Mais pourquoi Deliveroo a-t-il ouvert une cuisine partagée à Saint-Ouen ?

10 juillet 2018

Deliveroo a ouvert sa première cuisine partagée dans la banlieue parisienne pour aider des restaurants à se développer dans de nouveaux quartiers. Derrière cet investissement immobilier se cache un changement de philosophie.

Jusqu’à présent, la startup britannique Deliveroo, bien connue des Parisiens pour son service de livraison à domicile de plats préparés par des restaurants de quartier, se contentait de jouer l’intermédiaire. Plus maintenant.

Mardi 3 juillet, Deliveroo a ouvert à Saint-Ouen, en région parisienne, des cuisines partagées permettant à des restaurants de répondre aux commandes passées dans les environs. Ce modèle a fait ses preuves à l’étranger. Deliveroo a ouvert sa première cuisine partagée, appelée « Deliveroo Editions » à Londres il y a déjà un an. Depuis, l’entreprise londonienne a ouvert 74 sites dans le monde, du Royaume-Uni à Dubaï en passant par Hong Kong, et ce n’est que le début. Des ouvertures sont aussi prévues à Madrid, Sydney ou encore Amsterdam, amenant le nombre de sites à 250 d’ici fin décembre. La France comptera plusieurs sites, en banlieue parisienne et ailleurs.

Des cuisines partagées pour mieux conquérir le monde

Le choix des quartiers dans lesquels ces cuisines ont été ouvertes ne doit rien au hasard. Deliveroo s’est appuyée sur les demandes effectuées par la plateforme pour identifier des lieux où la demande dépasse ou ne correspond pas à ce que les restaurants locaux peuvent produire. « Il y a ici [à Saint-Ouen] de la cuisine vietnamienne, des pizzas, des salades… Nous proposons, dans un quartier qui manque de restaurants, une offre variée, que les habitants devraient apprécier », a expliqué Will Shu, CEO de Deliveroo, à l’AFP.

Logé dans 700 m2 d’anciens entrepôts, le site de Saint-Ouen est le plus grand de l’entreprise, il compte à lui seul 12 cuisines. Huit sont déjà occupées par des restaurants réputés sur la plateforme comme Blend, Le Petit Cambodge, Tripletta ou Santosha.

Le patron ajoute vouloir « aider nos restaurants partenaires à développer leur activité ». Les restaurants peuvent en effet se développer plus rapidement et à moindre risque puisque Deliveroo s’occupe de l’aspect immobilier. Né en 2011, Blend, qui sert déjà un millier de hamburgers chaque jour à partir de cinq adresses à Paris, a recruté quatre personnes, il estime que 40 commandes par jour permettront à cet emplacement d’être rentable.

Livraison Deliveroo en ville

Deliveroo en a fini de jouer les entremetteurs et s’attaquent désormais aux fourneaux. Image par Deliveroo

Autre restaurant victime de son succès sur Deliveroo : Le Petit Cambodge. Le restaurant a choisi de ne pas ouvrir de nouveau restaurant mais de se concentrer à la place sur la demande en ligne. Le Petit Cambodge réalise 20 à 25% du chiffre d’affaires de ses deux restaurants via Deliveroo. « Le marché s’est transformé : la livraison est devenue incontournable », a expliqué Simon Octobre à l’AFP.

A défaut d’investir dans un local, les restaurants devront verser une commission plus importante, restée confidentielle, à Deliveroo. Une deuxième formule prévoit une commission moindre, moyennant une mise de fonds. Mais qu’en est-il pour Deliveroo ? Est-ce intéressant pour la startup d’investir dans des cuisines ?

Un changement de cap pour Deliveroo ?

La startup anglaise, comme toutes les plateformes, ne partage que très peu d’informations sur son état financier. Les derniers résultats publiés concernaient l’année 2016 et révélaient un chiffre d’affaires de 145 millions d’euros et des pertes opérationnelles colossales de 160 millions d’euros, rappelle Le Monde. Il faut dire que la startup suit la stratégie agressive qui a fait le succès d’Uber : lever d’impressionnantes sommes auprès des fonds d’investissement afin de devenir omniprésente et d’étouffer la concurrence, dans le cas de Deliveroo, Just Eat et Uber Eats.


A lire aussi : Uber se met aux vélos et aux trottinettes électriques pour devenir le géant de la multi-modalité

Il y a fort à penser donc que Deliveroo ne cherche pas à devenir rentable avec cette nouvelle activité mais qu’elle cherche plutôt à conquérir de nouveaux marchés et à rendre certains restaurants plus dépendants d’elle.

De plus en plus de plateformes lancent des activités qui nécessitent d’immobiliser des actifs. C’est le cas de Deliveroo mais aussi d’Uber. La plateforme de réservation de VTC a récemment racheté la startup JUMP qui propose à la location des vélos et trottinettes électriques. Ces nouvelles activités sont toujours aussi peu gourmandes en main d’oeuvre salariée mais nécessitent d’acquérir et maintenir une flotte de véhicules. S’agit-il uniquement de se développer sur de nouveaux marchés face à l’arrivée à maturité du marché du VTC ? Ou d’une envie de faire rentrer de l’argent sans dépendre de travailleurs indépendants ?

Les ambitions des plateformes d’intermédiation semblent désormais dépasser le potentiel de leur secteur d’origine. Reste à savoir jusqu’où elles iront pour repousser les limites de leur marché respectif.

Image d’en-tête par Deliveroo

La rédaction HOW

par L'ADN

Linkedin

A lire aussi

La communauté des leaders de l'innovation

Innovating in good company

Rejoignez-nous