La place des femmes dans l’industrie immobilière : une impasse idéologique ?

Tandis que les entreprises s’organisent pour respecter la législation en matière de parité, l’industrie immobilière semble à la traîne. Pourtant, de nombreux acteurs mettent les bouchées doubles pour rattraper leur retard. Quelles sont les bonnes pratiques à adopter ? Éléments de réponse avec Régis Chemouny (KPMG Real Estate&Hôtels), Anne du Manoir (BNP Paribas Real Estate) et Benoît Dupont (WeMaintain) invités sur le stand de KPMG lors de VivaTech 2019.

Dans sa dernière allocution au Women’s Forum Americas à Mexico, Christine Lagarde a estimé que la place des femmes dans l’économie est l’un des principaux enjeux du futur, avec la question climatique. Si le sens de l’histoire sera celui d’une plus forte présence féminine dans tous les secteurs économiques, des signes contradictoires montrent que la partie est loin d’être gagnée ! « Dans le dernier classement américain Fortune 500, on trouve 24 femmes au poste de CEO. L’année dernière, elles étaient 32 », illustre Benoît Dupont, co-fondateur de WeMaintain.

Une vieille industrie au plafond de verre intact

Il y a donc consensus, il faut redoubler d’efforts pour offrir à toutes les femmes les places qu’elles méritent. Consciente de ces enjeux, l’industrie immobilière se réveille aujourd’hui d’un long sommeil. « Depuis quelques mois, nous travaillons beaucoup sur le sujet de la parité, surtout dans le secteur de l’immobilier où l’on s’attend moins à parler de cet enjeu… et c’est un tort », explique Régis Chemouny, Associé KPMG, Responsable du secteur Immobilier & Hôtellerie.

En effet, les résultats du baromètre édité par KPMG en disent long sur le retard de cette vieille industrie. Selon une récente étude en matière de parité, sur 11 secteurs d’activité, l’industrie immobilière se positionne à la 9ème place, juste après l’IoT. Dans le détail, on découvre que la différence de salaire entre un homme et une femme est de 25% sur une carrière. Il faut quatre années de plus à une femme pour accéder au même poste qu’un homme. Et il leur faudrait changer plusieurs fois de poste pour arriver au même niveau qu’un homme. « Le plafond de verre des années 70 ? C’est encore vrai 50 ans plus tard ! », souligne Régis Chemouny. Malgré quelques améliorations reconnues, 67% des femmes interrogées ont déjà eu le sentiment d’être discriminées, toujours selon le baromètre KPMG.

Mais alors, comment expliquer cette inertie ? « D’un côté, les hommes considèrent que s’il n’y a pas de femmes aux postes de direction, c’est à cause d’un manque de vivier. De l’autre côté, les femmes estiment, elles, que c’est la façon dont les hommes exercent le pouvoir qui ne leur permet pas d’accéder à ces postes », ajoute Régis Chemouny qui n’hésite plus à parler « d’impasse idéologique ». Si l’on constate une forte volonté de changer les choses, le sentiment d’inégalité, lui, reste tenace.

Comex, Codir… des entités déterminantes

Là où les arguments politiques et sociétaux de la parité sont restés lettres mortes, l’argument économique pourrait bien changer la donne. Helen Gordon, PDG de la plus grande société immobilière cotée en bourse du Royaume-Uni, Grainger, a présenté ses résultats et a déclaré : « Les conseils d’administration et les investisseurs devraient désormais être au courant des nombreuses recherches qui montrent que, en moyenne, les sociétés dotées d’une équipe de gestion diversifiée produisent des résultats plus solides. » « Si vous avez 30% de femmes dans les comités de direction, il est prouvé que sur des entreprises rentables, il se dégage jusqu’à 6 points de marge nette en plus », illustre de son côté Benoît Dupont.

Dans ce contexte, les bonnes intentions ne suffisent plus et les entreprises se retroussent les manches. Mais par où commencer ? La clé se nicherait dans les bureaux des instances dirigeantes. « Notre conviction est qu’il faut une ambition du top management pour faire bouger les choses », insiste Anne du Manoir. La DRH de BNP Paribas Real Estate, très engagée sur la parité, défend ainsi les actions menées dans le groupe. Chez BNPPRE, nous intégrons les sujets de diversité dans les processus RH sur 3 leviers : en présentant systématiquement les enjeux de diversité dans les phases d’intégration, en formant sur les biais inconscients dans le cadre des processus de recrutement et en intégrant un axe de développement dans les programmes de Talent Management.

Anne du Manoir préconise également de travailler sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, mais pas seulement. En 2012, BNP Paribas Real Estate a lancé le programme « Women in Leadership » qui s’adresse à des femmes de différents métiers et pays pour prendre conscience de leur talent et oser avoir de l’ambition. Mais selon elle, ce qui compte vraiment, c’est de pouvoir mesurer l’impact et l’efficacité de ces initiatives. « Il ne s’agit pas de se faire plaisir, il y a un certain nombre d’indicateurs que l’on suit (le nombre de femme promues, le nombre de femme dans les postes de senior management, les écarts de salaires…) qui nous permettent de savoir où l’on progresse et où on ne va pas assez vite », explique la DRH BNP Paribas Real Estate qui revient aussi sur la nécessité de l’exemplarité des patrons de l’industrie immobilière. Représentativité, multiplication des initiatives en interne… la progression de la parité repose définitivement sur la conviction des entités dirigeantes.

Les leviers du Soft Power et de l’empowerment

Et du côté des PropTech, qui réunit de nouveaux acteurs promettant de révolutionner le secteur de la pierre ?

La parité est-elle une réalité dans les start-up du secteur immobilier ? « La part des femmes fondatrices est de 9% et on en fait partie », explique Benoît Dupont, co-fondateur avec Jade Francine de WeMaintain, une jeune start-up qui dépoussièrent le marché de la maintenance des ascenseurs. Sensible à la problématique de la parité, la jeune équipe a décidé, à l’instar d’Anne du Manoir pour BNP Paribas Real Estate, de rejoindre la dernière initiative de Régis Chemouny, le Think Tank Gender. « Avec ce think tank, on veut faire bouger et éduquer le marché sur ces questions. On arrive très vite sur les réseaux sociaux », explique Régis Chemouny. Le numérique, formidable outil pour accélérer une prise de conscience collective ? En attendant, les acteurs en font leur terrain de jeu pour faire bouger les mentalités.

Faut-il instaurer des quotas, comme le préconise la patronne du FMI ? Travailler sur sa marque employeurs pour attirer des talents qui sont de plus en plus attentifs à ce critère de parité dans leur recherche d’emploi ? Alors que le secteur immobilier français peine à embaucher, nul doute que pour sortir son épingle du jeu, il va falloir faire preuve de courage et de responsabilité, quitte à être pionniers !

Business photo created by freepik – www.freepik.com

La rédaction HOW

par L'ADN

Linkedin

A lire aussi

La communauté des leaders de l'innovation

Innovating in good company

Rejoignez-nous