Le retard de la France en intelligence artificielle

Seules 20% des entreprises françaises ont adopté l’IA dans leurs processus quotidiens, contre 32% en Chine. Malgré des formations de haute qualité, la France souffre comme le reste de l’Europe d’une vision négative de ces nouvelles technologies.

Dans le monde, plus d’une personne active sur cinq travaille dans une structure qui utilise l’intelligence artificielle*. Ce chiffre suffit à prouver à ceux qui en doutaient encore que l’IA est déjà une réalité. Face à ce levier majeur de compétitivité, toutes les entreprises n’ont pas le même degré d’avancement. Si elles ont globalement conscience de l’importance de mener à bien leur transformation digitale, et ce, quelle que soit leur taille – plus de huit ETI sur dix ont engagé le processus – l’adoption de l’IA nécessite de franchir un nouveau cap en matière de révolution technologique.

Les clefs du succès

Conduite auprès de 2700 dirigeants, l’étude Mind the (AI) Gap du BCG met en lumière des différences entre les industries de 7 pays différents (Allemagne, Autriche, Chine, Etats-Unis, France, Japon et Suisse). Sans surprise, les entreprises des secteurs de la tech et des médias sont les plus nombreuses à avoir intégré l’IA dans leur quotidien, à 71%. Sur le podium, on trouve également le secteur de l’énergie (67%) et l’industrie (55%) suivis de près par les services financiers (52%). Des différences importantes peuvent toutefois être constatées au sein d’un même secteur : ainsi, 27% des actifs de l’automobile japonaise sont concernés par l’IA contre environ 65% en Allemagne et en France.

Au-delà du domaine d’activité, les entreprises leaders en matière d’IA ont en commun d’exceller dans trois dimensions : des cycles d’innovation courts, des équipes multifonctionnelles capables de rompre les silos de l’entreprise et un management audacieux prêt à lancer des projets sans étude détaillée préalable. Difficile, pourtant, de rompre avec des habitudes culturelles : le travail en silo reste la norme pour 71% des Français, 72% des Américains et 50% des Chinois.

De même, plus le cycle d’innovation est long, plus le risque d’échouer est élevé. Or, en France, en Allemagne et au Japon, les entreprises ont un cycle moyen de 10 à 13 mois contre 7,3 mois seulement pour la Chine. Pour Sylvain Duranton, directeur mondial de BCG Gamma, le succès repose sur les épaules des dirigeants :« Lorsqu’[ils] sont à la manœuvre et pilotent ces sujets, ces initiatives ont beaucoup plus de chances de réussir ».

Et en France ?  

Si en matière d’intelligence artificielle et de machine learning, les pionniers disposent d’un fort avantage concurrentiel, les entreprises françaises affichent pour l’instant un léger retard. 20% seulement ont adopté l’IA dans leurs processus quotidiens, contre 32% des entreprises chinoises, et 29% sont en train de développer des initiatives pilotes. Malgré des atouts certains avec ses formations de renom en mathématiques, statistiques et logiques, ses 5 300 chercheurs en IA, ses quelques 200 laboratoires et ses centaines de start-ups`*, la France souffre comme le reste de l’Europe d’une incapacité à percevoir pleinement les effets positifs de cette technologie sur le court-terme, et à l’implémenter.  

Les modèles organisationnels classiques sont certes un frein au déploiement de l’innovation mais la France est avant tout victime… de son manque d’enthousiasme. Selon le rapport AI have no fear, 65% des actifs français citent au moins un sentiment négatif parmi ceux que leur évoque le plus l’intelligence artificielle (l’inquiétude à 54%, l’anxiété à 18% et le rejet à 14%). Ils sont aussi ceux qui redoutent le plus les conséquences de l’IA.

Écho aux grandes questions du débat national, 65% des Français s’attendent à un impact négatif de l’innovation sur leur salaire ou leur pouvoir d’achat, quand 50% craignent pour la sécurité de leur emploi. C’est également en France que les préoccupations concernant la déshumanisation du travail et l’augmentation des inégalités dues à l’IA suscitent le plus d’inquiétudes.

Toujours à en croire Sylvain Duranton, rien n’est pourtant perdu. « Les Français sont les moins informés par leurs managers sur l’importance stratégique du développement de l’IA », explique-t-il. Certes, le rapport Villani est parvenu à éveiller les consciences, mais la majorité des actifs reste à convaincre. Ceux-ci y voient toujours un concept abstrait, éloigné de leur préoccupations immédiates. Ils sont 69% à estimer que l’IA ne pourra jamais accomplir la majorité de leurs tâches.

A l’opposé, les actifs utilisant déjà l’IA sont les plus enthousiastes. Dans le monde, 84% des utilisateurs pensent que celle-ci aura un impact positif sur la croissance de l’entreprise dans laquelle ils travaillent, et jusqu’à 3 actifs sur 4 anticipent des conséquences positives sur le propre emploi. Formation, force de conviction des dirigeants et pédagogie seront-il les prochains leviers à actionner pour faire de la France une « IA Nation » ?  

*Etude Mind the AI Gap, juin 2018.  **Premier rapport gouvernemental France IA, mars 2017.

La rédaction HOW

par L'ADN

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