Relation GG/SU : quand l’investisseur s’inspire des règles du Dojo

18 juillet 2017

Fondateur de Creative Valley, un incubateur de startup misant sur l’interdisciplinarité et les industries créatives, Yann Gozlan explique sa vision du marché en tant qu’investisseur.

S’inspirant des valeurs Open Source Initiative et des règles de co-apprentissage découvertes dans ses relations grand compte / startup, Yann Gozlan assume pleinement son appartenance à cette génération d’acteurs saisissant la rupture anthropologique induite par le numérique.

Hello Open World : Quels sont les enjeux innovation qui vous intéressent tout particulièrement chez Creative Valley ?

Yann Gozlan : Chez Creative Valley, l’innovation est au cœur de notre ADN. Aussi, il s’agit davantage de savoir comment se l’appliquer à soi-même en termes de management, dans les solutions et espaces innovants que nous mettons à disposition des grands comptes, et plus largement dans la façon de concevoir Creative Valley.

En effet, aujourd’hui nous sommes tous contraints à l’innovation : elle fait partie intégrante du développement économique et de la création de valeurs. Autrement dit, tout est conduit par cette nouvelle économique digitale et son industrialisation. Pour faire la différence, il s’agit d’avoir une autre approche de la recherche académique (se tourner vers un modèle « d’université productive ») et de s’appuyer sur des méthodologies managériales issues du secteur high-tech. Chez Creative Valley, on s’attache ainsi à faire, par exemple, une réelle différence entre l’innovation de rupture et l’innovation itérative.

Pour nous, les changements technologiques apparaissent à la suite d’un processus d’essais et d’erreurs. On s’inspire donc des approches comme le lean management -conceptualisé par des chercheurs du MIT dans les années 80 et appliqué graduellement aux start-up avec le lean Startup – où l’innovation est éprouvée en flux tendu, pour mieux répondre aux fluctuations des tendances du marché et aux demandes des consommateurs, et les anticiper.

Après la question de l’innovation, il s’agit aussi d’avoir d’autres grilles de lecture des sujets à traiter, parfois inattendues, pour apporter des solutions différentes.

C’est l’idée par exemple de notre programme d’accélération au sein de la Station F en partenariat avec l‘Institut de la Mode et ParisTech Entrepreneurs Creative Valley ADN x IFM. Nous cherchons à faire converger l’art, le digital et le design pour enrichir le reste de nos sujets. La démarche réflexive vise, par exemple, à aborder des sujets comme la sécurité biométrique sur smartphone sous l’angle du design industriel, ce que l’on appelle plus largement le concept du « security by design ». Une façon de concevoir la sécurité du système dès sa conception, d’intégrer les codes du white hat et donc de démocratiser ces usages. Derrière cela, il y a aussi tous les enjeux renvoyant à la désirabilité de nos artefacts.

HOW : En tant qu’investisseur, comment voyez-vous votre métier évoluer ?

Y.G : Dans un premier temps, nous sommes devenus investisseurs pour rester au service de notre communauté. Lorsque nous voulions apporter notre aide, on actionnait un accompagnement de pair-à-pair pour créer une logique vertueuse de l’innovation par le capital-risque. A commencé ensuite une véritable course de vitesse au pour être prêt à réussir le financement de nos startup. C’était permettre à nos startups de sortir de « l’ère du pitch » . Notre objectif était alors de trouver des solutions de financement et de croissance aux structures qui étaient dans notre communauté ou en projets lean construites avec des acteurs alliant compétence technique et connaissance intime, sur la longue durée des équipes.

Aujourd’hui, la réflexion est étendue au financement à l’international, pour une accélération du développement commercial de l’entreprise, et à la mise en place de partenariats stratégiques afin d’améliorer la capacité des entreprises à ‘sourcer’ les technologies, les usines et les moyens de fabrication.

La question du financement est ainsi déclinée aux conditions de la stratégie générale de développement de l’entreprise.

HOW : Quelle est votre vision d’une relation startup/grand compte réussie aujourd’hui ?

Y.G : La tendance a toujours été à une relation articulée autour de la logique grands comptes d’un côté et « fournisseurs » de l’autre, c’est-à-dire les startups. Heureusement, on arrive au bout de cette histoire pour passer à une logique de co-construction. On fait converger sujets et enjeux autour d’une R&D où l’approche universitaire, celle des startups, est reconnue comme permettant de trouver des réponses différentes à la R&D classique. En 2017, la démarche de travail entre grands comptes et startups est donc beaucoup plus équilibrée. Intégrer des outils technologiques comme la blockchain, la réalité virtuelle, les startups plus agiles, vont permettre de rompre les cycles de réflexion plus longs chez les opérateurs et de gagner en compétition, face aussi à un écosystème de plus en plus mondialisé.

HOW : Entre le coworking space et l’hackerspace à la noicebridge, creative valley a tout d’un espace hybride. Aussi, quelles sont vos sources d’inspirations, et là peut-être davantages personnelles ? Quel(s) impact(s) sur votre modèle ?

Y.G : Plus personnellement, mes sources d’inspirations sont par exemple le mouvement du logiciel libre avec la licence GNU. D’abord pour ses valeurs et son discours sur la liberté, la transparence et la coopération selon les principes scientifiques universitaires, mais aussi pour sa logique de darwinisme intelligent très forte. Ainsi, si une distribution logicielle perd de sa pertinence, la communauté, alors passera à autre chose.

« Davantage que de vouloir 'ubériser', il s’agit de jouer le rôle de 'passeur.'»

C’est d’ailleurs toute l’idée méthodologique du programme d’accélération de Creative Valley, le S // D // K (pour startup / développement / kit). Parabole enjoignant à aller plus loin dans « l’état de l’art », on regarde comment à partir de briques technologiques proposées par une startup, on peut trouver des solutions. On ne part jamais de 0. Nous jouons le rôle d’interface en créant les conditions de coopération et en ajoutant ensuite des éléments d’autorité qui permettront d’accompagner les grands comptes dans cette logique.

Ces méthodologies d’accompagnement collaboratives Creative Valley les met au service des fonctions métiers au sein des grandes entreprises. Identifier les femmes et les hommes capables de porter des projets de transformation, dans et hors de l’entreprise, puis les mettre en mouvement pour qu’ils soient en mesure d’atteindre leur objectif.

Pensez au film de Akira Kurosawa « Les Sept Samouraïs »  : l’essentiel est d’identifier les individualités très diverses qui ensemble seront capables d’accomplir une tache qui au fond les dépasse.

Chez EDF ou Enedis aujourd’hui ce choix et cette mise en mouvement d’ individualités choisies au sein des différentes branches de l’entreprise et à l’extérieur de celle-ci est la première brique, probablement essentielle de notre mission.

Dans cette relation grands comptes / startups, c’est ainsi cette dimension anthropologique, profondément humaine qui prend le pas.

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