start-up, donc une structure plus fragile. » Côté start-up, « l’enjeu principal consiste à établir la stabilité financière qui permettra d’assurer la continuité du service, insiste Thomas Fayon. Surtout lorsque l’on s’appuie sur de la data. Il faut assurer le traitement, le stockage de millions de données, et cela a un coût ».

Le réflexe ‘compliance’

« Souvent, les jeunes pousses ouvrent la voie et ancrent leurs produits sur des nouveaux outils, comme l’intelligence artificielle. Or, les services de contrôle en entreprises sont un peu en retard dans l’intégration de ces nouveaux critères, pointe Fabrice Perrin. Il est donc fondamental pour les start-up d’embarquer ces profils dès le départ. Elles seront scalables bien plus facilement par la suite. A vrai dire, ne pas anticiper cet aspect revient à se couper de la scalabilité », appuie-t-il. « C’est la raison pour laquelle les entreprises forment de plus en plus de profils de collaborateurs « bilingues », qui sont autant capables de parler de données privées, que de comprendre ce qu’est l’analytique », conclut Julie Caredda.

La rédaction HOW

par L'ADN

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