Comment soutenir des associations et séduire vos équipes

Dans un monde à la recherche de sens, les entreprises n’ont plus d’autres choix que de s’engager. Mais comment ? Quelles associations soutenir ? Comment suivre leurs travaux ? La startup Epic, fondée par Alexandre Mars, a une idée : mettez-y de la tech !

Après avoir vendu deux de ses sociétés, PhoneValley et Scroon, respectivement à Publicis et BlackBerry, le serial entrepreneur Alexandre Mars, devenu millionnaire, a décidé de disrupter l’industrie de la philanthropie. En 2014, il lance sa startup à but non-lucratif pour soutenir financièrement des organisations sociales à fort impact luttant contre les inégalités qui affectent l’enfance et les jeunes adultes dans le monde.

Avec son ADN startup, cette organisation nommée Epic fait bouger les lignes de la philanthropie. Alexandre Mars nous raconte comment les entreprises peuvent faciliter le don.

HOW : Une entreprise peut-elle encore se permettre de ne pas faire de philanthropie ?

Alexandre Mars : De plus en plus de personnes sont en quête d’un impact social et environnemental fort, dans leur quotidien mais aussi au travail. Cette tendance est particulièrement présente au sein des générations Y et Z, qui représentera 50% de la force active mondiale d’ici à 2020.

Aujourd’hui, près de 90% des millennials veulent consommer des marques qui s’engagent en faveur d’une cause sociale. Lors des entretiens d’embauche, leurs questions se portent sur l’impact positif de la mission exercée et sur ce que fait l’entreprise en ce sens.

Par conséquent, les entreprises qui veulent toucher ces jeunes doivent travailler sur ces questions. Autrement, elles risqueraient de ne pas attirer ces talents et d’éprouver des difficultés à les garder et fidéliser.

Il faut que le don soit désormais la norme dans notre société, et ce, afin que tout individu qui le souhaite, puisse avoir la possibilité de faire un don au moins une fois par jour.

HOW : C’est ambitieux. Que peut-on faire pour que les entreprises et les individus donnent plus ?

A.M. : Fidèle à mon parcours d’entrepreneur, j’ai d’abord souhaité  identifier les problèmes qui freinent le don. J’ai échangé pendant trois ans avec des centaines de fondations, d’organisations non gouvernementales, de donateurs, de clubs de réflexion et de spécialistes pour comprendre pourquoi les gens ne donnaient pas davantage, une véritable étude de marché.

La plupart des entreprises et individus qui souhaitent placer le bien social au cœur de leur activité ou leur quotidien sont confrontés à deux difficultés. La première est le trop-plein de choix : il existe une myriade d’associations, or les entreprises et individus ne disposent pas de suffisamment d’expertise pour les sélectionner. Ensuite, il y a le problème de la confiance : le manque de transparence rend difficile le suivi des dons.

Nous avons ensuite utilisé des méthodes comme le design thinking et l’innovation ouverte pour concevoir et proposer un nouveau modèle pour les activités philanthropiques des individus et des entreprises.

Epic a donc développé une méthodologie sophistiquée pour sélectionner des ONG et des entreprises sociales à fort impact selon 45 critères de sélection.

Nous élaborons ensuite un monitoring qui couvre toutes les dimensions de l’organisation sociale et non pas uniquement un projet ou un programme spécifique. Et nous mettons ensuite à la disposition des donateurs des éléments objectifs pour évaluer leur capacité à atteindre leurs objectifs sociaux. A ce jour, nous avons examiné la candidature de plus de 4000 organisations sociales et nous en comptons 30 dans notre portefeuille, dans 12 pays différents.

Il était aussi important de changer notre propre façon de fonctionner. 100% de l’argent reçu par Epic est reversé à ces organisations, nous ne nous rémunérons pas sur l’argent des donateurs. Je pioche dans mes fonds propres pour couvrir les salaires et les frais de fonctionnement de la startup.

HOW : Est-ce que la technologie peut aider à résoudre les problèmes que rencontre la philanthropie ?

A.M. : Nous voulions réinventer l’expérience du don et avons eu par conséquent recours à la technologie. Nous avons ainsi créé une application mobile, « Impact App », permettant aux donateurs de rester informés en temps réel des dernières actualités des organisations qu’ils soutiennent.

Nous avons également développé une série de films en réalité virtuelle qui transportent instantanément les donateurs sur le terrain afin d’avoir une meilleure perception de l’impact de leur don.

Aujourd’hui, nous explorons comment l’intelligence artificielle pourrait nous aider à mieux sélectionner les organisations candidates de notre portefeuille et comment la réalité augmentée pourrait améliorer la perception de l’impact.

HOW : Et les entreprises, comment peuvent-elles innover dans leurs pratiques ?

A.M. : Les solutions qui contribuent à faire du don la norme sont nombreuses et s’adaptent au profil économique des donateurs.

En France, les sociétés Derichebourg, Christian Dior Couture ou encore L’Oréal ont par exemple opté pour l’arrondi sur salaire. Elles offrent ainsi la possibilité à leurs employés de faire un don sur leur salaire à une ou plusieurs causes choisies collectivement. Et les entreprises pour leur part se sont, évidemment, engagées à abonder ces dons.

Les réseaux de distribution, les restaurants, les bars, les cinémas, etc., peuvent, quant à eux, proposer un don sur les transactions aux consommateurs, par arrondi ou en valeur nominale, tout en abondant ces dons.

Enfin, il y a l’engagement du partage, ce qu’on appelle le “Sharing Pledge”. Le slammeur et réalisateur Grand Corps Malade est le premier artiste en France signataire de ce pledge. Il s’est engagé à reverser 1% des bénéfices de son album et de sa tournée 2018 à Epic. Une façon pour lui d’inscrire le bien social au cœur de son art.

Sur ce même principe, les entrepreneurs peuvent s’engager à donner un pourcentage de la vente future de leur startup, ou les sociétés de private equity peuvent donner un pourcentage de leurs frais de gestion et/ou de leurs plus-values.

Lorsque ces solutions indolores, et toujours optionnelles, sont offertes systématiquement, l’engagement du don peut changer la société de façon systémique. C’est ce que nous cherchons à accomplir.

Image de Epic

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