Et si on vous formait… en réalité virtuelle ?

La productivité d’une entreprise dépend, en partie, des compétences de ses collaborateurs. S’assurer d’un niveau de formation égal, en particulier dans des contextes de fortes contraintes techniques et sécuritaires, est indispensable. La réalité virtuelle, une solution ? François-Xavier Leroux (KPMG), Stéphane Dutal (Sanofi Sisteron) et Florian Pons (Jungle VR) reviennent sur leur expérimentation au coeur d’une usine de production.

Quiconque a un jour enseigné ou formé un collaborateur le sait : on apprend mieux en expérimentant qu’en lisant un manuel. Grâce à sa technologie immersive, la réalité virtuelle propose justement une nouvelle façon d’apprendre basée sur l’expérience, qui permet de mieux mémoriser et d’engager à un niveau supérieur tuteurs et apprenants. Une technologie particulièrement adaptée à l’industrie, où les opérateurs doivent maîtriser de nombreux gestes techniques, comme l’ont démontré François-Xavier Leroux, Associé Technology Transformation chez KPMG, Stéphane Dutal, responsable communication chez Sanofi Sisteron et Florian Pons, CEO de Jungle VR à VivaTech 2019.

La VR pour accélérer ses process

Pour François-Xavier Leroux, la réalité virtuelle doit répondre à deux enjeux essentiels : efficacité et adaptabilité. « Cette technologie doit être capable de booster la productivité des équipes en usine, pour qui la formation est une étape indispensable dans l’apprentissage des gestes techniques et de sécurité. Mais surtout, elle doit être capable d’intégrer des contraintes techniques et humaines fortes liées à un environnement particulièrement contrôlé et à des collaborateurs aux profils et aux besoins variés. » Des questions auxquelles Sanofi et la start-up de réalité virtuelle Jungle VR ont cherché à apporter des réponses en mettant au point une formation sur-mesure. “A l’origine de ce projet, il y avait un double challenge, explique Stéphane Dutal. Le challenge business était d’arriver à exploiter le plus rapidement possible une nouvelle unité de production de « principes actifs en développement » encore en construction. Le second challenge consistait à se montrer encore plus performants qu’à l’accoutumée dans la formation de nos opérateurs.”

Habituellement, une unité doit être construite et opérationnelle pour offrir aux opérateurs la possibilité de s’y former. Grâce au virtuel, l’entreprise peut contourner cette contrainte. “Pour Sanofi, l’objectif de départ était de créer une copie des unités en construction, un « jumeau numérique » de cette future usine”, explique Florian Pons. Les opérateurs ont ainsi pu se familiariser avec leur unité – et même corriger son agencement – plusieurs mois avant qu’elle ne sorte de terre. “Aujourd’hui, on a une unité quasiment terminée qui ouvrira en septembre avec des opérateurs déjà formés et habilités”, se réjouit Stéphane Dutal. Résultat : 6 à 9 mois de time to market seront économisés.

La VR pour homogénéiser les formations

Pour être opérationnels, les opérateurs ont dû se plier à l’exercice de la VR, un changement total de leurs habitudes de formation. Comme le rappelle Stéphane Dutal : “Ce sont des unités dans lesquelles les opérateurs se formaient jusqu’à présent en compagnonnage : les nouveaux venus se formaient à l’étape de production en cours. Les formations n’étaient donc pas toujours uniformes, les opérateurs n’avaient pas toutes les mêmes compétences ou les avaient apprises de manière différentes, de manière non-chronologique ou parce qu’ils ont eu des formateurs différents. La réalité virtuelle a permis d’homogénéiser notre formation.”

