Quel nouveau contrat social pour la smart city ?

28 juin 2019

La smart city est déjà le lieu de tous les challenges. Comment faire de la ville connectée un espace social sûr et inclusif ? Comment concilier récolte et analyse des données avec respect de la vie privée ? Comment éviter d’accentuer la fracture numérique ? Pour évoquer ces enjeux, Sylvie Jéhanno (PDG de Dalkia) et Olivier Roussat (Directeur général délégué du Groupe Bouygues et Président de Bouygues Telecom) se sont prêtés au jeu des questions/réponses avec Xavier Fournet (Associé KPMG), à l’occasion de VivaTech.

Placer l’humain, l’usager, le citoyen au centre

Lorsque l’on évoque la smart city, la première question à se poser c’est « au service de quoi ? ». « En effet, l’hyper-connectivité des villes intelligentes ne doit pas renforcer les inégalités, et isoler les gens », explique Sylvie Jéhanno. La smart city doit avant tout être au service des citoyens.

On peut ensuite se pencher sur les améliorations permises par un usage systématique de la data. Cela peut permettre un gain de temps – en fournissant une analyse fine des encombrements sur la route, la data peut aider à fluidifier le trafic – ou une optimisation dans l’utilisation des ressources et ainsi participer à la lutte contre changement climatique. La smart city peut se mettre au service de la transition énergétique. « Je pense évidemment à la grande chaufferie alimentée à partir de biomasse qui vient d’être inaugurée à Lyon. Il s’agit du premier projet de cette ampleur en France, qui repose sur des énergies renouvelables. Dans ce cadre, la data nous a permis de connecter plus de mille points de livraison », ajoute-t-elle.

Mais si la ville doit être « smart », elle doit surtout être respectueuse de ses occupants. Et cette réflexion conduit à un paradoxe : pour mieux servir l’humain, on est parfois amenés à collecter un grand nombre d’informations sur divers éléments liés à la vie quotidienne. C’est le cas notamment dans le secteur de la construction. « Les bâtiments à énergie positive reposent sur l’analyse de données. On est donc très vite confronté à la question de l’acceptation des utilisateurs qui s’inquiètent de la préservation de leur vie privée », appuie Olivier Roussat. La polémique sur les compteurs intelligents Linky illustre parfaitement cet enjeu. Le challenge est donc de pousser ces évolutions, qui permettent d’avoir une meilleure connaissance de l’utilisateur final, tout en préservant les libertés individuelles.

Proposer un socle de confiance

« On a l’impression que plus on avance, plus la marge est ténue entre les bénéfices du service rendu et les contraintes liées à la préservation des libertés individuelles », remarque Xavier Fournet. La Chine, pays pionnier en matière de développement des smart grids (réseaux électriques intelligents) ou smart buildings, en est un excellent exemple. « En Chine, l’accélération technologique a été soutenue par des entreprises comme Tencent. Mais la collecte et le partage des données sont très peu réglementés à l’heure actuelle », souligne Olivier Roussat. « Une telle situation ne serait pas possible en Europe. Surtout depuis la mise en place du RGPD. » Elle le serait d’autant moins que « les enjeux liés à la cybersécurité et à la confidentialité émergent de manière très forte », appuie Sylvie Jéhanno.

L’égalité comme pilier du contrat social

« La question de la fracture numérique est également cruciale, dès lors que l’on évoque la smart city », relève Xavier Fournet. Et l’accès à l’énergie en est l’une des composantes. « On sait par exemple que seulement 6% des logements en France sont raccordés à des réseaux de chaleur. Et que la consommation d’énergie pour produire de la chaleur représente près de 50% de la consommation énergétique de la France », explique Sylvie Jéhanno. « Il y a donc un véritable enjeu dans le fait de raccorder un plus grand nombre de personnes aux réseaux de chaleur alimentés par des énergies renouvelables, et ce à des tarifs compétitifs. J’ai notamment en tête le projet de smart grid mené en partenariat avec Bouygues à Nanterre. Ce type de projets devrait se développer dans les années à venir. »

L’accès aux technologies numériques est par ailleurs dépendant de l’existence et de la capacité du réseau de télécommunications. « Dans certaines zones rurales, l’absence de couverture par le réseau Internet isole les citoyens », déplore Olivier Roussat. « Tous nos efforts visent à généraliser la couverture et nous espérons que ce problème sera résolu prochainement. » Les principaux opérateurs téléphoniques travaillent à un accord avec le gouvernement pour assurer une couverture optimale de l’ensemble du territoire.

Initier le dialogue

En définitive, « la smart city a tout à gagner à être à l’écoute des citoyens qui y vivent », souligne Olivier Roussat. Et de noter que : « l’actualité nous prouve que beaucoup de nos concitoyens considèrent qu’on ne les écoute pas assez ». « Les villes, c’est 2% de la surface de la planète et 75% des émissions de carbone », rappelle quant à elle Sylvie Jéhanno. « La data peut véritablement nous aider à détecter les corrélations non intuitives qui nous permettront d’améliorer l’impact énergétique de nos villes. » Avant de conclure : « L’humain est évidemment un facteur clé. C’est l’humain qui favorisera le vivre ensemble, et qui nous permettra de construire une transition énergétique responsable et inclusive. »

La rédaction HOW

par L'ADN

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