Pourquoi faire le choix du Corporate Venture ?

19 décembre 2018

Favoriser la transformation des grandes entreprises tout en soutenant les start-ups porteuses de projets innovants : décryptage du Corporate Venture Capital (CVC), une opération « win-win ».

Marronnier des médias financiers, le Corporate Venture Capital ou « capital risque d’entreprise » (CVC) n’est pas un phénomène nouveau : le rachat ou la prise de participation des grands groupes dans les start-ups existent depuis les débuts de la bulle internet. Il connait cependant un essor fulgurant depuis une dizaine d’années : les opérations d’investissement au capital des start-ups comprenant des fonds corporate représentent aujourd’hui 16% aux Etats-Unis et 5% en France. Le CVC a donc de beaux jours devant lui, mais le connaissez-vous vraiment ?

Le Corporate Venture : mode d’emploi

Malgré sa désignation anglophone assez floue, le Corporate Venture désigne une réalité simple et porteuse : la mise en relation d’entreprises de tailles différentes afin de favoriser l’émergence d’innovations. Plus précisément, c’est une forme spécifique de capital investissement qui se distingue des fonds financiers classiques reposant sur des investisseurs individuels (comme les Business Angels) en finançant l’innovation via la prise de participation d’une grande entreprise dans une start-up.

Le CVC est géré à l’identique des fonds d’investissements privés mais comporte quelques nuances : les montants investis moyens sont plus que doublés, les durées moyennes d’investissement avant la sortie sont en général plus longues de quelques mois et les stratégies de sortie sont différentes (introduction en bourse vs. rachat par le groupe).

Pour motiver les poids lourds du CAC 40, le gouvernement a mis en place un dispositif incitatif à grand renfort d’aménagements fiscaux*. « La mesure (…) permet aux entreprises d’amortir sur cinq ans, dans la limite de 1% de leur actif, leurs souscriptions minoritaires au capital de PME innovantes » précise Denis Champenois, vice-président de l’Association française des investisseurs pour la croissance. Pour éviter que les start-ups ne soient rachetées par les grands groupes,  le dispositif prévoit aussi que ces derniers ne puissent investir qu’à hauteur de 20% du capital de la société choisie et pour une durée de deux ans minimum.

Les start-ups et PME doivent quant à elles disposer du statut JEI (Jeune Entreprise Innovante) et consacrer au moins 15% de leurs dépenses à la recherche, ou justifier de produits innovants reconnus par le label de la Banque Publique d’Investissement. Le coût est d’environ 200 millions d’euros par an pour l’Etat. Une mesure généreuse pour dynamiser le marché du capital risque en France et consolider le tissu économique national en protégeant les PME en cas de crise économique.


Lire aussi : Il y a un siècle déjà, les grandes entreprises investissaient dans des startups

Une opération « win-win »

D’un côté, le Corporate Venture permet aux grandes entreprises disposant de ressources importantes de conserver leur capacité d’innovation au sein de leur marché. De l’autre, il donne accès à des fonds et à des savoir-faire externes en commercialisation et en gestion de projet à des petites structures porteuses d’un projet innovant et qui en ont réellement besoin.

Pour les start-ups, le soutien financier et opérationnel d’un grand groupe est rassurant. Il « valide » la pertinence du projet et leur permet de poursuivre leur aventure entrepreneuriale dans les meilleures conditions d’autonomie pour leur développement. De plus, le recours au CVC permet de raccourcir les phases de « go-to-market » des produits, un enjeu vital dans un univers où la vitesse est un facteur discriminant.

Pour les grands groupes qui le pratiquent, le Corporate Venture répond à des objectifs stratégiques et organisationnels (veille concurrentielle, externalisation de la R&D…) plutôt qu’à des investissements financiers classiques. Il est à penser avant tout comme un levier de transformation de l’entreprise qui permet de capter des innovations de rupture et aide à comprendre de nouveaux business models, de nouveaux usages ou des modes de consommation rendus possibles par la digitalisation.

A la clef : une plus grande agilité et une capacité à pivoter plus rapidement pour s’adapter au marché.  De plus, le risque est relativement limité : pas de changement de culture à mener et, si l’on arrive au bon moment, le modèle est déjà reconnu et son prix plus facile à anticiper (contrairement aux gros projets de recherche au budget plus incertain).

Quand David rencontre Goliath

Tout investissement comporte néanmoins sa part de risque et le Corporate Venture n’échappe pas à la règle ! Les incompatibilités culturelles ne sont pas rares. Pour éviter la crise conjugale et maximiser les chances de réussite, il convient, pour les jeunes pousses comme pour les grands groupes, de définir en amont les règles de la collaboration – notamment en matière de partage des tâches et de droits de propriété intellectuelle. L’esprit du CVC veut que l’intention du grand compte soit de contribuer au développement de la start-up sans s’engager dans une démarche de rentabilité purement opportuniste. La relation doit être fondée sur une confiance réciproque.

Dans une tribune diffusée, Jean-David Chamboredon, CEO d’ISAI et co-président de France Digital en rappelle les grands principes, parmi lesquels la nécessité de « résister à la tentation de diluer la start-up dans l’organisation historique, [de] lui laisser son autonomie et sa liberté de manœuvre » afin de préserver l’agilité des équipes, mais aussi d’entrer dans un « monde de coopétition », c’est-à-dire de coopération et de compétition d’éventuels co-investisseurs. Il cite Orange, ACCOR ou encore PSA en guise d’exemples en concluant : « ce qui est fécond, ce qui réussit, c’est tout simplement de comprendre que David peut aider Goliath et d’agir en conséquence ».

*Article 8 du projet de loi de finances rectificative pour 2013

La rédaction HOW

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