Concrètement, les opérateurs ont le choix entre trois modes : guidé, semi-guidé et évaluation. Ils s’immergent par sessions de 20 minutes. “Nous avons eu beaucoup de doutes avant de proposer cette nouvelle approche. Ils se sont envolés dès les premiers essais”, se réjouit Stéphane Dutal. Les tuteurs ont également accès à une plateforme qui remonte le score de chaque apprenant et le score global, permettant d’identifier les points qui n’ont pas été compris, d’identifier les forces et les faiblesses de chacun. Tout est suivi – où la personne regarde, à quel moment, comment elle procède – dans l’objectif d’affiner et de personnaliser la formation. “Avant la mise en place, les tuteurs se sont sentis dépossédés de leur rôle. Suite aux premiers essais, ils ont réalisé que l’on avait tenu compte de leurs remarques et qu’ils transmettaient leur savoir différemment. Nous avons pu mettre en valeur leur savoir et leur apport à leur usine”, poursuit Stéphane Dutal. Virtuel ou pas, l’humain reste bien au coeur du processus.

La sécurité avant tout

L’atelier virtuel devait aussi intégrer les fortes contraintes de sécurité qui seront appliquées dans l’unité physique à son ouverture. “Nous sommes sur un site Seveso, dans lequel on manipule des produits potentiellement dangereux. Il est donc nécessaire de s’équiper avant d’entrer dans l’unité”, souligne Stéphane Dutal. Ces étapes ont été prises en compte dans la formation, co-construite avec les tuteurs.

Une collaboration agile dans laquelle chacun peut apporter sa pierre à l’édifice, fût-il virtuel. “Nous avons aligné nos méthodologies de travail et les opérateurs se sont appropriés cette technologie pour nous faire leurs retours, explique Florian Pons. La réalité virtuelle a l’air complexe, mais elle est très simple d’utilisation. Les opérateurs mettent le casque que nous avons développé pour eux et nous partagent leurs indications et leurs remarques. Est-ce que cette cuve a sa place ici ? Est-ce que l’usine sera bien organisée ainsi ? Est-ce que cette vanne déclenche bien ce mécanisme ?” Autant de précieux conseils qui ont permis de créer une culture sécurité indispensable dans l’usine finale, lorsque les techniciens devront s’équiper et opérer dans le monde réel.

La complexité du geste technique, un défi pour la VR

“La VR permet d’aller très loin dans la représentation de l’usine, note François-Xavier Leroux. Jusqu’où faut-il aller ? Jusqu’où pousser les détails ? Qu’est-ce qui est le plus important pour l’expérience utilisateur ?” Pour Sanofi, l’enjeu était limpide : “le plus important est que l’opérateur et les personnes qui vont travailler dans cette unité retrouvent les gestes opératoires, retrouvent certaines sensations, insiste Stéphane Dutal. En revanche, le rendu exact de la matière, par exemple, était secondaire.”

“Aujourd’hui ce qui est primordial, c’est le geste technique, abonde Florian Pons. Et c’est là la vraie complexité de la VR : représenter le vrai geste.” Pour le CEO de Jungle VR, le deuxième challenge est d’ordre pédagogique : “il faut amener un apprenant à comprendre en réalité virtuelle. On ne saisit pas réellement un objet, mais on l’a bien dans la main et on a un impact dessus. Cela passe par le visuel, par des feedbacks sonores ou encore des bruits interactifs de validation. Tout ce travail de gamedesign est très important aussi.”

La gestuelle, l’environnement, les outils, les mesures de sécurité : quatre piliers pour une formation efficace. Et la VR propose un plus : l’immersion, qui permet de mieux apprendre. “La VR permet de mieux mémoriser les bons et les mauvais gestes car elle offre la possibilité d’expérimenter ses choix, soutient Stéphane Dutal. En tant qu’apprenti, un tuteur nous explique quel geste ne pas faire pour éviter un effet flash ou un départ de feu par exemple. En VR, on s’en rend compte réellement.” Le bilan de cette expérimentation – qui a duré entre 18 et 24 mois – s’est révélé très positif pour Sanofi, qui envisage déjà de l’étendre à d’autres unités.

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La rédaction HOW

par L'ADN

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